On dit le poste de télé mort. Mais cette évolution des usages prend du temps en France. La patrie de la télévision gratuite montre son attachement aux formules anciennes en 2017.

En 2017, le secteur de la SVoD a continué de mûrir en France, principalement dynamisé par la croissance de Netflix : un Français sur cinq utiliserait un de ces services. Mais d’autres joueurs comme Molotov, qui va compter bientôt compter quatre millions d’utilisateurs, ou encore SFR Play qui développe ses investissements, permettent aussi au marché de se démocratiser.

En outre, YouTube est désormais implanté et connu de nombreux Français, des plus jeunes au plus âgés. L’arrivée sur le médium de personnalités politiques pour la campagne présidentielle a fait de la plateforme un incontournable de la vie publique.

Dans un marché dominé par le gratuit, les Français s’imaginent-ils passer vers le payant ?

Suffisamment pour changer les règles du jeu et des usages ? La révolution OTT — over the top — se ressent-elle dans les usages des Français ?

Numerama a mené un sondage Google Survey (méthodologie) auprès des Françaises et des Français afin de mesurer la maturité du paysage SVoD et la modification des usages. En outre, nous voulions également voir si les nouveaux usages ont bousculé la conception française du poste : dans un marché dominé par le gratuit, les Français s’imaginent-ils passer vers le payant ?

La télévision linéaire, une question de génération

Pour encore 56 % des Français interrogés, la télévision en direct, dite linéaire, est la première source de contenus vidéo, quand seuls 22 % des participants placent les plateformes (SVoD, ou type YouTube) en priorité. Ensuite, 21 % ne font pas de distinction entre les deux usages : télévision à l’ancienne et contenus à la demande occupent une place égale dans leur quotidien.

Cet attachement à la télévision linéaire est encore majoritairement porté par les plus de 40 ans : sur la tranche au-delà de 44 ans, ils sont 64 % a faire de la télé linéaire leur première source. Alors que la tranche de 18 à 44 ans la place à 44 % et fait grimper les scores des plateformes : 30 % de ces jeunes Français les considèrent comme leur première source de contenus. 

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CC Rene Asmussen

Ce clivage générationnel n’est pas seulement le fait du contenu, il tient également au support choisi par les Français pour consommer le contenu délinéarisé (replay, SVoD etc.). La tranche des plus de 44 ans reste attaché à la box TV de l’opérateur pour regarder des contenus même délinéarisés : il sont 30 % à la préférer, à égalité avec l’ordinateur. Cette population porte peu d’intérêt aux smartphones (16 % consomment du contenu dessus), et très peu d’intérêt aux box tierces  : Apple TV, Shield, Chromecast et consorts n’obtiennent que 8 % des usages de ces Français.

Les supports sont différents pour les moins de 35 ans qui placent l’ordinateur loin devant tous les autres appareils pour consommer des contenus dits délinéarisés : ils sont 43 % à utiliser PC et tablettes pour regarder leurs vidéos. Le smartphone se place également en très bonne place : 33 % des moins de 35 ans l’utilisent pour ces contenus. En troisième place seulement, les box opérateur sont utilisées par les plus jeunes. En outre, les box tierces connaissent bien plus de succès que chez leurs aînés : ils sont 9 % à utiliser un Chromecast, et 5 % à utiliser une Apple ou Android TV.

Les Français sont-ils prêts à payer ?

L’adoption des services SVoD pose également une question de génération : les 18-24 ans sont 25 % à disposer d’un abonnement individuel à un service payant de vidéo à la demande type Netflix. Chaque tranche d’âge supérieure voit ce résultat baisser : les 25-34 comptent 21 % d’abonnés, puis les 35-54 ans ne sont plus que 13 %.

Lorsque se pose la question de la télévision payante, on mesure également cet écart générationnel. Les populations les plus intéressées par les services de type SVoD et utilisant divers supports sont les plus susceptibles de payer pour du contenu, voire changer d’opérateur si ce dernier en propose. 33 % de ces jeunes de 18-24 ans pourraient changer d’opérateur pour des contenus, contre seulement 23 % de l’ensemble de leurs aînés. Pour le sport, la télévision payante s’inscrit aussi dans cette dichotomie : les plus jeunes sont 25 % à considérer des offres types BeIN, quand les 25-54 sont autour des 19 % à envisager de payer pour du sport.

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CC Matthew Wilkinson

Au fil de ces résultats, notre postulat semble se confirmer : dans un marché où la télévision payante n’a jamais joué un rôle aussi important que chez nos voisins européens, seule la jeune génération, séduite par les nouveaux usages, se montre prête à changer les règles du jeu.

L’adoption par cette dernière des nouvelles offres et nouveaux supports a toutefois un effet de démocratisation : si nous ne pouvons considérer le marché français comme mature pour les nouveaux usages, les plus jeunes sont progressivement rejoints par leurs aînés.

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