Kurt Vile et Courtney Barnett : l'affiche semble être un blockbuster pondu par des labels indé en quêtes d'audience. Les deux figures représentent la crème de la crème du rock indépendant d'aujourd'hui, et signent, avec une désinvolture incarnée, un album évident et délicieux.

Pour tous les piqués à la gratte indépendante, Kurt Vile (Smoke Ring For My Halo, 2011 chez Matador) et Courtney Barnett (Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit, 2015 chez Marathon) représentent ce que l’on conseille de mieux à des amis désorientés face à la nouvelle scène rock.

Sons concordants

Le jeune homme originaire de Philadelphie, ancien des War On Drugs, biberonné à Bruce Springsteen, a reçu les meilleures critiques pour son solide et planant Smoke Ring For My Halo. Le garçon conjugue un sens mélodieux évident, de l’humour mais aussi un songwriting exigeant.

En jouant dans la même cour que Mac DeMarco ou Angel Olsen, il a su imposer sa voix traînante, ses observations du monde et ses plages de gratte qui font le bonheur de ses spectateurs tout en cultivant sa singularité. La reconnaissance rapide de son projet War On Drugs, puis de sa carrière solo l’ont rapidement érigé en figure de proue du rock des années 2010. 

Il en va de même pour l’australienne Courtney Barnett. Sons étonnamment proches, écriture mêlant contemplation et introspection — souvent déroutante, guitares aussi rugueuse que lascives, Barnett partage un filon avec Vile. Un album de 2015 a également enthousiasmé la critique et a mené Barnett à fréquenter les festivals où se trouvaient –nullement par hasard — les Violators, qui comptaient Granduciel (War on Drugs) et Vile parmi leurs membres.

En somme, malgré le Pacifique, les deux partagent une culture commune. On serait presque tenté d’évoquer une communauté commune — les sourcilleux fans de rock indépendant — et un même jeu libéré, une prédestination pour le lo-fi. 

Avengers de l’indé

Or à l’ère de Spotify, l’affiche du duo qui combine un million d’albums vendus avait quelque chose du Avengers de l’indé. On comprend les labels qui ont parié sur la collaboration de deux jeunes gens qui s’était pourtant faite naturellement au fil des tournées de chacun.

Il y aurait même le risque d’y voir un harpon à gogos lecteurs de Pitchfork. Quand les War On Drugs ou les Arcade Fire ont déplacé leurs affaires chez les majors, et que la musique indé a gagné une place précaire dans le monde du streaming, ce genre d’affiche pourrait rebuter.

Et puis on découvre l’histoire du duo : Barnett explique être « une grande fan de Kurt Vile. Je le suis depuis le matin où j’ai acheté à l’aveugle le vinyle de Smoke Ring For My Halo chez Thornbury Records, ce fut un de mes premiers achats de vinyle  », quant Vile raconte qu’en arrivant en Australie, il entendait parler de Courtney Barnett, alors qu’elle s’apprêtait à sortir son premier album.

Et puis, en ajoutant des dates à sa tournée, Barnett fut sa première partie à Melbourne. Dès lors, le jeune homme raconte que l’admiration devint réciproque : « J’ai aimé la manière dont [Out of the Woodwork] paraissait lente et chaloupée, à la fois sombre et déroutante.  »

Pour Lotta Sea Lice, le duo s’est ainsi amusé à reprendre chacun une chanson de l’autre : Barnett reprend l’éclatant Peepin’ Tomboy de Smoke Ring For My Halo quand Vile savoure un duo avec Courtney sur Out of the Woodwork de la chanteuse. On retrouve également le talent de Jen Cloher sur le jouissif Fear is like Forest, que la rockeuse australienne a composé pour sa petite amie et Kurt Vile.

L’alchimie du duo et de l’album est évidente dès les premières notes d’Over Everything, un inédit écrit à deux, et se traduit par 44 minutes de plaisir nonchalant. Comme pour défier l’idée d’une affiche, le son se fait intimiste et un rien expéditif, façon Neil Young, et de part et d’autre du pacifique, le rock indé montre qu’il n’est plus une sous culture locale, un folklore de terroir, mais un même élan stylistique que se partagent les pointures comme Vile, Barnett, DeMarco, Mistiki, Olsen ou même Father John Misty.

Une génération qui n’a pas fini de faire le bonheur des labels et des majors qui jouissent d’un nouveau marché de la musique pour faire émerger ces nouveaux sons, entre festivals et playlists.

Lotta Sea Lice est disponible depuis ce vendredi 13 octobre sur toutes les plateformes de streaming, en CD et vinyle, il est distribué par Marathon Artists et [PIAS] en France.

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