Depuis 2002, les fans français de Star Wars réunis au sein de la 501e Légion œuvrent pour la promotion de l'univers imaginé par George Lucas tout en récoltant des fonds pour des œuvres caritatives. Rencontre, à l'occasion du salon Paris Manga & Sci-Fi Show, avec ces passionnés dont le perfectionnisme contribue autant au réalisme de leur costumes qu'au financement de la recherche médicale.

Dans les allées du salon Paris Manga & Sci-Fi Show, qui a investi la porte de Versailles le week-end du 30 septembre et 1er octobre, le stand de la 501e Légion ne désemplit pas. L’association de passionnés de Star Wars fait presque jeu égal avec les files d’attente qui s’étirent devant les célébrités américaines et japonaises venues rencontrer leur public francophone.

Stormtroopers et officiers impériaux, Jedi et rebelles… les enfants et les adultes se pressent autour du stand pour prendre une photo de (ou avec) ces personnages plus vrais que nature. Kylo Ren, revêtu d’un costume en tous points identiques à celui aperçu dans le Réveil de la Force, est le roi incontesté des selfies. La borne installée à ses côtés imprime à la chaîne les polaroïds des fans, ravis de repartir avec ce souvenir concret, qui immortalise leur rencontre avec le descendant de Dark Vador.

Vêtu de son impeccable uniforme blanc de Grand Amiral Thrawn, Kevin, 27 ans, responsable des événements de « la 501  » en région parisienne, supervise ses troupes. Malgré les apparences, les membres bénévoles de l’association obéissent en effet à un protocole bien établi : « La 501e ne représente que les méchants, les forces impériales et les Sith, alors que la Rebel Légion ne fait que les Jedi et les gentils. Mais on travaille ensemble sur les événements commerciaux comme sur les conventions, sans faire de distinction ». Les enfants, eux, font partie de la Galactic Academy, indirectement rattachée aux deux autres entités.

Des costumes conformes aux « exigences de qualité cinéma »

Un minimum d’organisation s’impose au sein de cette association de promotion de l’univers Star Wars, connue pour son engagement caritatif, qui a parcouru bien du chemin depuis sa création en 1997, aux États-Unis, par Albin Johnson. Aujourd’hui, la 501st Legion compte «  10 000 membres  » dans 47 pays, dont 200 costumés en France depuis son lancement dans l’Hexagone, en 2002.

Si le chiffre peut paraître faible au vu du nombre de fans de la saga créée par George Lucas, il s’explique notamment par des critères d’entrée pour le moins exigeants. « Pour intégrer la 501e, il faut un costume qui répond aux exigences de qualité cinéma. Sur notre site, on détaille tous les CRL (Costume Reference Library), qui permettent, pour chaque costume, de voir comment il doit être fait, de quelle manière monter une armure pour qu’elle corresponde à ce qu’on voit à l’écran » explique Kevin.

Cette exigence porte ses fruits, à en juger par le réalisme des costumes ou armures aperçu(e)s sur le stand de la 501e Légion. C’est l’une des plus grandes fiertés du responsable événementiel de la 501e en région parisienne : « Dans de nombreux cas, entre les tenues qu’on porte et celles qu’on voit à l’écran, il n’y a quasiment aucune différence. Il arrive même que nos tenues soient meilleures car on a eu le temps de réaliser un costume de meilleure qualité qu’au cinéma, où ils sont utilisés et réutilisés, souvent usés. »

Un partenaire « privilégié » de Disney et Lucasfilm

Pour autant, la 501e Légion ne prétend pas à l’élitisme : elle se veut au contraire ouverte à tous et toutes les passionné(e)s prêt(e)s à donner de leur temps pour promouvoir l’univers de Star Wars tout en aidant à récolter des fonds caritatifs lors d’événements variés, qu’il s’agisse d’animations commerciales auprès de grandes enseignes comme de cinémas.

«  Il n’ y a pas de restriction, d’âge, de sexe, de couleur de peau. Si quelqu’un est albinos, il peut faire un Lando Calrissian, ce n’est pas un problème. On ne garde pas le moindre centime, tous les fonds sont à destination de la lutte contre le cancer, pour les enfants malades… Le week-end dernier, on a participé aux Virades de l’espoir, qui lutte contre la mucoviscidose  » précise Kevin.

