Google a pris la décision de suspendre une fonctionnalité de Maps en Ukraine : la circulation en temps réel. Le risque qu’elle serve à renseigner sur les positions de troupes a été envisagé.

C’est un autre développement inattendu de la guerre que se livrent l’Ukraine et la Russie depuis le 24 février 2022. Face à l’invasion militaire du premier par le second, Google a pris la décision, après des consultations avec les autorités ukrainiennes, de couper le trafic en temps réel sur Google Maps sur l’ensemble du territoire.

Plus de Google Maps en temps réel en Ukraine

Cette neutralisation provisoire fait suite à un constat : le service de cartographie et de navigation a servi pour suivre l’envahissement de l’Ukraine, a rapporté le Washington Post le 25 février. Or, aux yeux d’experts de l’OSINT (open source intelligence, c’est-à-dire de renseignement en sources ouvertes, avec Internet), l’outil pouvait avoir un intérêt tactique.

L’outil en question existe depuis plus de dix ans sur Google Maps. Il existait dès 2011 en bêta aux États-Unis et dans plusieurs pays européens, comme l’Italie, le Royaume-Uni et la France. Il a depuis été étendu à d’autres États, comme le Japon, l’Australie, l’Indonésie et dans plusieurs nations d’Amérique du Sud, en tout cas autour des grands centres urbains.

Il n’est pas certain, toutefois, que l’armée russe ait eu besoin de Google Maps pour opérer en Ukraine. Elle dispose d’une large supériorité aérienne qui lui permet de voir la situation sur le terrain, sans être trop inquiétée par les forces ukrainiennes, mais aussi de radars et des éclaireurs pour récupérer des renseignements au plus près du théâtre d’opérations.

Ukraine Google Maps
Le contraste est saisissant entre les pays européens et l’Ukraine. // Source : Capture d’écran

Quelle que soit la réalité de cette éventualité, Google a préféré ne pas prendre le risque. Son image de marque risquerait d’être largement abîmée s’il était prouvé que ses services ont aidé Moscou à progresser dans le pays, à déterminer le mouvement des troupes ennemies, en observant les conditions de circulation, la fréquentation de certains axes ou leur apparente fermeture.

La désactivation du trafic en temps réel concerne toute l’Ukraine. Il apparait aussi que le service n’est pas pleinement opérant en Biélorussie et en Russie, notamment dans les régions limitrophes de l’Ukraine. Le contraste est en tout cas saisissant avec le niveau de couverture qui existe par ailleurs dans le reste de l’Europe, avec de nombreuses indications de circulation.

Ce n’est pas la première fois que les outils de géolocalisation et de suivi du trafic en temps réel sont considérés comme des risques de sécurité. En 2018, c’est une app de course à pied qui avait été mise en cause parce que les trajets empruntés par les joggeurs pouvaient donner une idée de l’emplacement de bases secrètes, mais aussi de leur taille et de leur agencement.