Commercialisé à partir du 22 février, le casque VR de la PS5 arrive à un moment charnière pour l’industrie. Alors que la réalité mixte s’apprête à tout écraser sur son passage, le PS VR2 semble se positionner en dernier résistant d’une technologie qui n’a jamais réussi à décoller.

Y aura-t-il un jour un PS VR3 ? Peut-être, mais il est fort probable que ce produit ne ressemble pas du tout au modèle lancé en 2023.

Le 22 février, Sony commercialisera la seconde itération de son casque PlayStation VR, logiquement nommé PlayStation VR2. Le concept est pratiquement le même qu’en 2016 : le PS VR2 est un casque de réalité virtuelle relié à une console avec un câble, conçu pour des expériences complètement immersives. Nous avions pu l’essayer brièvement en janvier, en attendant de le recevoir pour un test plus long. Impressionnant techniquement, le PS VR2 ne devrait néanmoins surprendre personne. Il s’agit d’un casque de réalité virtuelle conçu pour la réalité virtuelle, avec pour cible les amateurs de réalité virtuelle.

C’est ce constat qui nous a donné envie d’écrire cet article. Alors que la réalité mixte/augmentée commence à faire beaucoup parler d’elle (le Meta Quest Pro nous a d’ailleurs prouvé son immense potentiel), Sony fait-il une erreur en misant sur une stratégie aussi « banale » ? La dernière décennie de réalité virtuelle est la preuve que cette technologie ne pourra jamais devenir aussi populaire que les consoles PlayStation.

Le PS VR2 ne sera jamais un hit

La réalité virtuelle a ses fans, mais elle n’est pas une technologie susceptible de plaire à tout le monde. Ce n’est pas Numerama qui le dit, mais Andrew Bosworth, le patron de la réalité virtuelle chez Meta. Selon lui, le futur de son entreprise est du côté de la réalité mixte, puisque « La réalité virtuelle n’est pas assez grand public. Les mammifères ont besoin de voir leur environnement ». Un tel constat, dans la bouche de l’homme en charge du numéro 1 de la VR, est édifiant. Même si le monde de la tech essaye de nous faire croire depuis des années que la réalité virtuelle va finir par devenir virale, la réalité est qu’elle ne le sera probablement jamais. Cette technologie est condamnée à rester une niche, à destination d’utilisateurs spécifiques.

Ce constat, Sony l’a aussi fait. Après un PS VR au succès mitigé en 2016, la marque japonaise se relance avec un PS VR2 plus performant, mais aussi bien plus cher. À 600 euros, soit plus que la PS5, il est assez facile de prédire un succès mitigé pour le casque. Le fait que Sony ne le vende que sur son site en est d’ailleurs la preuve, l’entreprise répond à une demande des fans de réalité virtuelle qui ont envie de découvrir leurs titres préférés en version immersive. Casser les prix ne servirait à rien, la VR n’attirerait jamais assez.

D’après nos premiers essais, le PS VR2 a l’air d’être un casque de grande qualité. Ses écrans OLED sont beaux, les pixels sont presque impossibles à distinguer, le champ de vision est parmi les meilleurs du marché, le porter est agréable… Sony semble avoir réalisé un casque de réalité virtuelle abouti, parfait pour le jeu vidéo. Mais cette proposition aurait pu être beaucoup plus complète.

La réalité mixte chez Sony en 2024 ?

Le PS VR2 n’intègre qu’une seule technologie précurseuse : le suivi du regard. Grâce à des capteurs, le casque peut faire varier automatiquement la distance entre les lentilles et, surtout, permettre à son utilisateur de sélectionner quelque chose en le regardant. À part ça, le PS VR2 fait de la réalité virtuelle comme toutes les autres marques ont toujours su le faire.

Relié par un câble impossible à débrancher, le PS VR2 n’est pas utilisable en mobilité. C’est déjà un frein immense à son achat, alors que tous les casques récents permettent d’être gardés sur la tête pendant que l’on se déplace physiquement. L’autre problème concerne son mode « passthrough », qui permet de voir au travers pour, par exemple, attraper une manette. Celui de Sony est en noir et blanc, alors que la couleur commence à apparaître chez Meta, HTC et Pico. Oubliez donc la réalité mixte, qui permet d’afficher des éléments virtuels au milieu du vrai monde grâce à des caméras, le PS VR2 en est incapable. Une vraie opportunité manquée, Sony aurait pu être précurseur avec des jeux en réalité augmentée. Comme à l’époque de la PSP et des Invizimals.

« Les mammifères ont besoin de voir leur environnement »

Andrew Bosworth, le patron de la réalité virtuelle chez Meta

Selon des spécialistes du monde de la « XR », comme Brad Lynch, tout ceci est d’autant plus regrettable que Sony se prépare à lancer un casque de réalité mixte en 2024, soit un an après la PS VR2. Ce dernier ne devrait pas être conçu pour la PlayStation, mais sans doute présenté comme un concurrent du casque Apple Reality Pro, attendu pour la fin d’année. Meta, avec son Quest 3, devrait d’ailleurs populariser la réalité mixte avec un prix abordable au même moment. Bref, le timing de Sony n’est pas le bon. Le PS VR2 semble déjà en retard avant même sa sortie.

Le 22 février, Sony sortira un produit taillé pour la réalité virtuelle telle que tout le monde la connaît, à un moment où les autres marques commencent à la présenter comme has been. C’est d’autant plus vrai que le caractère filaire du PS VR2 le limite à un usage exclusif à la PS5. Il ne s’agira pas d’un casque utilisable pour un jeu mobile ou pour regarder un film dans une autre pièce.

Pourquoi le PS VR2 donne quand même envie

Malgré ce constat, impossible pour nous de ne pas avoir envie de passer de longues heures avec le PS VR2 sur la tête. La timidité de Sony est regrettable, mais le jeu vidéo est bien le seul segment sur lequel la réalité virtuelle complètement immersive a déjà fait ses preuves. Si des titres populaires suivent (God of War, The Last of Us…), alors jouer avec le PS VR2 pourrait malgré tout être cool. Bien sûr, l’utilisation très restrictive du produit n’en fera pas un concurrent des Meta Quest ou du futur produit d’Apple… Quelque chose nous dit cependant qu’il n’y aura plus jamais de casque de réalité virtuelle sous cette forme, puisque l’industrie prépare sa révolution.


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