Emmanuel Macron souhaite étendre l’apprentissage de la programmation informatique au collège, à partir de la 5e. Le code doit être considéré au même titre qu’une langue vivante.

L’apprentissage de la programmation informatique à l’école, thème émergent de la campagne présidentielle ? C’est en tout cas un sujet dans plusieurs états-majors, car on retrouve des propositions en ce sens dans les programmes d’Anne Hidalgo et d’Éric Zemmour. Et depuis le 7 mars 2022, il y a un autre candidat qui se positionne sur ce terrain : Emmanuel Macron.

Désormais officiellement candidat, le chef de l’État est entré en campagne en tenant cette semaine une première réunion publique à Poissy. Guerre en Ukraine, pouvoir d’achat, énergie, transition écologique… le président-candidat a déroulé diverses propositions lors de l’échange et, au chapitre de l’éducation, l’enseignement de la programmation informatique est arrivé sur la table.

Le code, une sorte de langue vivante

« Il faut mettre l’apprentissage des savoirs numériques au cœur de l’école », a déclaré M. Macron. Pour y parvenir, tous les degrés de scolarité doivent être mobilisés, et cela dès l’école primaire. Viendront ensuite le collège, lycée et, pour celles et ceux qui poursuivront ensuite dans des filières spécialisées, l’enseignement supérieur.

À l’école primaire, ce doit être avant tout un travail de sensibilisation qui doit être fait, a estimé le chef de file de La République en marche : il ne s’agit pas d’apprendre à coder ici, mais de saisir les enjeux de civisme et de civilité. Le président a jugé que c’est dès les classes en bas âge que l’on peut actionner un premier levier contre le harcèlement, qui abîme de nombreux enfants.

« Il y aura des savoirs numériques et des rudiments sur lesquels on va sensibiliser les enfants dès le primaire », a soutenu le chef de l’État, évoquant la nécessaire bonne formation des citoyens aux usages numériques. Il a d’ailleurs mis en garde contre le « mauvais usage du numérique », qu’il faut prévenir là aussi très tôt, mais sans illustrer son propos.

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Emmanuel Macron lors de son premier rendez-vous public de candidat. // Source : Avec Vous

C’est au collège que l’effort principal doit débuter : « Il faut pouvoir offrir dans le panel des savoirs dès la 5e la possibilité d’y apprendre le code pour toutes celles et tous ceux qui le voudront ». Et dans la tête du patron de LREM, l’apprentissage d’un langage de programmation doit être considéré presque comme une langue vivante à part entière.

« Dès le collège, on veut pouvoir systématiser l’équivalent de la deuxième langue étrangère dès la cinquième, où des jeunes pourront choisir le code », a-t-il avancé. Aujourd’hui, l’enseignement des langues étrangères démarre en 6e avec un premier choix (par exemple l’anglais) et il se poursuit les années suivantes avec, dès la 5e, une deuxième langue (allemand, espagnol, italien, etc.).

Les contours de cette proposition demeurent toutefois encore flous : un élève en 5e pourra-t-il demander l’apprentissage du code informatique à la place de la langue vivante 2, où s’agira-t-il d’un enseignement additionnel, à l’image des cours optionnels de latin ou de grec ? Quel sera par ailleurs le volume horaire par semaine et qui se chargera des cours ? Et surtout, quel langage sera retenu ?

Le caractère obligatoire de cet enseignement est aussi à préciser, car si Emmanuel Macron suggère la possibilité de choisir, Cédric O, le secrétaire d’État en charge du numérique, évoque la généralisation de l’apprentissage dès la 5e, en arguant que « le code et les usages numériques font partie du bagage nécessaire pour comprendre notre monde et agir en citoyens éclairés. »

Le site du candidat Macron, « avec vous », reste pour l’heure peu précis sur ce point : il n’est question que d’un « enseignement au codage informatique ». Il reste aussi à voir de quelle manière ces idées s’articuleront avec ce qui existe déjà en classe, car le principe de l’enseignement de la programmation à l’école n’est pas nouveau et les programmes ont commencé à s’y adapter dès 2015.

Un enseignement existe déjà au collège

Sur son site, le ministère de l’Éducation nationale explique « qu’un enseignement de l’informatique (algorithmique et programmation) est dispensé conjointement en mathématiques et en technologie », au collège (cinquième, quatrième, troisième) pour apprendre des méthodes et bâtir une « pensée algorithmique ». Ce sont les profs de maths et de techno qui sont en première ligne.

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La programmation informatique, une sorte de nouvelle langue vivante ? // Source : École polytechnique – J.Barande

Cet enseignement « n’a pas pour objectif de former des élèves experts, mais de leur apporter des clés de décryptage d’un monde numérique en évolution constante », est-il ajouté. « Il permet d’acquérir des méthodes […] et développe des compétences dans la représentation de l’information et de son traitement, la résolution de problèmes, le contrôle des résultats. »

Emmanuel Macron a semble-t-il une réflexion similaire : pas question de faire des collégiens des développeurs ou ingénieurs en culotte courte. Il s’agit, a-t-il dit, de leur faire acquérir des savoirs « dans un monde où les compétences en matière de numérique vont devenir encore plus fondamentales ». En somme, « qu’ils aient la base », a lancé le chef de l’État.

Quid de la bonne maîtrise des outils de base ?

La guerre en Ukraine risque toutefois d’empêcher l’apprentissage du code à l’école d’être un thème vraiment saillant de la campagne présidentielle. Compte tenu de la place prise par le numérique dans les sociétés, c’est un sujet pourtant d’avenir, qui en appelle d’autres, plus fondamentaux encore. Mais les candidats et les candidats restent pour le moins discrets sur ce terrain.

Ce sujet n’est en tout cas abordé qu’à travers le prisme de la technique : savoir coder et créer des programmes. Il y a néanmoins un enjeu plus vaste encore, qui va au-delà de la programmation : celui de la culture numérique. Pendant un temps, il y a eu une tentative avec un cours sur les humanités numériques, mais qui s’est perdu en chemin.

Les sujets pourtant, ne manquent pas : désinformation, pseudonymat, capacité à effectuer des démarches en ligne, gérer son identité, sécuriser ses comptes, saisir le fonctionnement de la technologie (comme les ondes et la 5G, dont on a dit à tort qu’elles servaient à propager le coronavirus, signe d’une inculture scientifique), etc. Et beaucoup reste à faire.