Pour 329 euros, Ray-Ban propose des lunettes de soleil dotées de micros, de haut-parleurs, de caméras et d’une connectivité Bluetooth. Le tout est conçu en collaboration avec Facebook, qui rêve de « smartphoniser » les lunettes depuis plusieurs années. Nous avons essayé les Ray-Ban Stories pendant plusieurs semaines.

Les lunettes remplaceront-elles un jour le smartphone ? En attendant de pouvoir concrétiser ce rêve, les grandes entreprises tech tentent déjà d’en faire de bons accessoires connectés. Après Snapchat et Bose, au tour de Meta, maison-mère de Facebook, de se lancer sur le secteur des lunettes intelligentes. Les Ray-Ban Stories, conçues en partenariat avec le fabricant du même nom, marquent le premier pas de Facebook sur ce secteur. À quoi servent-elles ? Sont-elles vraiment cool ? Pendant plusieurs semaines, nous en avons porté une paire tous les jours. Voici nos conclusions.

À quoi servent les Ray-Ban Stories ?

En avril 2022, au moment de la sortie de ce test, les Ray-Ban Stories sont sans doute les lunettes connectées les plus abouties du marché. Elles reprennent les deux concepts aperçus à ce jour (les lunettes-caméra de Snapchat, les lunettes-écouteurs de Bose) et les fusionnent. Nous avons donc des lunettes de soleil qui ressemblent à des lunettes de soleil (c’est normal, Ray-Ban a simplement intégré la technologie de Facebook à des montures classiques, les Wayfarer ici), mais avec des capteurs de partout.

Les Ray-Ban Stories servent beaucoup de choses :

  • Il s’agit avant tout de lunettes de soleil, avec un verre de qualité. Ce n’est pas un détail, car les lunettes de Snapchat ou de Bose étaient peu protectrices.
  • Les haut-parleurs, au bout des branches, vous permettent d’écouter de la musique ou de passer des appels. Les lunettes se connectent comme des écouteurs Bluetooth à votre smartphone ou à votre ordinateur.
  • Des micros permettent de téléphoner ou d’initier le commande vocal (dont on parlera plus tard) grâce à la commande « Hey Facebook ».
  • Un bouton sur la branche droite permet de prendre une photo ou de démarrer un enregistrement vidéo de 30 secondes, au format carré. On récupère ensuite le tout sur son smartphone, grâce à l’application Facebook View.
  • Toujours sur la branche droite, il y a un pavé tactile. On peut mettre en pause un contenu avec un tapotement, changer de morceau avec deux ou trois touchers ou ajuster le volume avec un glissement.
Ray-Ban Stories
Les Ray-Ban Stories ressemblent à des Ray-Ban normales. // Source : Numerama

L’application Facebook View, disponible sur iOS et Android, permet de synchroniser le contenu enregistré grâce au Wi-Fi Direct (les lunettes se transforment en un point d’accès, le smartphone s’y connecte). L’application permet ensuite de partager rapidement un contenu sur les réseaux sociaux (d’où le « Stories », vous l’avez ?) ou de créer des montages rapides, grâce à un éditeur intégré. On peut aussi lier son compte Facebook Messenger, mais nous allons vous raconter ça dans quelques instants.

Des lunettes plutôt stylées

La promesse est alléchante, quid de la réalité ? Il y a plusieurs points à critiquer ici, nous allons y répondre un par un.

L’audio

Commençons par la partie audio, celle que l’on utilise le plus au quotidien. Dans cette catégorie, il y a toujours une dose de subjectivité. Puisque les lunettes n’utilisent pas la technologie de conduction osseuse, il faut se contenter de haut-parleurs un peu grésillants qui envoient du son vers vos oreilles et le monde extérieur (les gens autour peuvent entendre si c’est très fort). Dans un environnement calme, c’est pas mal, tout en étant loin d’être adapté aux audiophiles.

Dans un environnement bruyant, c’est un vrai brouhaha. Les lunettes gèrent assez mal les variations sonores et obligent à souvent monter ou baisser le son manuellement. Nous n’en sommes pas hyper fans mais, pour écouter la radio sur un vélo le matin (pas trop fort bien sûr, il faut surveiller la route), c’est tout à fait satisfaisant. À la maison ou sur la plage par contre, nous préfèrerons toujours des écouteurs.

Les micros

Le constat est le même pour les micros, Facebook propose quelque chose de bien moins abouti que des AirPods. Là où on peut facilement téléphoner avec des écouteurs sans-fil, on est souvent obligé de répéter sa phrase avec les Ray-Ban Stories. Dès qu’il y a du monde autour, abandonnez l’option téléphone. Seule chose amusante, les personnes qui comprennent que vous téléphonez avec les lunettes trouvent toutes ça « trop cool ». À défaut d’être un bon kit main libre, les Ray-Ban Stories sont de super lunettes de kéké.

Ray-Ban Stories
Quand elles prennent une vidéo, les Ray-Ban Stories allument un point lumineux. // Source : Numerama

La caméra

Enfin, abordons l’aspect caméra. Il y a deux capteurs de 5 Mpix sur les Ray-Ban Stories, même si nous ne comprenons pas vraiment pourquoi Facebook avait besoin de mettre deux appareils photo (au delà de l’aspect esthétique.)

