L'agence spatiale américaine n'ira pas sur la Lune en 2024 avec des astronautes. Son patron, Bill Nelson, considère que trop de facteurs ont pesé dans la balance, dont les ambitions irréalistes de Donald Trump.

Les Américains devront en fin de compte patienter au moins un an de plus avant de voir des astronautes revenir sur la Lune. Le 9 novembre 2021, le patron de la Nasa, Bill Nelson, a fait savoir à la presse qu’une mission habitée sur le satellite dès 2024 « n’est pas faisable techniquement ». Désormais, l’agence spatiale américaine suit un nouveau calendrier, qui prévoit un retour sur la Lune en 2025.

Deux raisons ont été avancées par l’administrateur de la Nasa, qui a pris ses fonctions ce printemps. La première est le conflit judiciaire entre SpaceX et Blue Origin au sujet de la fabrication d’un atterrisseur lunaire — le premier avait été sélectionné, mais pas le second. L’affaire s’est finie début novembre avec le rejet, par une juridiction américaine, de la plainte de Blue Origin, qui a admis sa défaite.

Bill Nelson, ancien astronaute et patron de la Nasa. // Source : Bill Ingalls

Or, cette affaire n’a pas été sans conséquence pour le développement de ce programme : la Nasa a été contrainte ce printemps de geler ce projet dans l’attente de l’issue de cette dispute, ce qui l’a de fait empêché de travailler dessus avec SpaceX. Entre la pause en avril et le verdict des tribunaux, presque sept mois se sont écoulés. Sept mois précieux, qui ne pourront pas être rattrapés.

« Nous avons perdu près de sept mois en litige, et cela a probablement repoussé le premier atterrissage humain au plus tôt en 2025 », a ainsi déclaré Bill Nelson, dans des propos qui ont été rapportés par le New York Times. Des échanges avec SpaceX sont annoncés pour établir une feuille de route plus précise. L’échéance de 2025 demeure fragile, compte tenu des autres retards potentiels que le programme global pourrait connaître.

Donald Trump voulait des Américains sur la Lune dès 2024

La seconde est d’ordre politique : Bill Nelson, qui a été nommé sous la présidence de Joe Biden, considère que l’échéance de 2024 voulue par Donald Trump, qui a occupé la Maison-Blanche de 2017 à 2020, était illusoire. Cité par CNBC, il a déclaré aux journalistes que l’objectif de l’administration Trump d’une mission humaine sur la Lune en 2024 n’était pas réaliste sur un plan technique.

Des observateurs suggèrent que Donald Trump aurait bien voulu que la Nasa parvienne à envoyer des Américains sur la Lune en 2024, dans la perspective de pouvoir en retirer quelque gloire en cas de réélection d’un second mandat de quatre ans (2021-2024). C’est au printemps 2019 que l’administration Trump, notamment par la voix du vice-président Mike Pence, a officialisé l’échéance de 2024.

« Les États-Unis ont pour politique affichée de ramener les astronautes sur la Lune au cours des cinq prochaines années », déclarait-il en mars 2019. « Nous avons la technologie pour retourner sur la Lune  » et refaire des USA «  les leaders mondiaux de l’exploration spatiale humaine », dans un message à peine voilé à la Chine, qui cravache pour rattraper et doubler l’Amérique dans ce domaine.

nasa trump
Donald Trump à la Maison-Blanche, lors d’un évènement avec la Nasa. // Source : Paul Williams

Cela étant, ce décalage de 2024 à 2025 annoncé par Bill Nelson, qui vise à tenir compte du conflit entre SpaceX et Blue Origin et corriger la trajectoire établie par Donald Trump, ne rend pas le calendrier de la Nasa fondamentalement plus simple. Avant que l’agence spatiale américaine ne soit obligée de suivre un calendrier très serré, celle-ci suivait un planning beaucoup plus étalé dans le temps.

Par ailleurs, des problèmes exogènes ont aussi pesé  dans la balance, même s’ils n’ont pas été mentionnés par Bill Nelson : la pandémie de coronavirus a évidemment affecté toutes les activités de la Nasa — exactement comme le reste de la planète. Il a fallu aussi faire face à des catastrophes naturelles, comme l’ouragan Ida, qui a endommagé des installations qui servent au développement du vaisseau Orion.

Ainsi, l’échéance qui était dans le viseur, avant la présidence Trump, était 2028 pour un retour des astronautes américains sur la Lune. De fait, la voie empruntée sous Bill Nelson reste ambitieuse malgré ce report et pourrait connaître d’autres déconvenues. C’est en quelque sorte la mise en garde que Bill Nelson a faite : « l’agence devra faire de sérieux changements pour le succès à long terme du programme ».

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