« Notre indépendance se construit par notre électricité », a affirmé le président de la République française, Emmanuel Macron, lors du sommet « Électrifions la France » du 26 mai 2026 qui a réuni toute la filière à l’Élysée. Derrière cette phrase, qui englobe plusieurs domaines d’activité, se cachent aussi de nombreuses ambitions autour de l’électrification du marché automobile.
Constructeurs, énergéticiens et opérateurs de bornes se sont engagés autour d’une série de « pactes » d’engagements mutuels. Si certains objectifs étaient déjà connus, plusieurs engagements méritent que l’on se penche de plus près sur le sujet.
Les chiffres du marché de l’électrique et les objectifs industriels
La France vise toujours l’objectif de 100 % de ventes de voitures neuves électriques d’ici à 2035. Un premier palier d’une voiture sur trois (33 %) est maintenu dans le viseur pour l’année prochaine, et les ambitions restent d’atteindre deux voitures sur trois (66 %) d’ici à 2030, soit dans moins de quatre ans. À moins d’un carburant dépassant les prix actuels, la trajectoire d’adoption semble difficile à atteindre.

Un autre objectif apparaît aussi particulièrement difficile à concrétiser : produire 1 million de voitures électriques en France par an à horizon 2030. Pour y parvenir, Emmanuel Macron met en avant la production de Renault à Douai et Maubeuge, ainsi que l’annonce de Stellantis, qui investit dans un agrandissement de son usine à Mulhouse pour produire des modèles électriques de nouvelle génération d’ici à 2029. Ce dernier point est l’une des seules vraies annonces de l’événement.
Néanmoins, sur près d’un million de véhicules assemblés en France, seuls 270 000 sont électriques aujourd’hui. Pour tripler ce volume, le gouvernement compte sur les constructeurs. L’annonce d’une usine Stellantis à Mulhouse d’ici à 2029 est une excellente nouvelle industrielle, mais évite soigneusement le sujet du présent : les modèles électriques les plus abordables et les plus volumétriques (comme la Citroën ë-C3, la Peugeot e-208 ou la Renault Twingo) sont assemblés ailleurs dans l’Union européenne.
Les véhicules utilitaires et les poids lourds électriques sont également inclus dans les objectifs du gouvernement. « Les deux tiers des poids lourds électriques vendus aujourd’hui en France ont été fabriqués en France, ce qui peut être relevé à 100 % pour la fin du quinquennat », indique le dossier de presse. D’ici à 2030, le gouvernement français table sur 50 % de ventes de véhicules utilitaires et de camions en électrique.
La souveraineté du secteur de la voiture électrique repose aussi sur la « vallée de la batterie » dans le Nord de la France, avec 3 gigafactories déjà opérationnelles (ACC, AESC Envision, Verkor) et une quatrième en chantier. Elles devront être capables d’équiper 600 000 à 700 000 véhicules par an d’ici à 2030. Ce, si elles résistent à la vallée de la mort de la montée en cadence de la production. C’est loin d’être acquis, sauf peut-être pour AESC Envision, dont la situation paraît aujourd’hui plus stable.

La fierté du leasing social
Le lancement d’une nouvelle édition du leasing social a déjà été confirmé. 50 000 nouveaux ménages modestes pourront obtenir un véhicule avec des mensualités adaptées entre 100 et 200 euros par mois à partir du mois de juillet. Cette année, l’aide publique favorisera les véhicules dont les moteurs et les batteries seront fabriqués en Europe. Les autres véhicules obtiendront un soutien réduit. L’ouverture des précommandes au mois de juin va permettre de mieux visualiser l’écart créé sur les loyers par cette nouvelle redistribution.
C’est l’engagement de Stellantis sur le sujet du leasing social qui apparaît comme le point positif majeur de ce sommet. On s’interrogeait sur le sort des premiers bénéficiaires du dispositif après leurs 36 mois de location. En promettant des extensions de contrat ou des renouvellements à partir de 2027, Stellantis évite un retour massif de véhicules d’occasion qui aurait déstabilisé le marché, tout en sécurisant la mobilité des ménages modestes. Reste à voir si les tarifs resteront aussi attractifs. Cette annonce pourrait aussi pousser Renault à réagir.
Stations de recharge : beaucoup de promesses à tenir
Les opérateurs se sont engagés à déployer 240 000 bornes supplémentaires pour passer de 180 000 bornes publiques en 2026 à 400 000 bornes ouvertes au public en 2030. Un investissement de 3,5 milliards d’euros ciblera 60 000 points de charge rapides et ultra-rapides. Charge France est à la manœuvre avec les différents acteurs de la filière recharge pour atteindre cet objectif.

Quelques annonces à retenir :
- Lidl France reconduit son offre à prix coûtant jusqu’au 31 juillet 2026 avec une recharge à 0,29 €/kWh via l’application Lidl Plus. Tous les nouveaux magasins Lidl seront équipés de points de recharge. 8 millions d’euros vont servir à équiper les supermarchés qui n’en sont pas équipés pour l’heure.
- Leclerc a lancé son offre Charge-Elec en 2026. L’enseigne s’engage à investir 200 millions d’euros pour équiper 10 000 points de charge jusqu’en 2035.
- Electra continue d’accélérer son maillage sur le territoire avec plus de 1 000 nouveaux points de charge par an en zones urbaines et périurbaines.
- Engie promet 5 000 points de charge supplémentaires d’ici à 2030, un investissement de 300 millions d’euros.
- Renault confirme ses 93 stations en France d’ici fin 2026, c’est mince.
- NW (IECharge) s’engage sur 30 millions d’euros destinés à 150 stations haute puissance.
Dans les petites lignes, il y a une information particulièrement intéressante pour les professionnels qui roulent en utilitaires et qui ont besoin de se recharger sur les bornes publiques : « Charge France s’engage en outre à afficher dès cette année dans leurs applications la compatibilité des places de recharge avec les utilitaires légers. Répondant à une forte demande de la part des artisans en itinérance, cet affichage leur permettra d’optimiser leurs tournées en identifiant immédiatement les bornes de recharge accessibles à leurs véhicules, quels que soient leurs dimensionnements (hauteur, longueur, largeur). » Voilà une initiative utile qui doit contribuer à l’électrification de certains véhicules professionnels.

Recharge en copropriété : des promesses intenables ?
Le pacte de la recharge s’engage à installer 400 000 bornes en copropriété d’ici à 2030, et 1 million d’ici à 2035. C’est le point noir persistant de l’infrastructure française. Promettre d’équiper des centaines de milliers de places en copropriété d’ici à 2030 est un vœu pieux. Malgré l’affichage politique, les syndics, les délais de vote en assemblée générale et les coûts de raccordement des bâtiments anciens restent des barrières administratives massives que ce sommet à l’Élysée ne résout pas d’un coup de baguette magique.
Le gouvernement a beau avoir mis en place dès 2017 plusieurs dispositifs — programme Advenir, simplification réglementaire, obligations de pré-équipement des bâtiments –, la réalité du terrain est bien différente, avec beaucoup de demandes de droit à la prise qui restent lettre morte. Les annonces du 26 mai 2026 n’apportent rien de plus à ce sujet.
On s’attendait probablement à des annonces plus percutantes de la part de l’exécutif, mais ce sommet de l’Élysée a au moins le mérite de formaliser des engagements concrets du côté des industriels. Si les promesses politiques sur la souveraineté ou les copropriétés relèvent parfois de la méthode Coué, le développement du réseau de recharge est lui très concret. Et c’est sans doute là l’essentiel pour enfin débloquer le marché.
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