Mark Vande Hei est rentré sur Terre, dans une capsule russe Soyouz. Ce vol aurait été très ordinaire il y a encore quelques semaines. Mais entre temps, la guerre en Ukraine a éclaté les tensions entre l’Occident et la Russie ont grimpé en flèche.

Tout est bien qui finit bien pour Mark T. Vande Hei. L’astronaute américain est bien rentré sur Terre ce 30 mars, après 355 jours cumulés dans l’espace — il était parti le 9 avril 2021. Ce faisant, l’intéressé devient l’Américain ayant passé la plus longue période cumulée à bord de la Station spatiale internationale (ISS), devant Scott Kelly (340 jours), le précédent détenteur US.

L’Américain, qui a atterri à 13h28 au Kazakhstan, revenait avec deux collègues russes, Anton Chkaplerov et Piotr Doubrov, qui restés respectivement dans l’ISS 176 et 355 jours — soit la même durée que l’astronaute américain pour le second. Mais pas question de s’éterniser : les deux Russes repartent en Russie, tandis que l’Américain sera aux États-Unis d’ici 24 heures.

Les rotations d’équipage, qu’il s’agisse du transport ou du rapatriement, sont des opérations toujours délicates, plus que bien d’autres activités spatiales, car il y a la vie des astronautes dans la balance. Fort heureusement, les accidents mortels sont rares dans la conquête spatiale. La dernière catastrophe de ce genre date de 2003 avec la perte de la navette Columbia.

Des doutes ont émergé avec la guerre en Ukraine

Le retour des trois occupants de l’ISS n’a heureusement connu aucun incident. Cela étant, ce vol vers la Terre a attiré plus d’attention qu’à l’accoutumée, dans la mesure où il a eu lieu en pleine escalade des tensions entre la Russie et l’Occident. Compte tenu des rétorsions croisées entre les deux camps à cause de la guerre en Ukraine, une incertitude a fini par émerger.

L’agence spatiale russe, Roscosmos, a décidé de réduire sa coopération dans certains segments de l’ISS — non pas sur les opérations permettant de la maintenir en bon état de marche, mais en se retirant de certains programmes scientifiques. En clair, les cosmonautes ont reçu l’instruction de ne pas travailler avec leur homologue allemand.

Cela aurait pu être un épiphénomène si, par la suite, il n’avait pas été découvert des suggestions encore plus douteuses de Roscosmos et notamment de son directeur Dmitri Rogozine. L’intéressé évoquait le risque de désorbitation de l’ISS et même la chute de la station en Europe ou aux USA si on entravait la capacité de la Russie à assurer ses missions dans l’espace.

ISS station spatiale
La guerre en Ukraine a soulevé la question du devenir de l’ISS, car la station repose sur la coopération internationale… // Source : Nasa Johnson — photo retouchée

En filigrane, Dmitri Rogozine mettait en avant le risque que certaines sanctions occidentales visant son pays aient un impact sur sa faculté à participer à l’ISS, ce qui pourrait se retourner par inadvertance contre les pays occidentaux — et donc nuire in fine à tout le monde. En clair, le message qu’il voulait faire passer était d’y aller avec parcimonie sur les sanctions.

Plus déplacée encore a été la vidéo remarquée sur les réseaux sociaux montrant un montage quelque peu grossier sur l’avenir de l’ISS, partagée par Roscosmos et diffusée par des médias russes. On y voyait en gros le segment russe se détacher du reste de la station, et les cosmonautes russes dire au revoir à Mark Vande Hei, qui restait alors esseulé à bord.

D’aucuns se sont demandé alors si la Russie n’allait pas ramener l’Américain sur Terre.

Dès le début, il était prévu que M. Vande Hei rentre avec une capsule Soyouz à la fin de son séjour dans l’espace, mais l’éclatement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les représailles économiques prises par l’Occident et notamment les États-Unis ont laissé craindre un souci. Cela, même si l’agence spatiale américaine se montrait rassurante.

« Je peux vous le dire avec certitude : Mark rentre à la maison sur ce Soyouz », déclarait un ponte de la Nasa mi-mars. Du côté de la Russie aussi, on a fait comprendre que tout le monde allait rester professionnel. « L’astronaute américain Mark Vande Hei rentrera chez lui à bord du vaisseau Soyouz […] le 30 mars », ajoutait Roscosmos.

L’ISS n’a jamais été vraiment être vue comme un risque de dommage collatéral de la guerre en Ukraine. Ce serait trop risqué. En fait, la station est davantage mise en péril par des initiatives unilatérales de nature militaire, comme ce tir de missile antisatellite russe en 2021. Les astronautes avaient dû se mettre à l’abri à cause des risques de débris et se préparer, le cas échéant, à fuir l’ISS.