L’hypothèse d’une vente de l’usine bretonne de Stellantis à un groupe chinois agite le secteur automobile. Mais derrière la rumeur, c’est surtout un problème structurel qui refait surface : les surcapacités industrielles en Europe.

La rumeur a de quoi inquiéter. Selon Bloomberg, Stellantis envisagerait de céder ou partager plusieurs de ses usines européennes, dont celle de Rennes. Des représentants du groupe chinois Dongfeng auraient récemment visité le site, alimentant l’idée d’un possible passage (partiel ou total) sous pavillon chinois.

À ce stade, il s’agit de fuites internes, à considérer avec prudence. Dans un contexte industriel devenu particulièrement tendu pour les constructeurs européens, Stellantis étudie probablement plusieurs pistes pour réaliser des économies, notamment à l’approche de la publication de son prochain plan stratégique en mai 2026.

Rennes, une usine loin d’être en difficulté

Quatre usines seraient potentiellement concernées : en Allemagne, en Espagne, en France et en Italie. Le cas de l’usine française interpelle. Le site breton ne correspond pas à une usine en déclin. Il a fait l’objet d’investissements récents pour accompagner la production du nouveau Citroën C5 Aircross, et se distingue par une organisation industrielle modernisée avec plus de robots et des engins autonomes pour déplacer les pièces. C’est en tout cas ce que l’on nous avait présenté lors de notre visite du site historique de Citroën en novembre dernier.

Production du Citroën C5 Aircross à l'usine de Rennes // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
La production à l’usine de Rennes intègre de nombreux robots // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

L’usine a également été optimisée pour réduire ses coûts, ses émissions carbone et gagner en efficacité. Tout cela a nécessité un investissement estimé à environ 160 millions d’euros pour adapter ses lignes à cette nouvelle génération de modèle. Après un tel investissement, il serait surprenant de céder le site à un constructeur chinois.

Sa présence dans les discussions s’explique sans doute autrement : par ses capacités disponibles et sa flexibilité, plutôt que par une quelconque faiblesse structurelle. La montée en cadence de la production du nouveau C5 Aircross s’adapte aux ventes du modèle, peut-être en deçà des espoirs du groupe. Une autre possibilité tient au fait que le site industriel a réussi à concentrer son fonctionnement sur une zone bien plus petite que ne couvrait l’usine auparavant. Plusieurs bâtiments ne sont plus exploités, cela laisse donc de la place pour accueillir la production d’un autre constructeur sans perturber la production des modèles Citroën.

Production du Citroën C5 Aircross à l'usine de Rennes // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Dernière étape de la production du Citroën C5 Aircross à l’usine de Rennes // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Une surcapacité devenue un problème central pour Stellantis

Le sort de l’usine de Poissy a déjà été scellé. Le groupe n’y produira plus de voitures à partir de 2028, mais continuera d’y fabriquer des pièces et de reconditionner des véhicules. L’idée de perdre un second site français dans la foulée aurait de quoi cristalliser la colère.

Comme d’autres groupes automobiles, Stellantis fait face à une surcapacité industrielle en Europe. Le marché n’a pas retrouvé ses niveaux d’avant la pandémie, plusieurs usines tournent en dessous de leur potentiel. Dans ce contexte, partager des capacités ou accueillir des partenaires industriels devient une piste crédible, les rumeurs se multiplient à ce propos ces derniers mois. Les constructeurs chinois sont eux-mêmes à la recherche de points d’ancrage en Europe pour produire leurs véhicules en échappant aux surtaxes douanières européennes. L’occasion est trop belle pour être ignorée.

La présence de Dongfeng ne doit pas être surinterprétée : d’autres groupes sont également en discussion, et aucun accord n’est garanti.

Un dossier politique sensible

Ni le gouvernement italien, ni le gouvernement français, n’ont vraiment envie d’avoir à gérer ce type de cession. À l’approche d’échéances politiques importantes, un passage sous pavillon étranger (surtout chinois) d’un site historique comme l’usine de la Janais serait scruté de très près.

John Elkann et Antonio Filosa en visite d'usine // Source : Stellantis
John Elkann et Antonio Filosa en visite d’usine // Source : Stellantis

Stellantis doit également composer avec cet équilibre délicat : réduire ses surcapacités sans déclencher de crise sociale ou politique. Il n’en reste pas moins qu’après le rapprochement entre Stellantis et Leapmotor, celui en cours avec Dongfeng n’est pas à prendre à la légère.

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