En tant que « partenaires privilégiés » de Disney et Lucasfilm, les membres de la 501 doivent en revanche respecter certaines règles, conformes, pour la plupart, à la charte interne de l’association. Il leur est ainsi impossible de cibler les visiteurs avec leur blaster, de se livrer à des combats de sabre laser ou encore de donner des interviews avec leur masque sur la tête, pour bien faire la distinction entre le personnage — propriété de Disney — et le ou la costumé(e) qui a donné de son temps pour l’incarner.

« Un costume de Vador peut grimper jusqu’à 5 000 euros »

Car cette passion se chiffre autant en heures de travail qu’en investissement financier, tous deux variables selon les costumes réalisés : « Une tenue d’officier, c’est le plus rapide à faire, ça peut se monter en un mois et demi et coûter entre 300 et 400 euros. Parmi les armures plus emblématiques et les plus chères, on trouve Boba Fett, qui repose sur de nombreux détails. Ça peut monter jusqu’à 3 000 ou 4 000 euros, quand un Vador peut grimper jusqu’à 5 000 euros » détaille Kevin.

La patience devient donc une vertu cardinale, autant pour confectionner les costumes pendant son temps libre — jusqu’à 5 heures par semaine — que pour pouvoir dépenser les sommes nécessaires, tout droit sorties de la poche de ces passionnés. Les techniques de fabrication, elles, varient selon le profil de chacun(e) : certain(e)s préfèrent coudre leur uniforme quand d’autres s’offrent une imprimante 3D ou des presses plastique pour plus de réalisme.

Pour sa part, Kevin a fait appel à une couturière professionnelle, même s’il assure que les tutoriels YouTube et les conseils des membres de la communauté, sur le forum de la 501e, sont les meilleurs moyens de se lancer avec succès dans cette aventure. À ses yeux, le pragmatisme reste le meilleur conseil à donner aux débutants : « Tout costume est envisageable mais il faut juste être réaliste au sujet du coût et de la durée [de confection]. Un costume va pouvoir se faire sur deux, trois ou quatre ans, donc il faut s’attendre à ça. »

« Le caritatif fait partie de l’ADN de la 501e »

Entre 2 événements, le cadre financier dans le secteur public entrepose soigneusement ses 4 uniformes dans une housse avec de l’anti-mites et les passe au pressing quand c’est nécessaire. Pour les armures, mieux vaut utiliser une malle, «  car un Stormtrooper laissé au soleil, ça jaunit forcément. » Si le regain d’intérêt pour Star Wars depuis la sortie du Réveil de la Force, en 2015, a permis à l’association de quasiment doubler ses effectifs, Kevin se réjouit surtout d’accueillir de plus en plus de nouvelles venues : « Globalement, il y a plus d’hommes que femmes, mais ça tend à se féminiser de plus en plus, que ce soit pour des armures, des officiers, des pilotes — et on est bien contents. »

À l’approche de la sortie des Derniers Jedi, le 13 décembre prochain, le calendrier de la 501e Légion s’annonce assez chargé. Les apparitions de l’association à des événements comme Paris Manga sont l’occasion de faire connaître son activité au public, de lui fournir des conseils sur la confection des costumes, mais aussi d’expliquer pourquoi le terme de « déguisement » est proscrit au sein de la 501e Légion : «  Un costume Rubie’s, c’est un déguisement : ça ressemble à peu près au personnage mais ce n’est pas tout à fait ça. Le costume, lui, doit avoir un niveau de qualité et d’exigence supérieur. Quand on parle d’un personnage au cinéma ou au théâtre, on dit qu’il est costumé […] On essaye de tendre vers l’équivalent, vers l’excellence d’un costume de scène. »

En 3 ans d’activité au sein de l’association, Kevin estime que l’aspect le plus gratifiant de sa passion ne réside pas tant dans la confection du costume que sur l’utilisation qu’il en fait :  « Le caritatif fait partie de l’ADN de la 501e, et même si certains membres n’en font pas leur activité principale, pour le gros d’entre nous, se dire qu’on a un peu ensoleillé la journée d’un enfant malade pendant notre visite, c’est un peu l’un des fondamentaux de notre engagement. »

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