Aleksandr a programmé un bot pour draguer à sa place, sur Tinder, jusqu’à rencontrer, après plus de 5 000 profils, Karina.

Aleksandr Zhadan et Karina Vyalshakaeva sont en couple depuis décembre 2022. Comme pour beaucoup, la rencontre a eu lieu via Tinder. Mais il y a un twist : Aleksandr a initialement programmé ChatGPT pour draguer à sa place sur l’application. C’est l’histoire que narre Gizmodo dans un billet du 7 février.

Aleksandr Zhadan s’est vite lassé de Tinder. Alors, en 2021, il a démarré le développement d’un bot — via une version ancienne de l’intelligence artificielle ChatGPT, GPT-2. Tous les prompts insérés dans ChatGPT visaient à ce que ce dernier lui ressemble au maximum : ses goûts, ses centres d’intérêt, ses idées politiques, et une capacité à se décrire. Ainsi, ChatGPT swipait pour lui puis faisait les conversations à sa place. Au total, 5 239 conversations avec des femmes, sur Tinder, auraient été réalisés via ce bot — menant à 100 dates.

ChatGPT a recommandé la demande en mariage

Comme le raconte Gizmodo, le bot était d’abord rempli de bugs — des bugs qui rendaient les conversations bizarres pour les interlocutrices, comme lorsque ChatGPT propose de « sortir pour une longue balade en forêt » (rien de rassurant dans cette proposition). Autre souci : comme ChatGPT était relié à son Google Calendar et prenait les dates pour lui, il pouvait y avoir un décalage entre ce que promettait ChatGPT et ce que savait Aleksandr. Ainsi, le bot avait par exemple promis de venir avec des fleurs et des chocolats — le jeune homme est venu sans.

Mais le bot s’est ensuite amélioré à mesure qu’OpenAI produisait des mises à jour jusqu’à GPT-4. Fin 2023, ChatGPT a matché avec une certaine Karina Vyalshakaeva et la conversation a duré plusieurs mois. Aleksandr et Karina se sont finalement rencontrés au cours de plusieurs dates, et Aleksandr a fini par désactiver ChatGPT tant le courant passait bien. Ou plutôt de le reprogrammer : le bot n’était plus là pour faire la conversation à sa place, mais pour l’assister.

Aleksandr Zhadan et Karina Vyalshakaeva // Source : Zhadan pour Gizmodo
Aleksandr Zhadan et Karina Vyalshakaeva // Source : Zhadan pour Gizmodo

« À un moment donné, le programme m’a écrit pour me recommander de demander Karina en mariage », explique Aleksandr à Gizmodo, en précisant qu’il n’avait pourtant jamais indiqué à ChatGPT la moindre intention de se marier. Cela semblerait venir d’une interprétation de la part de l’IA : « Karina lui a dit qu’elle voulait aller à un mariage, mais ChatGPT pensait qu’elle préférait assister à son propre mariage. » Quoi qu’il en soit, il a suivi le conseil de son bot et Karina a dit oui.

Le couple est dorénavant marié. Mais qu’en a pensé Karina en apprenant qu’elle parlait depuis plusieurs mois à un bot ? « Il a passé beaucoup de temps à personnaliser ces prompts, alors pour moi, c’est bien quand c’est utilisé de manière rationnelle. Je pense que la chose la plus importante est notre lien dans la vie réelle, laquelle est formidable », explique-t-elle. Ainsi, elle n’était pas en colère en l’apprenant, simplement surprise. Selon elle, les premières conversations ressemblaient à toutes les autres sur Tinder — mais en plus efficaces.

Des problèmes éthiques

L’histoire d’Aleksandr et Karina a certes quelque chose d’amusant. Mais elle n’est pas sans implications un peu plus sérieuses.

Les questionnements éthiques autour de l’usage de l’IA convergent généralement sur le besoin de transparence : une image ou un texte ainsi généré doit venir avec une mention de son caractère artificiel. En clair, on doit savoir que c’est une IA. Or, sur les 5 239 conversations menées par ce bot, seule une personne aura été au courant d’avoir discuté avec une IA.

On peut raisonnablement espérer que ce type de pratiques ne se généralise pas — pour le bien des relations humaines en ligne. En termes de coût, cela semble de toute façon improbable à court terme : Gizmodo précise que ce bot a en réalité coûté très cher financièrement à Aleksandr. Cela se compte en milliers.

Mais le problème fonctionne aussi dans l’autre sens : de plus en plus de personnes pointent le caractère artificiel des rapports humains sur une app telle que Tinder. Les « pick-up lines », les premières phrases de drague lancées après un swip, sont souvent les mêmes, et les tchats s’enchaînent parfois en nombre en parallèle, tant et si bien que, dans son récit, Karina estime ne pas avoir pu faire la différence entre le bot et une conversation habituelle sur l’app. La lassitude de Tinder est un sujet à part entière.

Par ailleurs, l’usage de bots sur une plateforme de rencontre n’est pas non plus sans risques. Les faux profils sont déjà, en soi, un fléau. Mais Tinder ne bannit pas encore ce type de programmes.


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