Quand on maintient enfoncé le bouton 3 secondes, les lunettes prennent une photo. Quand on appuie une fois, elle démarre un enregistrement vidéo de 30 secondes. Si on appuie avant la fin des 30 secondes, la vidéo s’arrête. Il est impossible d’aller au delà et c’est très frustrant. Autre truc énervant : les vidéos sont, toujours, au format carré. Un peu dommage pour un produit qui s’appelle « Stories », qu’on attend plus verticales.

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Toutefois, et vous le constatez sûrement dans l’extrait posté ci-dessus, la qualité des enregistrements est remarquable pour des lunettes connectées. La stabilisation frôle la perfection, ce qui permet de filmer un trajet en voiture ou en vélo sans aucun problème. L’exploit des Ray-Ban Stories réside ici : la partie photo/vidéo est vraiment réussie. La qualité est logiquement moins bonne la nuit, les micros se font piéger par le vent, mais l’image n’est pas du tout brouillonne. Bravo aux ingénieurs de Meta pour cette prouesse technique.

En ce qui concerne l’application Facebook View, bof. L’importation des vidéos est rapide mais le traitement qui suit est long (il faut 30-40 secondes pour ouvrir une vidéo importée), les réglages ne sont pas clairs et l’éditeur vidéo intégré est mal conçu. On ne peut sélectionner que des petits bouts, on ne peut pas voir le contenu d’une vidéo avant de l’avoir ajouté au montage et le choix des musique est trop limité. Le mieux est d’importer les vidéos dans un autre logiciel, comme iMovie sur iPhone.

Ray-Ban Stories
Le bouton sur la tranche pour enregistrer des vidéos // Source : Numerama

« Hey Facebook », un assistant intelligent pas très intelligent

L’autre aspect intéressant de ces Ray-Ban Stories réside dans sa capacité à réagir à des commandes vocales, mais l’approche de Facebook nous laisse dubitatifs. Au lieu d’intégrer Google Assistant ou Amazon Alexa, comme le font la plupart des objets connectés, le réseau social a opté pour… « Hey Facebook », un nouvel assistant vocal. Ce dernier parle français mais ne sait pas faire beaucoup de chose. N’espérez pas lui demander l’heure ou d’envoyer un message, il se contente de « lecture », « pause » et « prends une photo ». Sa capacité de compréhension est très faible et rend les lunettes intelligentes de Facebook pas très intelligentes. C’est dommage, il y avait un côté très futuriste dans l’idée de parler à ses lunettes.

Autre implémentation trop limitée, les Ray-Ban Stories intègrent Facebook Messenger, mais pas WhatsApp ou Instagram. On peut lier son compte Messenger aux lunettes et recevoir une alerte « You have received a new message from John Doe » à chaque notification, mais c’est tout. Il y a d’autres limites, comme le fait que ces alertes ne fonctionnent qu’en anglais. Deuxième limite, elles sont super relous. Les lunettes répètent en boucle qu’une notification est arrivée et ne savent pas s’arrêter. On a vite désactivé la fonction.

Ray-Ban Stories
Des caméras aussi petites sur des lunettes, n’est-ce pas dangereux ? // Source : Numerama

De grosses interrogations sur la vie privée

Enfin, comment ne pas conclure ce test par autre chose que la vie privée ? Indice : Facebook. Vous n’avez pas compris ? Indices : Cambridge Analytica, collecte de données, publicités, reconnaissance faciale… L’entreprise de Mark Zuckerberg, particulièrement décriée en la matière, n’a pas très bonne réputation. A-t-on envie de porter des caméras et un micro Facebook sur notre tête ?

Bien entendu, Meta est conscient de ces réticences. Plusieurs garde-fous ont été mis en place, comme la présence d’un interrupteur physique pour couper l’alimentation des lunettes. Quand elles sont sur OFF, elles ne font rien d’autre que vous protéger du soleil. Autre limitation : l’enregistrement bloqué à 30 secondes n’est pas anodin. Facebook ne veut pas que vous filmiez en permanence et, dans la même logique, a bloqué la possibilité de diffuser des vidéos en direct ou de passer des appels vidéo avec les lunettes, alors que ça aurait été très cool. Disons que cette limitation nous semble pour la bonne cause.

Ray-Ban Stories
Le bouton « OFF » des Ray-Ban Stories // Source : Numerama

Enfin, et c’est peut-être le point le plus problématique, les lunettes allument un point lumineux à côté de la caméra lorsqu’elles filment. Malheureusement, ce point est minuscule, n’est remarqué par personne (on a filmé plein de gens à leur insu, aucun n’a remarqué quoi que ce soit) et peut être caché par un minuscule bout de scotch. C’est si bof. A-t-on envie d’être filmé par n’importe qui, aussi facilement ? Éthiquement, cela soulève de nombreuses questions.

Ray-Ban Stories
Qui pourra repérer ce petit point lumineux qui s’allume à l’avant des lunettes ? // Source : Numerama

Malgré ces nombreuses critiques, nous avons aimé les Ray-Ban Stories. À un prix élevé (329 euros), mais pas délirant pour des lunettes Ray-Ban (environ 150 euros le modèle de base), elles font tout un tas de choses correctement et rendent les lunettes de soleil plus modernes. Nous avons envie de continuer à les porter. Cependant, nous nous interrogeons vraiment sur les dérives de tels produits. Combien de temps faudra-t-il avant que quelqu’un ne les utilise à des fins malveillantes ? On pourrait dire ça de tous les appareils, mais le risque nous semble plus élevé qu’à l’accoutumé ici.