Les entreprises du quick commerce comme Gorillas ou Flink se sont massivement implantées à Paris depuis 2021. Mais les entrepôts sur lesquelles elles se basent pour réaliser leurs livraisons en quelques minutes pourraient ne pas être complètement légaux.

Depuis 2021, on ne les arrête plus : le nombre d’entreprises du quick commerce, qui proposent d’effectuer des livraisons de courses à domicile en « quelques minutes » a explosé à Paris. On dénombre désormais une petite dizaine d’acteurs, du français Cajoo au turc Getir en passant par les allemands Flink et Gorillas. Et toutes ces entreprises se basent sur un système de dark stores pour remplir leurs objectifs de livraisons hyper rapides. En tout, on dénombre plus de 80 dark stores en région parisienne, dont 60 rien que dans la capitale.

Le chiffre, impressionnant, est tiré d’un rapport publié en février 2022 par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) qui s’efforce de faire l’état des lieux de cette nouvelle industrie, apparue il y a à peine moins d’un an et qui a déjà réalisé des levées de fonds à plusieurs centaines de millions d’euros.

Mais malgré le succès fulgurant de ces services de livraison et malgré les sommes folles levées, il semblerait que le cadre juridique de cette industrie ne soit pas totalement défini. Et, selon l’Apur, tout ne serait pas complètement légal au niveau de l’implantation des dark stores.

Nuisances et non respect des règles d’urbanisme

Dans son rapport, l’Apur souligne le « flou autour du statut juridique de l’activité » des dark stores : ils n’ont pas vocation à accueillir du public, et devraient être considérés comme des entrepôts. Or, « cette fonction d’entreposage est interdite dans les immeubles d’habitation ». Le rapport précise que « la fonction d’entrepôt n’est admise que sur des terrains ne comportant pas d’habitation », et que « la transformation en entrepôt de locaux existants en rez-de-chaussée sur rue est interdite ».

Seulement, à Paris, les bâtiments dans lesquels sont situés les dark stores sont dans une grande partie des cas des immeubles d’habitations, et sont toujours installés dans des rez-de-chaussée donnant sur la rue. De plus, le rapport explique que « la moitié des locaux occupés par les dark stores étaient autrefois des commerces », ce qui implique que les entreprises auraient dû prévenir les services de la mairie de Paris — ce qui n’a pas toujours été le cas, note l’Apur.

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Les voisins des dark stores se plaignent de nuisances // Source : Gorillas

Ce ne sont pas tous les faits que le rapport reproche aux dark stores : les entrepôts contreviendraient également à une autre règle du PLU (le Plan local d’urbanisme, ndlr) qui « enjoint les commerçants ayant des vitrines à présenter des façades les plus ouvertes possible, en évitant en particulier les locaux aveugles ». Dans les faits, les entrepôts des entreprises du quick commerce ont leur vitrines opacifiées.

Enfin, « les habitants des quartiers dans lesquels s’implantent les dark stores se plaignent généralement de plusieurs types de nuisances ». L’Apur cite les longues heures d’ouverture de ces services, qui génèrent du trafic et du bruit pendant toute la journée et pendant une large partie de la soirée. Le rapport soulève même le cas de Zapp, une entreprise qui propose son service 7j/7, 24h/24, 365 jours/an.

Les acteurs du quick commerce ne sont plus les bienvenus

« La direction de l’Urbanisme de la Ville de Paris est de plus en plus sensible à l’installation des dark stores en rez-de-chaussée des rues parisiennes », conclut le rapport. « Ces derniers mois, ceux-ci ont pu arguer que leur activité était commerciale au moment de leur déclaration de travaux », même si « d’autres se sont transformés sans réaliser de travaux nécessitant une autorisation ou sans solliciter d’autorisation d’urbanisme ». Désormais, indique l’Apur, les services de la mairie de Paris refuseront les demandes des entreprises « si elles contreviennent aux dispositions du PLU précitées ».

Bien que certains dark stores ne respecteraient pas les règles d’urbanisme le rapport semble dire que, pour l’instant, les entreprises ne risqueraient pas vraiment de poursuite ou d’amendes. Un « procès-verbal » pourra être adressé à une entreprise seulement si cette dernière s’installe dans des locaux sans avoir sollicité d’autorisation. Les entrepôts d’ores et déjà installés ne seraient ainsi pas concernés.

Paris n’est pas la seule ville à se montrer de plus en plus hostile à l’installation des dark stores. Lyon a ainsi refusé l’implantation d’un dark store au début du mois de février, et la municipalité de Lille a décidé d’encadrer plus durement les dark stores installés dans son centre-ville. Pour les entreprises du quick commerce, s’implanter dans de nouvelles villes pourrait bien devenir de plus en plus difficile.