Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle sont désormais connus : Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteront lors du 2e tour. Les deux finalistes ont des programmes très différents, particulièrement en ce qui concerne le numérique.

27,84% pour Emmanuel Macron, 23,15% pour Marine Le Pen. Au terme d’une campagne marquée par la guerre en Ukraine et avec taux de participation particulièrement bas pour cette élection présidentielle, les candidats de la République en Marche et du Rassemblement national sont arrivés en tête. Les deux ont des orientations politiques et des programmes particulièrement différents, notamment en ce qui concerne le numérique et la tech.

Quel est le programme numérique d’Emmanuel Macron ?

Le candidat de la République en Marche avait fait campagne en 2017 en misant largement sur la tech et les startups dans son programme, en leur consacrant un grand nombre de propositions. La même chose n’est pas vraie en 2022 : Emmanuel Macron n’a formulé cette année qu’une dizaine d’idées sur le numérique et la tech, contre un peu plus du double en 2017. Ses propositions se focalisent surtout sur l’éducation au numérique et sur la cybercriminalité.

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Emmanuel Macron est au 2e tour de l’élection présidentielle // Source : Wikimedia Commons

Emmanuel Macron propose « d’achever la couverture numérique du territoire par la fibre d’ici 2025 », une promesse à laquelle il s’était déjà engagé en 2017 et qu’il a en grande partie tenue.

Le candidat indique également dans son programme qu’il souhaite « transformer l’État par le numérique », en citant notamment comment TousAntiCovid a « montré comment les procédures pouvaient ainsi être simplifiées » — sans toutefois préciser de quelle façon il voudrait simplifier d’autres procédures. Il cite également dans son programme son souhait de « généraliser l’enseignement du code informatique et des usages numériques à partir de la 5e », et de rendre systématique l’installation d’un « contrôle parental des écrans des enfants », et ce afin de « limiter leur accès aux réseaux sociaux ».

Au niveau de l’illectronisme, il propose de recruter « 20 000 accompagnateurs pour aider les Français qui en ont besoin dans la maîtrise des outils numériques et leurs démarches quotidiennes ».

Pour accompagner ce qu’il appelle « la 3e révolution agricole », Emmanuel Macron compte réaliser un « investissement massif dans l’innovation  : robotique, numérique, sélection variétale ». Le candidat annonce également qu’il a l’intention de former « 1 million de personnes aux métiers d’avenir (intelligence artificielle, énergie, transition écologique…) dont plus de 400 000 spécialistes informatiques », et ce « avant la fin de la décennie », sans toutefois préciser comment les formations auraient lieu.

Au niveau de la cybersécurité, le candidat de la République en Marche explique dans son programme vouloir mettre en place un « filtre anti-arnaques », qui permettrait d’avertir en temps réel tous les usagers d’Internet avant qu’ils ne se rendent sur un site potentiellement piégé. Il a également proposé de recruter 1500 « cyberpatrouilleurs », des agents qui seraient chargés de lutter contre la cybercriminalité. Enfin, Emmanuel Macron indique vouloir « mettre en place un numéro joignable en permanence », afin de conseiller et d’accompagner les personnes confrontées à des actes de cybercriminalité.

Le candidat mentionne également dans la partie de son programme dédiée à la défense qu’il souhaite faire face « aux nouvelles menaces », notamment sur « le terrain cyber », grâce à des « innovations de rupture ». Il mentionne aussi qu’il veut augmenter les moyens de l’ANSSI, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, afin de « renforcer la capacité de lutte et de soutien cyber aux entreprises françaises ».

Depuis, Emmanuel Macron a également déclaré qu’il souhaitait que les « principaux établissements culturels développent une politique en matière de NFT », et qu’il voulait profiter de la tenue des Jeux olympiques en 2024 à Paris pour accueillir « les plus grands évènements e-sportifs mondiaux ».

Quelles sont les propositions de Marine Le Pen pour la tech et le numérique ?

La candidate du Rassemblement national n’a, pendant longtemps, eu aucune proposition concernant le numérique. Marine Le Pen a finalement publié un carnet spécial, contenant ses promesses sur ces questions. Les idées de la candidate d’extrême droite sur le numérique se résument en deux mots : « souveraineté numérique ».

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Marine Le Pen sera au 2e tour de l’élection présidentielle // Source : Global Panorama / Flickr

Pour arriver à cette « souveraineté », Marine Le Pen propose toutes sortes de mesures. La candidate du Rassemblement national souhaite notamment faire appel seulement à « des fournisseurs français pour la commande publique dans les domaines militaires et de sécurité nationale », et pour le reste de la commande publique, d’accorder « une priorité à des fournisseurs européens ». Elle veut « rendre obligatoire l’hébergement des données des Français, des entreprises françaises et des services publics en France ou dans l’Union européenne, par des opérateurs français ou européens ». Elle tient également à contrôler des rachats d’entreprises françaises du secteur du numérique stratégique par des « intérêts étrangers ou non européens ».

À l’inverse, la candidate d’extrême droite veut pouvoir imposer aux entreprises étrangères exerçant dans le pays « une ouverture de capital » voire « une cession partielle de leurs activités », dans le cas où une société ne respecterait pas les normes françaises.

Concernant la taxation des entreprises étrangères, Marine Le Pen entend mettre en place une « fiscalité juste » au niveau de l’Union européen, et s’assurer du « respect intégral, par les entreprises étrangères, du droit français et européen, en matière de protection des données personnelles ». Élue, elle ferait en sorte que les crypto-actifs soient « placés sous le régime commun des marchés financiers ».

Elle souhaite également obliger les Gafams à « collaborer avec les services de police dans le cadre d’enquêtes ayant trait au harcèlement en ligne, à la diffamation, à la contrefaçon et à tout crime ou délit ». Elle demanderait l’interdiction de la censure sur les réseaux sociaux, en donnant aux seuls tribunaux ce pouvoir. Dans le cas où les plateformes ne respecteraient pas ses demandes, Marine Le Pen explique qu’elle « n’hésiterait pas à faire établir et gérer un réseau social public, libre et gratuit ».

Elle compte accorder le statut de salariés aux chauffeurs et livreurs des plateformes numériques.

La candidate consacre de plus quelques propositions à la fracture numérique, qu’elle veut réduire. Elle souhaite ainsi « une meilleure couverture du territoire, sous le pilotage de l’Arcep », afin qu’il n’y ait plus de zones blanches, et « améliorer la qualité des réseaux dans les zones grises ». Marine Le Pen propose également « un accroissement de nos capacités de formation au numérique, tant dans les filières de pointe que dans l’initiation », et veut mettre en place des mesures pour lutter contre l’illectronisme, en « développant les dispositifs déjà existants de guichet numérique et en mobilisant les acteurs de la médiation numérique administrative ou associative ».

Enfin, la candidate veut « renforcer la cybersécurité nationale ». Elle indique pour cela vouloir renforcer « les capacités de l’ANSSI, de la Direction générale de la sécurité extérieure et les capacités militaires dans ce domaine ». La candidate a également indiqué vouloir des « commandos numériques », qui seraient chargés de « réagir à des attaques contre des services informatiques et de mener des simulations d’offensives numériques pour éprouver la sécurité de nos services ».