Face aux restrictions américaines visant la Chine en matière de haute technologie, Nvidia a une parade : proposer des puces un peu plus lentes.

Comment accéder encore au marché chinois pour y écouler ses produits, sans s’attirer le courroux de l’administration américaine ? En proposant des produits un peu moins performants. C’est la stratégie que désire appliquer Nvidia en Chine, alors que les États-Unis déploient une stratégie d’endiguement technologique autour de leur rival systémique.

Si les États-Unis et la Chine ne sont pas en guerre, les tensions entre les deux pays augmentent, que ce soit dans le commerce ou la technologie. La nouvelle approche américaine a d’ailleurs été fixée en mai 2022, par Anthony Blinken, le secrétaire d’État, dans un discours qui a fortement retenu l’attention, puisqu’il décrit la manière dont Washington entend traiter avec Beijing. « Nous rivaliserons avec confiance ; nous coopérerons partout où nous le pourrons ; nous contesterons là où nous le devrons. »

Interdire à la Chine d’accéder à de la haute technologie

Dans le secteur des hautes technologies, cette rivalité et cette contestation prennent la forme de restrictions contre la Chine pour s’assurer que les États-Unis gardent leur avance, notamment dans les supercalculateurs et, par ricochet, dans d’autres domaines qui profitent du calcul de haute performance, comme la simulation ou l’intelligence artificielle.

Cette volonté de rester en tête a été admise par Jack Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale américain. « Compte tenu du caractère fondamental de certaines technologies telles que les puces logiques et mémoires avancées, nous devons chercher à préserver une avance aussi grande que possible », a-t-il indiqué à la mi-septembre.

Un supercalculateur dernier cri mettrait bien trop de temps pour factoriser des nombres à quelques centaines de chiffres. // Source : Canva
La rivalité sino-américaine se joue aussi dans les supercalculateurs. // Source : Canva

Dans ce cadre, le bureau américain de l’industrie et de la sécurité du département du commerce a pris des restrictions contre l’industrie chinoise des semi-conducteurs (pour empêcher d’accéder à certains biens utiles à leur fabrication). Il fait en sorte d’imposer un feu vert préalable aux entreprises high tech américaines pour pouvoir faire des affaires en Chine.

C’est cette logique qui a amené les États-Unis à refuser que Nvidia ou AMD livrent des puces très performantes en Chine, début septembre. Et, c’est donc pour cela que Nvidia cherche à trouver une voie intermédiaire, en développant des puces moins puissantes. L’information, rapportée par Reuters le 8 novembre 2022, a été confirmée par TechCrunch.

Des puces bridées sur la vitesse de transfert des données

La nouvelle puce imaginée par Nvidia s’appelle la A800 et est une déclinaison de la A100. Celle-ci a été frappée d’interdiction à l’export vers la Chine (idem pour une autre puce, la H100), pour éviter qu’elle se retrouve utilisée à des fins militaires. La A800, produite depuis le troisième trimestre, repose sur une même base que la A100, mais avec une capacité de traitement moindre.

L’interface d’interconnexion de la A100 est de 600 gigaoctets (Go) par seconde, là où celle de la A800 plafonne à 400 Go/s. Selon TechCrunch, cela correspond au seuil de performance fixé par l’interdiction américaine. De fait, l’existence de cette puce apparait comme une tactique pour respecter les règles de Washington, sans se priver du marché chinois.

Maison Blanche Washington USA
La haute technologie est un enjeu critique de puissance et de géopolitique. // Source : Alexey Topolyanskiy

Les inquiétudes américaines quant à l’essor technologique chinois, notamment dans l’IA, existent depuis des années. Une bascule est observée depuis la présidence de Donald Trump, qui a d’abord attaqué Huawei, puis d’autres entreprises, comme SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation). Plusieurs autres inscriptions sur liste noire ont suivi.

La Chine est très dépendante de l’industrie des semi-conducteurs. Le pays en importe énormément au point de dépasser les importations de pétrole (en valeur). Si elle a une industrie sur place, celle-ci n’a pas atteint le même degré de raffinement — elles ont une à deux générations de décalage dans la finesse de gravure, par exemple.

À l’inverse, les USA, s’ils ne produisent que 12 % du total sur leur sol, accueillent 38 % de la valeur ajoutée du secteur. En amont et en aval, les entreprises américaines (Intel, Nvidia et Qualcomm, Apple) pèsent très lourd dans l’écosystème. Les autres sociétés qui comptent se trouvent dans des pays alliés, comme Taïwan (TSMC), la Corée du Sud (Samsung) le Royaume-Uni (ARM) et les Pays-Bas (ASML).