Intel annonce lundi 6 novembre un processeur avec un composant graphique signé par AMD. Derrière cette alliance inattendue, dont le résultat sera commercialisé en 2018, il existe pour les deux groupes la même préoccupation : Nvidia.

Ils étaient concurrents depuis des années dans le milieu des microprocesseurs. Ils le sont toujours, d’ailleurs. Mais pour des raisons stratégiques, il faut parfois mettre de côté sa rivalité et travailler main dans la main. C’est exactement ce que sont en train de faire Intel et AMD. Les deux adversaires ont en effet décidé d’unir leurs forces pour contrer un troisième larron, Nvidia.

Cette alliance imprévisible, révélée aujourd’hui, vise à concevoir aux alentours du premier trimestre 2018 une puce pour PC combinant un processeur made in Intel avec un processeur graphique fourni par AMD. Des rumeurs bruissaient depuis quelques semaines autour d’une alliance entre AMD et Intel. Et ce mouvement est plus important qu’il n’y paraît.

Selon PC World, cette demande de coopération ne vient pas d’AMD mais d’Intel — un fait a priori étonnant au regard de la part de marché que le fondeur de Santa Clara dispose globalement dans le secteur des processeurs graphiques. Elle est plus élevée que celle combinée de Nvidia et AMD. Elle est même en hausse depuis 2010, pour s’établir aujourd’hui aux alentours de 70 %.

Mais des raisons précises font qu’Intel entend s’attaquer plus frontalement à Nvidia. Intel a par exemple « versé 1,5 milliard de dollars en droits de licence depuis 2011 », note PC World. En outre, pointe Techcrunch, Nvidia vient de plus en plus concurrencer Intel sur les nouveaux marchés vers lesquels le géant américain s’oriente — du fait notamment de la crise du PC –, ce qui forcément ne plaît pas trop.

Nvidia
CC EdTech

« Le principal adversaire d’Intel semble être Nvidia en ce moment, car le fabricant de cartes graphiques a accéléré son activité dans les secteurs de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique, tout en continuant à fournir des cartes graphiques de pointe pour les ordinateurs grand public et d’entreprise », relèvent nos confrères. Un coup d’accélérateur qui se constate aussi chez Intel.

Alors évidemment, dans ces conditions, l’adage « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » a tendance à prévaloir.

Surtout que dans le marché des processeurs graphiques, ajoutent PC World, les deux firmes ne sont pas tout à fait sur les mêmes segments : Intel se positionne dans l’entrée de gamme, là où AMD agit sur un créneau plus exigeant mais où se trouvent les produits construits par Nvidia. Du coup, il est bien plus facile de s’entendre et trouver un moyen indolore de cibler Nvidia.

CC Jiahui Huang

Il s’agit donc avant tout d’un projet mené par Intel, même si naturellement des équipes dépêchées par AMD ont participé à la mise au point du composant. Il est question de ne fournir qu’un modèle de puce graphique, mais personnalisé pour les besoins du projet, à la manière de ce que fait AMD pour les consoles PS4 et Xbox One X.

Désormais, il reste à connaître le détail du partenariat et les caractéristiques précises de ce futur composant. Il faudra aussi guetter la réaction de Nvidia, qui devrait ne pas rester les bras ballants alors que deux groupes de premier plan ont décidé de s’unir contre ses intérêts. En tout cas, la bataille qui s’annonce pourrait bien s’avérer bénéfique en bout de chaîne. C’est-à-dire au niveau du client.

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