Le nombre de décès directement provoqués par le covid, à date de décembre 2021, est de 6 millions. Mais ce chiffre pourrait bien être sous-évalué, d’après une méta-analyse.

La question de la mortalité due au coronavirus SARS-CoV-2 a été de moins en moins abordée au fil de la pandémie. Pourtant, la maladie provoquée par ce virus peut s’avérer mortelle. Cet hiver 2022, en France, on compte 100 à 300 décès, chaque jour, en raison du covid pour cause directe. Dans le monde, depuis l’émergence de la pandémie, le chiffre total est, en mars 2022, de plus de 6 millions de décès.

Une étude publiée le 10 mars 2022 remet toutefois en question ce chiffre. Il s’agit d’une analyse systémique, ou « méta-analyse », visant à faire le bilan des connaissances empiriques sur la mortalité due au covid, c’est-à-dire toutes les preuves concrètes, de terrain, rassemblées au moment de l’étude. Il s’agit d’évaluer plus précisément l’excès de mortalité (ou « surmortalité ») : la proportion de décès qui n’aurait pas eu lieu sans le covid, en comparaison des tendances précédant l’apparition de cette cause de mortalité. Cette analyse s’est penchée sur 191 pays et territoires.

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Tableau de bord de l’OMS au 11 mars 2022. // Source : OMS

Les auteurs aboutissent au chiffre de 18,2 millions de décès attribuables au covid, dans le monde, depuis la fin de l’hiver 2020 jusqu’à fin 2021. « L’impact total de la pandémie a été beaucoup plus important que ce qu’indiquent les décès déclarés provoqués exclusivement par le covid », écrivent les auteurs. Comment en arrivent-ils à une estimation autant élevée par rapport au chiffre initial de 6 millions ?

Un manque de ressources pour comptabiliser les décès dus au covid ?

Rapporté en taux d’incidence, les 18,2 millions de décès rapportés par cette étude correspondent à un taux de 120 décès pour 100 000 habitants à l’échelle mondiale sur la période étudiée. Mais dans certains pays, ce taux peut grimper à 300 décès pour 100 000 habitants. Les chercheurs constatent que les taux de surmortalité semblent avoir beaucoup varié d’un territoire à l’autre et d’une région à l’autre.

D’après cette analyse, la surmortalité se répartirait ainsi en taux d’incidence à l’échelle continental :

  • Amérique andine : 512 décès pour 100 000 habitants
  • Europe de l’Est : 345 décès pour 100 000 habitants
  • Europe centrale : 316 décès pour 100 000 habitants
  • Afrique subsaharienne méridionale : 309 décès pour 100 000 habitnats
  • Amérique latine centrale : 274 décès pour 100 000 habitants

À l’échelle nationale, l’étude met en avant sept pays ayant la surmortalité la plus significative : Inde, États-Unis, Russie, Mexique, Brésil, Indonésie et Pakistan.

Mais le rôle de ces travaux de recherche est surtout de mettre en avant un décalage potentiel entre les rapports officiels et le nombre réel de décès. « Le calcul de la différence entre les estimations de décès excédentaires et les décès officiellement déclarés permet de mesurer la sous-comptabilisation du véritable bilan de la pandémie », expliquent les auteurs.

En la matière, deux régions du monde se distinguent dans cette étude :

  • l’Asie du Sud (décès excédentaires 9,5 fois plus élevés que les décès déclarés)
  • l’Afrique subsaharienne (décès excédentaires 14,2 fois plus élevés que les décès déclarés).

Absence de tests et problèmes de communication

« Les grandes différences entre les décès en excès et les registres officiels peuvent être le résultat d’un sous-diagnostic dû à l’absence de tests et à des problèmes de communication des données sur les décès », alertent les auteurs. Pour eux, il est donc clair qu’il est nécessaire de renforcer les systèmes de comptabilisation des décès à travers le monde, car « on sait depuis longtemps qu’ils sont essentiels à la stratégie de santé publique mondiale » et « nécessaires pour améliorer le suivi de cette pandémie et des pandémies futures. »

En outre, concluent-ils, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour « aider à distinguer la proportion de la surmortalité qui a été directement causée par l’infection par le SARS-CoV-2, et les changements dans les causes de décès comme conséquence indirecte de la pandémie ». Ces évolutions dans les causes de décès concernent des décès indirectement provoqués par le covid, « par exemple par suicide ou par consommation de drogues, en raison de changements de comportement ou d’un manque d’accès aux soins de santé et aux autres services essentiels pendant la pandémie ».

Bien que le chiffre officiel de décès reste de 6 millions à l’heure actuelle, cette étude permet de prendre conscience qu’il peut y avoir une sous-évaluation due à la façon dont les décès sont enregistrés. Derrière les chiffres, par ailleurs, il s’agit de vies humaines : plus il y aura d’estimations précises des décès, plus cela permettra de comprendre l’impact de cette période pandémique.