Le patron du groupe Stellantis, Carlos Tavares, fait partie des acteurs de la filière particulièrement réticents à la bascule vers le tout électrique que l’Europe tente d’imposer. Il n’a pas hésité à pointer du doigt plusieurs problèmes liés à l’électrification lors de sa dernière prise de parole.

Carlos Tavares s’est souvent fait remarquer par des positions de méfiance vis-à-vis de l’électrique, mais surtout contre l’Europe, qui pousse les constructeurs à ne faire que ça d’ici à 2035. Le groupe Stellantis, qui est composé désormais de 14 marques (Peugeot, Citroën, DS, Opel, Fiat, Jeep et Alfa Romeo…), a déjà amorcé sa transition, mais la route est encore longue.

Lors de la conférence Future of the Car du Financial Times, le patron français a partagé ses craintes. Et il n’est pas le seul grand patron à tirer la sonnette d’alarme. Le groupe Renault et le groupe Volkswagen ont aussi pointé du doigt certains freins auxquels ils font face.

Quels sont les points de tension soulevés par Carlos Tavares ?

Si les groupes industriels se mettent à électrifier leurs gammes de véhicules, plusieurs constructeurs se posent des questions quant aux solutions apportées par cette technologie et sur leurs conséquences à long terme. Carlos Tavares parle même de « période darwinienne pour l’industrie », où constructeurs, comme consommateurs, vont devoir s’habituer au changement. C’est une notion qu’il avait déjà partagée en 2019 au micro de BFM TV, mais qui prend encore plus de sens en 2022 dans le contexte de crise.

« Tout le monde va verser des véhicules électriques sur le marché », a-t-il déclaré lors de la conférence Future of the Car du 10 mai. « Où est l’infrastructure de recharge ? Où sont les risques géopolitiques liés à l’approvisionnement en matières premières ? Qui regarde le tableau complet de cette transformation ? »

La production des batteries fait partie des premières inquiétudes du patron français. Il craint une pénurie de batteries à moyen terme (2025/2026). Il doute que les constructeurs puissent finir assez rapidement les usines de fabrication des batteries pour assurer leurs besoins de production, ce qui créerait une dépendance aux pays asiatiques, avec les conséquences sur les approvisionnements que l’on connaît actuellement face à la pénurie de semi-conducteurs. Le maintien de véhicules abordables pour les clients est aussi un des enjeux compliqués dans ce contexte.

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Une partie de la gamme électrique Stellantis // Source : Stellantis – stephane sby balmy

Il pense également que la préoccupation sur la manière dont sont extraites les matières premières va être croissante, ce qui risque de générer de nouvelles tensions. Quant à la problématique de l’infrastructure de recharge, même si l’implantation de bornes de recharge évolue, cela reste le point noir pour convertir l’ensemble du parc roulant.

Herbert Diess, patron du groupe Volkswagen, partage aussi une partie des inquiétudes annoncées par Carlos Tavares. Le groupe allemand ne se sera probablement pas en mesure d’augmenter la commercialisation des véhicules électriques, en raison des contraintes d’approvisionnement en batteries et de la lenteur du déploiement des stations de recharge.

Luca de Meo, directeur général de Renault, complète lui par un volet emploi les craintes liées au passage à l’électrique. Il indique que les nouvelles mesures de l’Europe pourraient coûter jusqu’à 70 000 emplois, rien qu’en France.

Pour autant, les 3 groupes avancent sur le sujet pour trouver des solutions à long terme, afin d’effectuer cette transition à l’horizon 2035.  

Prêt pour affronter et doubler Tesla

Il a deux mois dans une rencontre digitale organisée par Mobility TV World, Carlos Tavares se montrait très confiant sur la question, indiquant même voir son groupe doubler Tesla : « J’ai vraiment confiance, et je n’essaie pas d’être arrogant, j’ai simplement confiance dans le fait que nous allons rattraper d’ici quelques années Tesla, et cela va être une compétition très saine ».

Une position, en équilibre sommaire, qui donne parfois l’impression que le patron de Stellantis fait 3 pas en avant, avant d’en faire trois en arrière à la déclaration suivante.

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Capture d’écran des annonces « First anniversary »

Même si le groupe Stellantis n’est pas vraiment en retard sur l’électrification, il n’est pas non plus le plus avancé sur la question. Il faudra attendre les nouvelles plateformes annoncées par Stellantis pour 2023 pour juger des avancées technologiques du groupe. Les marques s’appuient actuellement essentiellement sur une seule plateforme modulaire (e-CMP) partagée entre motorisations thermiques et électriques, et celle-ci montre ses limites pour s’attaquer au marché de l’électrique et affronter la concurrence de marque comme Tesla.