L’Élysée a une nouvelle fois mis en avant les usines de la « vallée de la batterie » dans le nord de la France lors du sommet « Électrifions la France ». Pendant ce temps, ACC et Verkor luttent toujours pour réussir leur passage à la production en série. Selon des révélations publiées par Marianne le 27 mai 2026, Verkor se retrouve dans une situation particulièrement délicate après la perte du contrat portant sur le nouveau Renault Master électrique.
Jusqu’à présent, l’entreprise se félicitait de sa stratégie « un produit, une usine, un client ». Sauf que lier son destin à un seul constructeur (Renault) – qui a depuis revu sa stratégie dans une logique de réduction des coûts – pourrait menacer le développement de Verkor.
Un écart de prix trop important entre Verkor et ses concurrents asiatiques
Pour comprendre dans quelle impasse se trouve Verkor, il faut d’abord prendre en compte la réalité industrielle de son unique client. Si Renault s’en sort mieux que d’autres groupes automobiles pour sa transition vers les véhicules électriques, le groupe français n’a pas vraiment une grande marge de manœuvre. Le nouveau plan stratégique FutuREady dévoilé en mars 2026 fait d’ailleurs la part belle à un pragmatisme renforcé sur les dépenses.

Malgré les promesses du précédent patron, Luca de Meo, d’acheter jusqu’à 12 GWh de batteries à Verkor, la réalité économique oblige le constructeur français à s’adapter pour rester compétitif. Précisons tout de même que les cellules NMC de Verkor coûtent de 30 à 40 % plus cher que celles de la concurrence asiatique (coréenne ou chinoise), ce qui a forcément un impact sur le prix de vente du véhicule concerné. Le directeur des achats de Renault l’a confirmé au média Marianne : « Nommer Verkor sur un nouveau véhicule avec l’écart de compétitivité poserait un problème non seulement à Renault Group, mais à tous ceux qui nous ont fait confiance. La voiture deviendrait trop chère et ne se vendrait pas. »
Si l’écart de prix peut se justifier sur un véhicule au positionnement premium comme l’Alpine A390, c’est un risque inutile sur un véhicule utilitaire comme le nouveau Renault Master. Les batteries Verkor n’auraient ainsi pas été retenues. Cela impactera inévitablement la quantité de batteries commandées à Verkor dans les prochaines années, qui est plutôt estimée autour des 3 GWh que des 12 GWh promis.

Une production en série repoussée à novembre
Le problème de Renault n’est pas seulement lié au coût des batteries Verkor. Le constructeur français a dû activer des plans B pour pallier le retard de la production de l’usine de Dunkerque. Comme pour ACC, l’entrée en production de série des batteries Verkor est bien plus longue que prévu. La start-up aurait 18 mois de retard, selon le responsable des achats de Renault.
Les modèles électriques de Renault ne peuvent pas se permettre d’attendre. On observe déjà bien assez le chaos que cela a provoqué dans le groupe Stellantis avec les batteries ACC délivrées au compte-gouttes. Sauf qu’à la différence de Stellantis, Renault a une alternative à activer. Mais cela reste un problème au niveau de Verkor : pas de batteries livrées, pas de revenus, mais de la trésorerie qui fond à vue d’œil.
Cette situation n’est donc pas sans rappeler l’épisode du géant suédois Northvolt sur certains aspects. Verkor n’a pas cherché à rejouer le scénario de la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf ; néanmoins, tant que la montée en cadence de la production n’est pas au rendez-vous, les clients qui ont signé des commandes se retrouvent le bec dans l’eau. Quand une entreprise ne peut pas honorer ses commandes, les clients — ou, dans le cas de Verkor, « l’unique client » — vont se sourcer ailleurs.

L’appel au « quoi qu’il en coûte » du gouvernement
Actionnaire de Renault et premier soutien financier de Verkor via les subventions, le gouvernement français va certainement être appelé à la rescousse pour sauvegarder un de ses fleurons de la batterie. C’est hélas à ce niveau-là que les choses risquent de se compliquer : qui de l’État français ou de l’Europe pourra venir en aide à la jeune filière de la batterie européenne ? Peut-être aucun des deux.
Verkor aurait pourtant bien besoin d’un « quoi qu’il en coûte » qui permettrait de gommer l’écart de prix des batteries françaises face à la concurrence asiatique. C’est apparemment une solution qui se murmure jusque dans les ministères concernés. Cela permettrait à l’entreprise de monter en cadence et en rentabilité sans avoir à se soucier du surcoût engendré pour Renault.
Une autre possibilité pourrait aussi émerger : que le gouvernement contraigne Renault à honorer ses engagements de commandes. Dans ce cas-là, ce ne serait plus Verkor ou le gouvernement qui supporterait le risque, mais notre dernier constructeur réellement national. Une décision suffisamment dangereuse et déconnectée du marché pour que l’on craigne que ce soit celle retenue.
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