Un seul mot : « wow ». Nous vous parlions il y a peu du cas de Stephanie Lenz, cette mère qui a mis en ligne sur YouTube une vidéo de son bambin entrain de danser sur l’air de Let’s Go Crazy. Universal Music Group avait exigé sa suppression du service car on pouvait y entendre pendant 29 secondes la chanson de Prince. Et YouTube avait alors obtempéré en bon petit soldat.

Nous n’imaginions pas alors, malgré toute l’ironie de notre premier article, à quel point l’affaire était incroyablement stupide (et nous pesons nos mots). La vidéo ayant été supprimée, nous n’avions pas pu voir alors l’objet du délit. Nous aurions alors été beaucoup plus sarcastiques encore. Depuis, la vidéo a été à nouveau envoyée sur YouTube. Jugez plutôt et constatez vous-même à quel point la vidéo censurée devait effectivement causer un manque à gagner et un préjudice énorme à Universal, qui justifiait sa suppression sans appel :

L’Electronic Frontier Foundation a sauté au plafond et s’est empressée de prendre l’affaire à son compte en portant plainte contre Universal, qui violerait selon eux le droit au « fair use » (utilisation équitable) prévu par le droit américain sur le droit d’auteur.

Mais l’on touche bien là au noeud du problème. Selon toute vraisemblance, Universal Music Group n’a jamais voulu supprimer spécifiquement cette vidéo là. C’était sans doute davantage l’effet de filtres et de robots qui envoient automatiquement à Youtube des requêtes en suppression dès qu’une vidéo suspecte est détectée. Sans autre forme de contrôle. Or une machine aussi complexe soit-elle ne pourra jamais détecter qu’une utilisation d’une œuvre, même non autorisée, est légitime.

Comme l’analysait déjà Muscardin sur le forum de Ratiatum, c’est un piège à double tranchant que jette l’EFF. Soit la justice décide qu’Universal avait raison d’exiger la suppression de la vidéo, et c’est encore plus de pression placée dans une cocotte minute prête à exploser au visage des industries culturelles. Soit elle donne raison à l’EFF, et les filtres automatiques devront à l’avenir être doublés d’un contrôle humain, ôtant par la même toute raison d’être aux filtres automatiques.

Les mêmes problèmes de subjectivité se sont posés en France contre les DRM, qui privent effectivement des copies illégales, mais qui privent aussi de la jouissance d’exceptions parfaitement légitimes. La France a choisi de créer une Autorité de Régulation des Mesures Techniques pour adresser ces problèmes. Faudra-t-il aussi créer une Autorité de Régulation des Vidéos Personnelles ?

(merci à Natasha pour l’information)

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