Blocage, à qui le tour ? La chasse aux sites diffusant des contenus piratés n’a pas particulièrement faibli ces dernières semaines en France, en témoigne la nouvelle vague de décisions de justice survenue au mois de février. Mais, pour une fois, ce ne sont pas les fournisseurs d’accès à Internet qui ont été au centre de ces verdicts.
Les trois décisions de justice distinctes, signalées le 16 mars 2026 sur X par l’avocat Alexandre Archambault, spécialiste des sujets liés au numérique, concernent effectivement l’entreprise américaine Cloudflare, qui n’est pas un opérateur, mais un groupe proposant des prestations spécifiques aussi bien pour les sites web que pour les particuliers.
Ainsi, Cloudflare fournit des services de réseau de diffusion de contenu (CDN), des solutions de résolution de noms de domaine (DNS) et des outils de proxy inverse. Et c’est justement en raison de tout cet éventail technique que la société s’est retrouvée dans le collimateur de Canal+. En particulier, à cause de ses serveurs DNS.
Le blocage par DNS : stratégie classique pour interdire l’accès à un site web
Ce genre de service est une parade toute trouvée aux internautes désirant contourner les blocages classiques. Pour bien comprendre, il faut rappeler comment fonctionne la censure d’un site en France. Généralement, la justice ordonne aux opérateurs (Orange, SFR, Free, Bouygues Telecom) de « mentir » à leurs abonnés.
Lorsqu’un internaute tape l’adresse d’un site pirate, le résolveur DNS de son FAI fait barrage et l’empêche d’y accéder — l’opérateur a en effet changé son résolveur pour tenir compte de l’ordre du tribunal. C’est l’approche dite de blocage par DNS qui est très classique. Mais il suffit d’un réglage sur son PC ou son téléphone pour glisser entre les mailles du filet.

Il n’est pas illicite de changer ses DNS sur son ordinateur ou son mobile, car cela offre une alternative technique si, par exemple, les DNS de son FAI sont en rade. Outre Cloudflare, des firmes comme Google, OpenDNS et Verisign en proposent aussi. Mais, forcément, ce contournement est aussi emprunté à des fins illicites.
C’est pour cela que Canal+ cible spécifiquement Cloudflare ici, car les DNS alternatifs sont l’un des trous de raquette les plus connus du web — même chose d’ailleurs pour les VPN. L’usage le plus courant et le plus inavoué est de s’en servir pour pirater des contenus ou bien accéder à des catalogues de streaming restreints géographiquement.
Football et rugby : Canal+ protège ses exclusivités
Dans le détail, les trois jugements rendus par le tribunal judiciaire de Paris le 18 février visent à protéger les coûteuses exclusivités sportives de la chaîne cryptée et de ses filiales, et cela, jusqu’à la fin de la saison sportive en cours. Sont ainsi concernées trois compétitions majeures, qui sont très suivies par la clientèle du groupe et qui justifient souvent la prise d’un abonnement.
- La Ligue des champions (dont la finale est prévue le 30 mai 2026) ;
- La Premier League anglaise (jusqu’au 24 mai 2026) ;
- Le championnat de France de rugby, le Top 14 (jusqu’au 27 juin 2026).
Pour contrer les diffusions sauvages de ces rencontres sportives en France, la justice a ordonné le blocage d’une cinquantaine de noms de domaine, sans compter leurs innombrables sous-domaines. On y retrouve l’habituel florilège d’extensions rares, étrangères et exotiques (.ru, .dad, .click, .xyz, .cfd) qui sont utilisées par les gérants de ces sites pour contourner les blocages des opérateurs et offrir des alternatives à leurs visiteurs.
Cloudflare forcé d’agir malgré ses protestations
Face au tribunal, Cloudflare a bien tenté de se défendre pour éviter d’avoir à censurer ses propres utilisateurs. Le groupe américain a fait valoir que ces injonctions de blocage étaient inutilement complexes, coûteuses, et de toute façon peu dissuasives. En effet, pour l’internaute, il suffit souvent de passer sur un autre service DNS ou un autre VPN.

Mais les arguments n’ont pas fait mouche : le tribunal a observé que, même en fonctionnant de manière automatisée et neutre, Cloudflare sert de « pont permettant l’accès aux sites litigieux » et remplit bien une fonction de transmission. Or, estime la justice, Cloudflare peut contribuer à remédier aux atteintes que Canal+ argue subir.
La justice française a donc laissé trois jours à la société pour déployer un blocage efficace sur le territoire national (métropole et outre-mer), via ses DNS, mais aussi son réseau de diffusion de contenu (CDN) et ses proxys inverses.
Des injonctions dynamiques
Comme c’est désormais la norme depuis le renforcement de la loi française sur la régulation du sport (l’article L. 333-10 du Code du sport), cette injonction est « dynamique ». Les ayants droit le savent pertinemment : les sites visés vont très vite migrer vers de nouvelles URL pour continuer à diffuser les matchs et esquiver la sanction.
Pour éviter de surcharger les tribunaux toutes les deux semaines, Canal+ pourra se tourner directement vers l’Arcom (l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) pour faire actualiser cette liste noire. L’autorité se chargera de notifier directement les nouvelles adresses miroirs à Cloudflare, qui devra les bloquer dans la foulée.
+ rapide, + pratique, + exclusif
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.
Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !












