Le légendaire Prince avait décrété qu'Internet était fini. Il a pourtant été un des artistes pionniers du web, à penser des liens nouveaux entre son public et lui grâce à l'émergence du web. Un musée de sa présence en ligne lui est désormais consacré.

La disparition de monuments de la musique dans une époque ultra-connectée est l’occasion d’explorer les mécanismes du deuil. Quand les orphelins de Bowie se sont tournés vers son héritage, c’est vers le web et ses archives que nous sommes allés parallèlement à une nouvelle exploration spatiale de sa discographie.

Or, malgré ses différents et ses attaques, Prince fut longtemps un grand pionnier d’Internet. Comme le prouve aujourd’hui le musée posthume de son implication sur le web, à travers une douzaine de site web créés à la demande de Prince pour échanger et se lier avec sa communauté, on revisite les archives et les projets d’un poète musicien et pop.

Prince, album éponyme 1979
Prince, album éponyme 1979

À travers les âges et les technologies, on replonge depuis 1994 dans les modes et les projets excentriques du Prince. Le musée propose une timeline interactive qui recense au total plus de douze expériences numériques inventées par Prince et des webmasters qui pour l’occasion, racontent leur rencontre avec l’artiste.

Fascinant, le musée plonge jusqu’en 1994 pour trouver la première archive de Prince. Alors absorbé par les capacités du cyberespace et de l’informatique en pleine révolution, l’artiste imagine alors que l’ordinateur pourrait être un moyen d’accéder à sa musique et son univers. Une idée alors rare à une époque où le CD règne en maître dans les chaînes hi-fi et les baladeurs.

Mais précurseur, le génie luxuriant du funk s’entêtera à créer une expérience interactive entre le jeu vidéo et ce que nous nommerons plus tard le web interactif ; toutefois, les infrastructures existantes ne pourront alors pas mettre l’idée de Prince en ligne. Alors l’artiste sortira un CD-Rom sur lequel ses fans retrouvent cette folle idée que la musique peut s’apprécier sur un ordinateur conjointement à une expérience artistique.

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En 1998, Prince innove encore radicalement pour la distribution de son nouvel album, Crystal Ball qui n’est alors commandable que sur le web et indisponible dans les réseaux de distribution traditionnelle. C’est alors le début pour Prince d’une nouvelle vision de sa musique et de son lien avec ses fans, il créé alors le NPG Music Club, reprenant ainsi le nom de son groupe New Power Generation.

Le Music Club est alors pensé comme une sorte de proto-blog destiné aux fans qui doivent s’inscrire pour accéder à du contenu exclusif et des ventes lors des concerts. La première version du NPG Music Club sera mise en ligne courant 2000 et finira en 2004 par se doter d’une interface complètement barrée qui semblait alors visionnaire, Prince souhaite créer sur le web non pas une simple page mais un espace virtuel. C’est alors que le NPG Music Club devient une sorte de page en 3D de l’année 2004, encore hallucinante à voir aujourd’hui où l’on mesure l’ambition de Prince malgré les limitations techniques.

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Enfin, le temps finira par passer et le géant se laissera aller à une haine assez singulière d’internet. Beaucoup ont imaginé que Prince parlait sans connaître, ou qu’il prenait là la position d’un artiste dépassé par son époque. C’était sans savoir que l’homme avait cru avant n’importe qui à musique dématérialisée…

Aujourd’hui, suite à ses positions contre le streaming, l’oeuvre de Prince est difficile à trouver en ligne. Il faudra alors replonger dans nos vinyles et CD ou aller voir du côté de Tidal qui a réussi à s’assurer l’exclusivité du géant. Sinon, en France, le second et iconique album de Prince est disponible sur Tidal et Play Music. L’album éponyme (« Prince ») est une magnifique introduction moderne au funk futuriste de l’artiste.

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