Après Northvolt, une nouvelle entreprise européenne de batteries tombe. Morrow Batteries a annoncé le 6 mai 2026 son dépôt de bilan, rappelant à quel point produire des cellules en Europe reste un exercice périlleux. Inutile d’accuser le marché de la voiture électrique d’être à l’origine de ce nouvel échec européen, cette jeune pousse ciblait d’autres secteurs d’activité.
L’industrie européenne de la batterie ressemble de plus en plus à un champ de bataille. Alors que l’Union européenne rêve de souveraineté industrielle, la réalité du terrain est beaucoup plus brutale. L’entreprise norvégienne Morrow Batteries a échoué à boucler un tour de table de la dernière chance, au moment le plus critique : la phase d’industrialisation. Retour sur le parcours moins médiatisé de ce projet.
Du rêve scandinave à la réalité industrielle
Fondé en 2020, Morrow Batteries avait l’ambition de construire la batterie « la plus durable au monde ». N’était-ce pas un peu trop ambitieux de la part de la jeune startup ? Située à Arendal, en Norvège, l’entreprise avait une feuille de route claire et des soutiens de poids. Siemens, ABB et l’énergéticien Å Energi comptaient parmi ses principaux actionnaires.

Morrow Batteries avait un projet en deux temps qui semblait cohérent sur le papier. Contrairement à ses concurrents qui ont foncé tête baissée dans l’automobile de masse à base de cellules NMC, Morrow avait opté pour une stratégie différente : des cellules LFP pour démarrer, puis une technologie innovante LNMO-X pour l’avenir, le tout pour d’autres secteurs d’activité comme le stockage d’énergie, les engins industriels ou la défense.
Après une année 2025 consacrée aux réglages industriels, l’entreprise a commencé à produire de série des cellules prismatiques lithium-fer-phosphate (LFP) le 12 janvier 2026. Ces cellules étaient destinées au stockage d’énergie stationnaire (BESS) et aux engins industriels. Elle avait même sécurisé un contrat majeur avec le finlandais Proventia et une première commande pour équiper des engins de chantier, des machines agricoles et des équipements miniers, dont elle a commencé les livraisons en avril 2026.
Une fois cette production stabilisée, Morrow Batteries voulait proposer une technologie plus différenciante qu’elle avait développée en laboratoire : LNMO (oxyde de lithium-nickel-manganèse). Il s’agit d’une chimie sans cobalt, riche en manganèse, capable de durer 10 000 cycles et de résister à des températures extrêmes. Une technologie de rupture qui visait le transport lourd (LNMO-X) et l’automobile premium avec une anode en graphite (LNMO-C).

Pourquoi Morrow est tombé en mai 2026
L’évolution semblait pourtant positive : l’usine d’Arendal (1 GWh) avait démarré sa production commerciale en janvier 2026. Mais le passage à l’échelle (le fameux « scale-up ») exige des capitaux que le marché, devenu frileux, n’est plus prêt à donner. Le diagnostic est sans appel : Morrow a succombé à une crise de liquidité immédiate. Malgré 5,1 milliards de couronnes norvégiennes investis, soit environ 468 millions d’euros, le compte n’y était plus, l’entreprise a manqué de trésorerie. Pour comparaison, Northvolt a englouti plus de 15 milliards de dollars avant de vaciller.
Trois facteurs expliquent cette chute :
- L’offensive chinoise n’est bien sûr pas étrangère à la situation. Avec des cellules LFP fabriquées en Chine, difficile pour une entreprise avec des coûts de production européens de lutter à armes égales.
- L’effet Northvolt pèse également dans la balance quand il s’agit de trouver de nouveaux investisseurs privés pour des besoins en cash rapide.
- Enfin, le retard d’industrialisation : l’usine inaugurée en août 2024 n’a pu commercialiser ses premières cellules qu’en janvier 2026. Toute cette période a brûlé énormément de liquidités jusqu’à épuiser sa trésorerie au moment où de nouveaux contrats devaient sécuriser l’avenir de l’entreprise.

Quel plan d’action de l’Europe pour sauver sa filière batterie ?
La chute de Morrow n’est pas un incident de parcours, c’est une menace qui pèse sur l’ensemble de la filière. Pendant que l’Europe se félicite d’avoir financé les fondations des usines et des machines pour constituer son Airbus de la batterie, elle n’aide plus vraiment cette filière une fois la phase d’industrialisation lancée. C’est pourtant la phase la plus critique.
Si Northvolt a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre en développant trop d’activités connexes avant de fiabiliser sa production de cellules, il reste une inquiétude forte pour les entreprises qui commencent à produire, mais dont l’équilibre financier n’est pas encore assuré. C’est la situation dans laquelle se trouve ACC, et Verkor doit certainement rencontrer le même type de difficultés.
Bruxelles doit changer de logiciel. L’heure n’est plus à s’autocongratuler d’un début de souveraineté sur les batteries, mais à sauver ce qui vient de naître. Et booster les ventes de véhicules électriques équipés de batteries européennes ne suffira pas.
Le redressement potentiel d’ACC par Allan Swan, son nouveau patron, sera un autre test grandeur nature. Les batteries PowerCo du groupe Volkswagen seront aussi à suivre attentivement. Le constructeur Porsche a, lui, décidé de baisser le rideau sur sa filiale Cellforce : pas « économiquement viable ». Soit l’Europe protège son industrie, soit elle se résigne à n’être qu’un grand showroom pour les technologies qu’elle n’a pas su produire.
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