En rachetant l'application TBH (« To Be Honest »), Facebook s'empare d'une application très populaire auprès des adolescents américains. Un moyen de s'offrir un pilier central pour son économie de l'attention, grâce à ce service qui consiste à s'échanger des compliments mutuels.

Alors que l’application anonyme Sarahah a fait sensation en 2017 parmi les jeunes arabophones et anglophones, une alternative américaine, plus policée, tire son épingle du jeu depuis sa création, il y a 3 mois : TBH pour « to be honest » (« pour être honnête »).

Et elle s’avère suffisamment singulière, aux yeux de Facebook, pour justifier son rachat à hauteur de 100 millions de dollars selon TechCrunch — un montant que le réseau social ne souhaite pas confirmer.

TBH

À l’instar de l’app saoudienne, TBH est anonyme mais elle fonctionne plutôt comme une  machine à compliments — dans seulement une trentaine d’États américains pour l’instant — que comme une messagerie. Son utilisateur reçoit une question bienveillante (« Qui a le plus beau sourire ? ») accompagnée de 4 contacts choisis au hasard parmi lesquels il peut choisir. La personne concernée reçoit alors le compliment sans savoir de qui il provient, en contradiction avec le slogan de l’app : «  Découvrez qui vous apprécie ».

À ce titre, TBH se distingue fondamentalement de Sarahah, qui traîne une réputation embarrassante en raison du harcèlement qu’elle permet chez les très jeunes utilisateurs de smartphones. Sur TBH, tout n’est que compliment automatique et validation par les pairs : la recette garantie du succès.

5 millions d’utilisateurs

Depuis à peine trois mois, l’application a pris le flambeau de l’application la plus prisée par les adolescents. Fréquemment positionnée dans le top dix des applications sur les différents stores, TBH a en outre réussi à développer une sérieuse base d’utilisateurs.

Si l’application n’est pas monétisée, elle s’appuie de nombreux jeunes utilisateurs. Un vivier de 5 millions de personnes convoité au sein de la Silicon Valley.

Les 5 millions d’utilisateurs de TBH auraient déjà échangé plus d’un milliard de messages. Selon les créateurs, l’application aurait en outre des valeurs partagées avec Facebook notamment en matière d’actions positives dans les interactions. Son intégration dans l’entreprise devrait, dans un premier temps, se faire en douceur pour les utilisateurs.

On retiendra qu’à l’instar de Facebook et du bouton j’aimeTBH s’est assis sur une mine d’or sentimentale : la validation par les pairs qui fait les beaux jours de tous les réseaux sociaux — en incitant toutefois certains noms de la Silicon Valley à se déconnecter — mais se trouve encore plus accentuée dans l’app.

Sous forme d’un jeu, l’application force ses utilisateurs à complimenter leurs amis en permanence. Elle retient ainsi ses utilisateurs grâce à un sentiment d’auto-satisfaction sans cesse renouvelé. Cette maîtrise, par le design et la technologie, de l’attention des adolescents est, pour une entreprise comme Facebook, un pilier de son économie de l’attention. Surtout au vu de sa rivalité avec son concurrent Snapchat.

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