Nous avons suivi un technicien mobile Tesla sur une journée d'opération. L'occasion de découvrir un métier en devenir. Reportage.

Il est 8h30 quand Alexis commence sa tournée. Dans le XVe arrondissement parisien, ce mécanicien mobile employé par Tesla va devoir faire une opération lourde sur un Model X : en plus des contrôles nécessaires côté filtrage pour la ventilation, il doit changer le bloc qui relie le véhicule électrique aux Superchargeurs. Depuis la sortie des Model 3, les véhicules Tesla sont livrés avec des prises CCS Combo mieux adaptées à l’Europe et, pour 500 €, le constructeur américain propose à ses clients un retrofit.

Nous le retrouvons devant un Model X noir, garé dans un parking parisien et complètement démembré. Les ailes Falcon si reconnaissables sont à peine ouvertes à cause du plafond très bas. Même si l’opération est simple pour un mécanicien spécialisé dans les modèles électriques comme lui, il doit prendre les plus grandes précautions : on touche au bloc charge et donc potentiellement à la batterie. Pour ainsi dire, le Model X passé en mode entretien est entièrement sur OFF : seuls quelques systèmes peuvent encore donner des informations à Alexis sur un ordinateur équipé du programme de maintenance maison.

Un Model X en pleine opération // Source : Numerama

« On doit démonter tout l’arrière pour atteindre le port de charge et installer le module qui permet d’utiliser les nouvelles prises. Mais tout le contrôle de l’alimentation se fait à l’avant et je dois donc démonter aussi tout ce qu’il y a dans le capot. » De fait, rien n’est prêt dans cette Tesla. Et pourtant, après une heure d’opération, Alexis a terminé : comme un gros Lego, le Model X aux allures de Batmobile est remonté. L’opération est invisible. Le temps de faire un tour de la pression des pneus et d’enlever les différentes torches positionnées dans la pénombre du parking et il sera rendu au propriétaire.

L’ajout du module à l’arrière // Source : Numerama
Tout doit être remonté // Source : Numerama

Mécanicien mobile, une nécessité ?

Peu mis en avant sur le site officiel de Tesla, le service de maintenance mobile prend petit à petit de l’ampleur en France. D’autres constructeurs le font, mais il a ici la particularité d’être entièrement gratuit pour le client, qui ne paie que la réparation. Au même tarif que s’il l’amenait dans un centre de réparation Tesla. 9 techniciens sillonnent la France, affectés à des régions. Ils peuvent réaliser en moyenne 5 opérations par jour, plus ou moins complexes. Le record, nous confie Alexis, est tenu par l’un de ses collègues qui a fait 17 opérations en une journée.

Comment ? C’était un jour chargé et il avait décidé de donner rendez-vous à ses clients au Superchargeur de sa région — c’est l’une des propositions que peut faire Tesla pour raccourcir les déplacements de ses techniciens. Mais c’est sur place que les propriétaires de Tesla ont intensifié sa journée : voyant une personne avec un t-shirt de la marque, beaucoup se sont arrêtés pour discuter et faire de petites révisions — essuie-glace, filtre, pneu…

La Model S rétrofitée en garage mobile // Source : Numerama

Et tout cela est possible, car ces mécaniciens ont été équipés pour être parfaitement autonomes. Dans un premier temps, Tesla utilisait des transporteurs thermiques classiques, ce qui faisait un peu tache par rapport aux principes que cherche à défendre l’entreprise. Depuis peu, elle a commencé à transformer d’anciennes Model S en véritable atelier mobile. Le retrofit que nous a présenté Alexis est complet : le véhicule, qui a 170 000 km au compteur, n’a plus que deux sièges à l’avant. À l’arrière, Tesla installe deux immenses tiroirs qui contiennent tous les outils possibles et imaginables, des pièces détachées en grand nombre et plusieurs engins électriques pour assurer la maintenance. D’ailleurs, ce Model S de maintenance possède un convertisseur à l’arrière qui permet à Alexis de recharger tous ses outils sur l’immense batterie.

En France, 5 Model S ont subi ce retrofit sur les 14 véhicules que Tesla utilise pour ce service. Au volant, car le technicien nous l’a donné un moment, le comportement ne change pas beaucoup d’une Tesla moderne : le poids à l’arrière ne réduit en rien le dynamisme du véhicule. Mais c’est tout le temps en mode Confort qu’il est utilisé, afin d’économiser la batterie. Avec un peu plus de 300 km d’autonomie, cette Model S de première génération n’est pas la routière que peut l’être le modèle Grande Autonomie vendu actuellement.

