On pensait que la question des attestations serait désormais une formalité, après un an sous ce régime. La matinée du 20 mars 2021 a prouvé le contraire.

Rien ne se passe comme le gouvernement l’aurait souhaité pour le retour à grande échelle du confinement. Depuis le 20 mars 2021, l’exécutif est ramené un an en arrière, à l’époque où il proposait une attestation qu’on ne pouvait qu’imprimer pour sortir faire ses courses et qui a fait de la France la risée de nombreux pays. Notre obsession toute kafkaïenne pour l’administration et la paperasse est parfaitement illustrée par cette matinée.

Un fiasco qui rappelle mars 2020

Tout d’abord, l’attestation de déplacement n’était pas prête suffisamment à l’avance pour que les détails de son utilisation soient peaufinés. C’est au matin du 20 mars que les Françaises et les Français ont découvert l’attestation nouvelle génération : une liste de deux pages, cumulant des raisons valables pour les territoires confinés et les territoires sous couvre-feu, avec des petits caractères, un jargon juridique incompréhensible et des astérisques pour identifier certains cas. Avec, en prime, des commerces placés en « commerces essentiels » qui posent question : pourquoi donner aux disquaires ce que l’on refuse aux magasins de jeux vidéo, se demande par exemple le SELL.

Sur les réseaux sociaux et sur le terrain, l’incompréhension règne. Jusqu’à ce que la porte-parole du ministère de l’Intérieur admette sur BFM TV, dans la matinée, que « C’est normal  » que les gens ne comprennent rien. Elle-même peine à expliquer les nuances entre les limites géographiques et les durées. Comment imaginer verbaliser qui que ce soit dans ces conditions ?

Mais la séquence n’a pas été qu’un moment d’explication de texte. Comme un grand retour en arrière, le gouvernement a lancé ses attestations de déplacement sans la moindre version numérique. L’écho à cette polémique de 2020, presque jour pour jour, pourrait faire sourire, mais à un moment où l’on reproche l’absence de préparation de l’exécutif sur des sujets plus graves — des masques aux vaccins –, le rappel est douloureux. D’autant qu’il a été géré dans la précipitation évidente par le ministère de l’Intérieur : la page de l’attestation a affiché vers 8h du matin un message invitant à patienter pour une mise à jour, remplacée plus tard dans la matinée par l’attestation numérique… qui a cessé d’être en vigueur.

Le message d’attente visible vers 8h du matin // Source : Capture d’écran Numerama

À 13h07, il est encore possible de remplir une attestation qui correspond au confinement du week-end instauré dans les Alpes-Maritimes et dans le Pas de Calais, remplacé par un confinement général de 16 départements. Aucune trace d’une quelconque attestation numérique ou d’une mise à jour de TousAntiCovid qui la supporterait.

L’attestation présentée vers 13h aux Françaises et aux Français // Source : Capture d’écran Numerama

Mais le coup de grâce est venu un peu après midi. Au Figaro, au Huff Post et à BFM TV, l’exécutif rétropédale définitivement sur l’un des motifs de sortie les plus laxistes : la promenade de 10 km. L’attestation n’est plus obligatoire et un simple justificatif de domicile pourra faire foi. Cette décision, prise dans la panique, montre à quel point la stratégie et ses briques techniques n’étaient pas prêtes. Et dans l’attente d’une attestation « plus claire  » qui sera disponible dans le courant du week-end, la France confinée vit un confinement où il est possible de sortir sans la moindre attestation.

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