Continuer à travailler alors qu’on est malade apporte plus d’inconvénients que d’avantages, même au long terme. Il s’agit là d’un vrai enjeu de santé publique sur lequel les managers doivent évoluer, comme le montrent des travaux sur le sujet.

Vous arrivez de bon matin au bureau, vous vous asseyez à votre poste. À côté de vous, votre collègue vous salue entre deux quintes de toux et un éternuement. « Tu es malade ? », lui demandez-vous. « Tu devrais rentrer chez toi te reposer. » Ce à quoi, il ou elle vous répondra bien souvent : « Ça va aller, je peux travailler ! ».

Ce phénomène de présentéisme consiste généralement à prouver aux managers que l’on est capable d’assurer nos tâches. Mais cela vient avec toute une série d’effets négatifs, en particulier pour soi : le risque d’être malade plus longtemps par absence de repos, celui de se fatiguer d’autant plus au long terme, celui de contaminer des collègues, celui de faire des erreurs dans les tâches que l’on assure. Travailler lorsqu’on est malade, donc, n’apporte pas réellement d’avantage. Mais pourquoi cette pratique est-elle si présente et comment l’éviter ?

Le télétravail accroît le problème

C’est cet enjeu de santé publique qu’explore une étude parue dans Journal of Occupational Health Psychology, relayée le 13 avril 2022. En analysant des journaux tenus par un échantillon de 126 employés en télétravail, ces travaux essayent de comprendre les enjeux et les conséquences de ce présentéisme.

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Le télétravail favorise l’idée que l’on peut travailler en étant malade, ce qui n’est pas normal. // Source : Pexels

Si l’étude s’intéresse plus particulièrement aux télétravailleurs, c’est parce que cette configuration s’est généralisée depuis la pandémie. En l’absence de trajet, de contact physique, et avec la possibilité de travailler en ligne directement chez soi, continuer à travailler même en étant malade semble facilité, voire favorisé. Cela accroît donc cette pratique.

Burnout, épuisement, perte de productivité

Les journaux des employés ont été analysés à partir de 995 points de données, afin de mesurer les liens entre la santé physique, les objectifs professionnels et les heures de travail.

Les auteurs de l’étude expliquent qu’en apparence, il peut « sembler judicieux de travailler en dépit d’un mauvais état de santé pour atteindre ses objectifs professionnels », mais qu’en réalité « cela a des répercussions sur les performances des travailleurs ensuite, car le présentéisme draine l’énergie psychologique des employés, qui ne peut pas être récupérée après le travail ». Surmonter les symptômes d’une maladie pour continuer à travailler provoque une fatigue à court terme, mais aussi, à plus long terme, une dégradation du mental — burnout, épuisement, perte de productivité.

Il apparaît que le présentéisme est poussé par le fait d’avoir sans cesse du travail à terminer sur une pile qui n’en finit jamais et qui ne fera que s’accumuler en cas d’absence. Pour les auteurs, il appartient aux managers de décourager activement ce présentéisme — et à ne pas le pratiquer eux-mêmes –, mais aussi à l’empêcher de facto en répartissant mieux la charge de travail. Un salarié ne doit pas avoir l’impression qu’en son absence, les tâches resteront orphelines et que cela rajouterait alors d’autant plus de travail au retour.

En résumé, l’un des auteurs écrit que les managers doivent « rassurer les membres de l’équipe sur le fait que s’ils ne se sentent pas bien, il est acceptable de réduire leurs objectifs de travail quotidien et de s’occuper plutôt de leur santé ».

La question des méthodes de management est d’autant plus prégnante que la précarité entre aussi en jeu : pour beaucoup de salariés, être en arrêt maladie peut signifier des pertes économiques importantes, et parfois le risque de perdre à terme leur travail.