Elon Musk veut racheter Twitter pour 43 milliards de dollars, quelques jours après avoir trahi sa promesse en quittant le conseil d’administration du réseau social. L’issue de son attaque est encore inconnue.

Mise à jour 15 avril, 19h30 : Comme pressenti dans cet article, Twitter a activé une mesure d’urgence pour empêcher une prise de contrôle hostile par Elon Musk. L’homme d’affaires fait de premiers dégâts.

Article original, publié à 10h30 le 15 avril :

Twitter est-il « pris en otage », comme certains employés le craignent depuis le 14 avril ? Une chose est sûre, pour le réseau social, le coup de poker tenté par Elon Musk est extrêmement périlleux. Le patron de Tesla et de SpaceX, actionnaire de Twitter avec 9,2 % des parts depuis quelques semaines, a annoncé le même jour son intention de mettre la main sur les 90,8 % restants, afin de privatiser le réseau social. Un véritable séisme pour l’entreprise, qui a complètement perdu le contrôle d’une situation qu’elle pensait maîtrisée.

Twitter va-t-il céder et laisser Elon Musk le privatiser ? Peut-il se contenter d’un « non » et reprendre sa vie d’avant ? À moins d’une incroyable surprise, il semblerait qu’Elon Musk remportera la bataille dans tous les cas. L’homme d’affaires ne sera peut-être jamais le propriétaire de Twitter, mais le bras de fer penche en sa faveur.

Elon Musk a un « plan B » pour Twitter

Soyons honnêtes, Elon Musk ne s’attend sans doute pas à recevoir le « go » de Parag Agrawal, le patron de Twitter qui l’avait accueilli dans son conseil d’administration avant qu’Elon Musk ne le plante six jours plus tard. Si l’offre d’Elon Musk est alléchante (43 milliards de dollars, soit 54,20 dollars par action), Twitter, qui dit officiellement réfléchir pour prendre la meilleure décision pour ses actionnaires, ne va probablement pas accepter l’offre d’Elon Musk.

Certains très gros actionnaires, comme le royaume d’Arabie Saoudite, ont déjà dit non publiquement. Elon Musk s’énerve publiquement contre eux, dénonçant les liens étranges entre leurs intérêts et leur vision de la liberté d’expression.

Hasard du calendrier, Elon Musk était l’invité d’un TED Talk le 14 avril. Il a confirmé ce qui semble évident : son « offre finale » n’en est pas une, il y a un plan B. Un « non » ne l’arrêtera pas, Elon Musk veut Twitter.

Elon Musk met la pression sur Twitter

Comment Elon Musk peut-il faire basculer Twitter ? Ironiquement, il suffit de se rendre sur le réseau social pour s’en faire une idée.

Sur Twitter, l’homme d’affaires explique à plusieurs reprises que, légalement, la direction de Twitter a le devoir de prendre des décisions qui ne désavantagent pas ses actionnaires. Et justement, sa proposition de rachat des actions à 54,20 dollars pièce, contre 45,08 dollars au cours actuel est, selon lui, la meilleure option pour les actionnaires. Autrement dit, Elon Musk prépare le terrain pour une éventuelle réponse négative de Twitter. Il explique que l’entreprise pourrait être poursuivie par ses actionnaires et, cheval de Troie, devinez qui est un des plus grands actionnaires de Twitter : Elon Musk.

Légalement aussi, le conseil d’administration de Twitter n’a pas le droit de refuser l’offre de Twitter sous prétexte qu’il n’aime pas Elon Musk. Il lui faut des justifications, comme des doutes sur la capacité de financement de l’homme d’affaires. Même si Elon Musk ne possède pas la réserve suffisante en cash, il dispose de plusieurs dizaines de milliards à sa disposition, peut vendre des actions Tesla et obtiendra des prêts bancaires si nécessaire. Même si Twitter réfute la situation de « prise d’otage », la réalité s’en approche.

Une « pilule empoisonnée » pour bloquer le prédateur ?

Que va-t-il se passer ? Après avoir refusé l’offre d’Elon Musk, qui pourrait ne pas être la dernière, Twitter n’a pas beaucoup d’options pour éviter un scénario catastrophe, à savoir voir Elon Musk racheter beaucoup d’actions, créer des alliances et prendre le contrôle de l’entreprise sans demander l’avis de qui que ce soit. La presse économique évoque un mécanisme depuis quelques heures : la pilule empoisonnée, aussi connue sous le nom de « poison pill ».

Qu’est-ce que la pilule empoisonnée ? Ce dispositif d’urgence empêcherait un grand actionnaire d’acheter des actions, en limitant l’accès de Twitter au marché public. L’action Twitter pourrait prendre un coup important, mais Elon Musk serait fortement ralenti dans son objectif de prise de contrôle du réseau social (il ne pourrait pas négocier individuellement avec les autres actionnaires pour acheter leurs parts). Ce scénario ne lui plaît pas, il a déjà indiqué sur Twitter qu’il agirait contre les actionnaires et pourrait donc être contesté en justice. Les dirigeants du réseau social le savent et, même s’ils ont évoqué son utilisation jeudi, aimeraient l’éviter.

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Parag Agrawal, le CEO de Twitter qui avait espéré faire d’Elon Musk un allié. // Source : Google Cloud / YouTube

Comment cela va-t-il finir ?

Elon Musk sera-t-il un jour le propriétaire de Twitter ? À l’heure actuelle, il ne faut pas écarter cette possibilité. La direction de l’entreprise peut arriver à la conclusion qu’il s’agit d’une bonne option et mettre en place des protections pour garder du contrôle sous la direction de Musk, qui s’est dit ouvert à laisser des parts à un maximum d’anciens actionnaires, après avoir privatisé Twitter.

Dans l’hypothèse où le bras de fer continuerait, Elon Musk semble dans tous les cas le mieux placé pour gagner. Twitter se fera attaquer s’il refuse ou s’il utilise la poison pill (ce qui peut lui rapporter de l’argent), Elon Musk tentera de détruire la réputation de Twitter et pourrait revendre ses parts pour faire du mal à l’entreprise et, dans le meilleur des cas pour Musk, il finira par mettre la main sur le réseau social, d’une manière ou d’une autre. Aucun scénario ne permet à Twitter de sortir rapidement gagnant de cette histoire. L’entreprise va vivre des jours difficiles.

Enfin, évoquons une autre possibilité qui nous semble incroyable : si l’attaque devient trop forte, Twitter pourrait être contraint de se tourner vers un acteur plus puissant qu’Elon Musk et de se vendre à lui. Google, Microsoft, Oracle… Seul un géant de la tech pourrait le racheter cash et lui garantir une certaine forme d’indépendance, alors qu’Elon Musk veut le transformer en réseau social de la « liberté d’expression absolue », sans modération.