Netflix vient d'ajouter la série Chewing Gum à son catalogue français. La très farfelue série de la chaîne E4 est une comédie rythmée, radicale et osée comparable à un diamant brut.

Tracey Gordon (Michaela Coel) est une jeune Anglaise énergique, obsédée par Beyoncé, mais incroyablement dénuée d’éducation en matière d’amour et de sexualité. Des lacunes qui sont le fait d’une mère chrétienne, à moitié gourou qui promet à ses filles l’enfer en cas de péché de chair.

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Tracey, qui mène un quotidien bien banal dans une banlieue défavorisée de Londres, rêve de vie et d’amour, deux domaines inconnus dans lesquels elle se jette tête la première. Mais les déconvenues — toutes plus absurdes et délicieuses — sont inévitables pour cette jeune femme qui ignore comment mener sa vie rêvée.

Véritable École des Femmes à l’anglaise, Chewing Gum propose une narration sans tabou pour mieux décrire les subtilités des rites initiatiques qui s’offrent à notre héroïne. Dans sa fabuleuse pièce, Molière écrit : « Il le faut avouer, l’amour est un grand maître, Ce qu’on ne fut jamais il nous enseigne à l’être, Et souvent de nos mœurs l’absolu changement, Devient par ses leçons l’ouvrage d’un moment. » Tout l’ouvrage narratif et intellectuel de Chewing Gum y est résumé.

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Les hommes prennent possession des femmes sans même les aimer : Tracey devra se débarrasser d’un fiancé possessif et homosexuel. Les parents empêchent les jeunes gens d’être et d’aimer : la mère de Tracey préfère l’exclure de chez elle quand elle apprend que sa fille a pêché. En somme, il n’y a pas tellement de différences entre les banlieues londoniennes et la France de Molière.

Néanmoins, au lieu de jouer des turpitudes d’une jeunesse en mal d’éducation et de libertés, la série de la chaîne britannique E4 s’appuie sur un registre comique et trash qui dépoussière son propos et emporte son auditoire.

Il faut également avouer que ses comédiens sont particulièrement doués pour jouer les ingénus. Attachant et hors-norme(s), le casting de Chewing Gum s’impose comme son argument magique, sa valeur intouchable. Et sur ce registre, Michaela Coel est une vraie révélation. Elle rayonne dans son rôle de personnage contradictoire, entre stupidité irritante et quête de liberté passionnante.

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Son aventure dans les troubles territoires de la sexualité ne sont pas aussi naïfs qu’ils paraissent. Par le biais de l’ignorance totale du personnage, Michaela Coel, co-créatrice,  écrit souvent ce qui n’est jamais dit ailleurs. En enfonçant les portes ouvertes et les tout le monde le saitChewing Gum finit par taper dans le fond.

Chewing Gum finit par taper dans le fond

On peut bien sûr trouver des défauts à cette série insouciante et inconséquente, du réalisme à sa furieuse habitude à tout peindre trop gros, mais il y a dans les excès (de jeunesse) de Chewing Gum, une raison de l’aimer un peu plus. Car si rien n’est vraisemblable, rien non plus n’échappe à la manière dont le personnage, ses proches et son monde vivent une vie plutôt précaire. Il y a dans Chewing Gum une forme d’expressionnisme social un peu innocent mais jamais dénué de critique envers sa société.

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Des critiques foisonnantes, parfois contradictoires, mais qui donnent au vaisseau ses flots, à la comédie son souffle, même s’il reste court. Et si l’on ne rit pas toujours, si l’on ne parvient pas à pleurer non plus, on n’en reste pas moins tantôt sidéré, tantôt hilare, et parfois ému.

En le considérant comme une montagne russe de la comédie sentimentale, Chewing Gum vaut le coup d’être vécu (ou vu).

Chewing Gum

En bref

Chewing Gum

Impulsif et burlesque, Chewing Gum n'est pas de bon goût et c'est tant mieux. Trouvant ses qualités dans son casting et sa créatrice, Michaela Coel, la série anglaise creuse un sillage insolent dans les séries comiques et sentimentales. Plus trash qu'Unbreakable Kimmy, plus bordélique que Master of NoneChewing Gum est un rite initiatique improbable. 

Hilarantes ou poussives, les blagues ne connaissent jamais le juste milieu. Alors soit vous aimerez, soit vous détesterez, nous avons choisi d'aimer. 

Top

  • Michaela Coel
  • Son ton libéré et libérateur
  • Voir les banlieues londoniennes désœuvrées sous un jour différent

Bof

  • La facilité n'est pas toujours un atout
  • Le fond ne rencontre pas toujours la forme
  • Une impertinence parfois affectée

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