Washington ne veut pas attendre 2028 pour que l'Amérique retourne sur la Lune. La Maison-Blanche exige que cela soit accompli d'ici 2024. À la NASA de trouver une solution.

L’on connaissait depuis un certain temps le souhait de la NASA de retourner sur la Lune. Ce cap a été rappelé en novembre 2018, lors des soixante ans de l’agence spatiale américaine. L’on savait aussi son désir d’y revenir vite, en tout cas plus tôt qu’on ne le pense. Mais l’on n’imaginait pas que ses plans allaient être bousculés par la Maison-Blanche pour lui demander d’accélérer encore le rythme.

C’est pourtant ce qu’il s’est produit le 26 mars, lors d’une réunion du Conseil national de l’espace à laquelle participait Mike Pence, le vice-président des États-Unis. Oubliez le précédent programme qui prévoyait de mettre sur orbite lunaire des astronautes à partir de 2023, puis de les faire alunir à la fin de la prochaine décennie : maintenant, il est question de tout boucler d’ici 2024.

Dans cinq ans, donc.

« Notre administration et les États-Unis ont pour politique affichée de ramener les astronautes sur la Lune au cours des cinq prochaines années », a lancé Mike Pence, qui préside ce Conseil de l’espace — un organe rattaché au Bureau exécutif du président. « Nous avons la technologie pour retourner sur la Lune et renouveler le leadership américain dans l’exploration spatiale humaine », a-t-il ajouté.

Mike Pence
Mike Pence, en 2018. // Source : Maison-Blanche

Prestige, pression & politique

Pourquoi vouloir aller aussi vite ? Il semble que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte.

L’envie de faire briller les États-Unis à l’international, de rappeler que les USA sont toujours les pionniers : «  l’Amérique étonnera une fois de plus le monde avec les sommets que nous atteignons, les merveilles que nous réalisons et nous serons à nouveau les leaders mondiaux de l’exploration spatiale humaine », a ainsi plastronné Mike Pence dans son discours.

Il s’agit aussi de ne pas se faire rattraper ou donner l’impression de se faire rattraper par d’autres puissances, en particulier la Chine : les efforts de Pékin dans la conquête spatiale sont conséquents , au point d’en faire un candidat sérieux pour l’exploration habitée de Mars. Les USA n’envisagent pas de se faire doubler : aussi retourner vite sur la Lune sert à  reprendre de l’expérience et de préparer l’étape d’après.

Enfin, il n’est pas à exclure que Donald Trump souhaite ponctuer son second mandat présidentiel — s’il est réélu — par un évènement majeur et positif dans l’histoire américaine, et même du monde. En 2024, il entamerait sa dernière année de son second mandat. Il s’agit peut-être d’un hasard de calendrier, mais le locataire de la Maison-Blanche ne cracherait certainement pas sur une telle actualité pour associer son mandat avec un tel marqueur historique.

À la NASA de trouver des solutions

L’intéressé n’a évidemment pas dit comment il fallait s’y prendre pour resserrer encore plus le calendrier. Le rôle du politique est de donner le cap et les échéances : ce sera à la NASA de se débrouiller pour coller à la vision de Washington. « Défi accepté », a lancé Jim Brindenstine, le patron de la NASA, qui ne pouvait guère dire autre chose. « Maintenant, au travail », a-t-il ajouté.

Première urgence : accélérer les efforts sur la nouvelle fusée SLS (Space Launch System) afin de tenir les délais pour la mission EM 1 (Exploration Mission 1). En principe, ce lanceur lourd doit décoller en 2020 et placer le vaisseau Orion, alors inhabité, en orbite autour de la Lune. Alors qu’il était question d’un retard pour la qualification de SLS, Jim Brindenstine a affiché sa confiance pour tenir l’échéance de 2020.

Vue d’artiste du Space Launch System. // Source : NASA/MSFC

Il faut dire que Mike Pence a mis beaucoup de pression sur la NASA. Outre les critiques sur le retard accumulé par le lanceur SLS et la dérive des dépenses, le vice-président a aussi mis en garde l’agence spatiale : si elle n’est pas au niveau, elle pourrait être mise sur la touche, du moins en partie, et remplacée par des sociétés privées. Aucun nom n’a été donné, mais l’allusion à SpaceX était limpide.

SpaceX dispose en effet dans son catalogue des lanceurs capables de transporter des charges plus ou moins importantes en orbite. C’est le cas du Falcon Heavy, ce sera aussi le cas de la Big Falcon Rocket. L’entreprise américaine a même dans les cartons le projet de faire une balade autour de la Lune à quelques passagers en 2023.

Si la NASA et ses sous-traitants sont à la peine, alors c’est vers SpaceX que l’Amérique pourrait se tourner. Ce serait un terrible affront et un cuisant échec pour la vénérable et réputée agence spatiale que de se faire doubler par un groupe spécialisé dans les fusées à bas coût et qui est dans le business depuis moins de vingt ans. À elle maintenant de faire en sorte de tenir son rang.

Crédit photo de la une : Paul Williams

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