Apple avance sur la convergence. Mais si les outils sont perfectionnés, le mode de distribution n'est pas encore adapté à tous les développeurs.

Convergence, vous avez dit convergence ? Depuis quelques années, c’est un mot que l’on entend de plus en plus dans la bouche des speakers Apple. Entre l’iPad Pro et l’univers du MacBook, la frontière se réduit année après année. Et ce qui est vrai dans les usages commence à l’être dans les applications : à la WWDC 2019, Apple a annoncé l’ouverture à tous les développeurs de son expérimentation Catalyst, avec une disponibilité au public pour la sortie de macOS Catalina. Pour le dire vite, Catalyst est une manière présentée comme simple de porter des applications iOS dans l’univers Mac. Apple s’en sert pour quelques applications, comme Maison ou Rappels qui partagent le même code source.

Mais voilà, Catalina est sorti et l’avalanche d’applications iOS portées sur macOS n’a pas eu lieu — on en compte 24. Quelques-unes sont prévues, comme Twitter, qui compte saisir l’opportunité pour revenir sur macOS avec une application native. Mais d’autres ne viendront tout simplement pas, à l’image de Netflix qui a annoncé que l’application n’était pas au programme pour l’instant. À Bloomberg, des développeurs ont témoigné des difficultés pour porter les apps. Un constat partagé par un développeur senior pour Numerama qui a travaillé sur une intégration de ce type, préférant garder l’anonymat : « La conversion est impressionnante, mais cela ne fait pas tout. Cela nous demande du travail et de nombreux ajustements  ».

24 applications iPad sur le Mac App Store // Source : Numerama

Ces résultats étaient anticipés. On n’imaginait pas un logiciel capable de réécrire du code sans y laisser des erreurs ou en adaptant intelligemment l’interface — qui ne doit pas être la même en tactile ou avec un curseur. Mais cela n’explique pas tout. Le problème de Catalyst à l’heure de la sortie de macOS Catalina est plus fondamental et vient toucher directement la manière dont sont distribuées les apps.

Deux apps trop distinctes

Aujourd’hui, quand un développeur crée une application pour l’écosystème Apple, il encapsule son code dans un même « dossier » qui regroupe les différentes versions de l’application : iPhone, iPad, Apple TV, etc. Cela permet d’avoir un fonctionnement similaire, des métadonnées partagées, une même fréquence de mise à jour et surtout, une seule application à acheter le cas échéant. Écosystème Apple oblige, si une version de l’app que vous achetez sur votre iPhone est disponible sur Apple TV, elle sera automatiquement installée.

Sur iOS, l’app Carrot que nous possédons coûte 5,49 €. Elle coûte 3 fois ce prix sur macOS. // Source : Capture d’écran Numerama

Catalyst n’ajoute pas une version Mac de cette application universelle. Elle transforme l’application iOS en application Mac. Cela signifie qu’il y a tout un autre processus de soumission pour figurer dans le Mac App Store. Et c’est là où cela coince : c’est une application différente. Si elle est payante, l’utilisateur devra l’acheter deux fois. Si un paiement in-app est acheté d’un côté, il ne sera pas transférable de l’autre côté. Si l’app est installée sur iOS, elle ne sera pas présente sur macOS automatiquement.

Pire : le jour où Apple ira au bout de son idée de convergence, les utilisateurs qui ont installé l’app « Catalyst » se retrouveront avec une deuxième application « native et universelle » à installer, qui sera la seule officielle, l’autre étant tout d’un coup dépréciée. Une formalité pour une personne aguerrie, mais imaginez maintenant communiquer cela au grand public : il faudrait presque ouvrir un SAV dédié. On comprend que Netflix ne s’y risque pas.

Une solution à moyen terme ?

L’une des solutions qu’Apple pourrait proposer, c’est la prise en charge transparente pour l’utilisateur d’une application Mac en application « universelle » le jour où cela sera disponible. Pour notre source, ce serait un signe positif et permettrait de débloquer la situation, mais Apple n’a pas encore communiqué sur un tel dispositif. Dès lors, beaucoup de développeurs, surtout pour des applications populaires, sont dans une phase d’attente à la sortie du nouveau macOS.

« Ce n’est pas une surprise, parce que tout était dans la documentation publique  », nous confirme-t-on. Si le sujet est traité aujourd’hui et passe sous les projecteurs, c’est parce que Catalina est sorti et que les utilisatrices et utilisateurs qui avaient suivi les annonces attendaient peut-être plus d’engouement autour de cette fonctionnalité. Aujourd’hui, il est difficile de conseiller d’acheter (souvent cher) une application deux fois : Apple la bien dit, l’avenir sera de plus en plus convergent entre ses plateformes. Le « quand » et le « comment » restent à élucider.

Crédit photo de la une : Montage Numerama

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