Tout est attaché // Source : Numerama

Et pour Tesla, le nombre de Model S rétrofités tout comme le nombre de techniciens est voué à croitre. Dans la région Bretagne sur laquelle il opère, l’arrivée de la Model 3 a doublé la flotte de véhicules qu’Alexis est susceptible de gérer. Alors certes, les opérations de maintenance n’arriveront pas tout de suite pour ces nouvelles arrivantes, mais il faudra que Tesla puisse répondre à la demande le jour où un éventuel rappel des véhicules pour changer une pièce devrait être fait.

Une formation complète

C’est d’ailleurs pour ce cas que nous nous rendons à Orléans, au superchargeur. Alexis a rendez-vous avec le propriétaire d’une Model S bleue qui doit changer son airbag passager. L’opération n’a pas été poussée par Tesla, mais par le constructeur des airbags qui a demandé à remplacer certaines unités. Même s’il doit enlever l’intégralité de la planche de bord à l’avant, la tâche est simple : une fois les systèmes déconnectés ( « N’appuyez surtout pas sur le frein », nous lance Alexis alors que nous envahissons son espace de travail pour prendre des photos), l’opération ne prend pas plus de 30 minutes. L’airbag potentiellement défectueux, retiré comme dans une opération chirurgicale, devrait être renvoyé au constructeur ou Tesla procèdera à une détonation contrôlée.

Tout enlever avec précaution // Source : Numerama
L’avant complètement nu // Source : Numerama

L’aisance d’Alexis sur le véhicule pourtant récent nous amène à le questionner sur son parcours. Et le jeune étudiant qu’il était a peut-être eu du flair au moment de son orientation, voyant approcher la vague électrique. Après un bac pro en alternance très classique où il a découvert le monde des petits garages familiaux, Alexis a poursuivi son parcours avec un BTS et une formation en concession chez Mercedes. C’est à la fin de cette expérience qu’il a misé sur l’électrique et choisi de poursuivre une spécialité — ce qui lui donne 7 ans de formation.

Il a fait partie de la 2e promotion de la licence MTSP 3ev, encore confidentielle — seuls 20 élèves partageaient les bancs avec lui. À l’époque, la réglementation, notamment sur les machines à haute tension, ne lui permettait même pas d’aller se former en alternance chez Tesla. Le jeune homme avait tout de même soumis sa candidature et c’est le constructeur américain qui est allé le débaucher chez Mercedes. En plus de ses études, au moment d’intégrer Tesla, Alexis a reçu une formation complète sur les véhicules, en séminaire aux Pays-Bas. Aujourd’hui, cette formation peut avoir lieu dans un nouveau centre à Aix pour les pays d’Europe du Sud.

Opération à cœur ouvert sur un airbag // Source : Numerama

L’objectif est clair : former des mécaniciens compétents et polyvalents, de la prise de rendez-vous à la commande des pièces, jusqu’à l’intervention. Car si tous les garages peuvent demander une licence de l’outil de diagnostic Tesla et faire théoriquement les réparations sur les véhicules, presque aucun ne l’a fait en France. C’est pour cela que le constructeur doit mailler de territoire s’il souhaite apporter un service rapide et de qualité à ses clients.

Pour Alexis, dans le cadre de son métier, l’avantage concurrentiel de Tesla est clair : le constructeur est le seul à pouvoir déployer des mises à jour aussi facilement pour ses véhicules et le seul également qui a pris la mesure du véhicule connecté. Au-delà des avantages pour le client, Tesla peut déjà faire des pré-diagnostics complètement transparents pour le client.

La voiture étant capable de contrôler ses systèmes seule, l’ordinateur de bord peut envoyer des informations d’usure d’une pièce à Tesla, qui commande alors la pièce avant même qu’un problème se déclare. Le client reçoit alors simplement une notification l’invitant à prendre rendez-vous et la panne n’a alors jamais lieu. De la même manière, quand un technicien découvre un nouveau problème, la boîte à outils numérique de Tesla transmet les informations et une solution potentielle à tous les ingénieurs et mécaniciens dans le monde entier.

Hasard du calendrier, le technicien Superchargeurs était aussi à Orléans // Source : Numerama

Et même si une voiture électrique est réputée moins complexe qu’une voiture thermique et moins soumise aux pannes, une chose est sûre : ces objets techniques auront besoin de maintenance et toute une génération de mécaniciens en devenir devrait songer, comme Alexis, à se préparer à répondre aux attentes d’un secteur en croissance constante.

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