Après le passage de Jim Bridenstine, un politicien climatosceptique nommé par Donald Trump, mais dont le mandat s'est finalement bien déroulé, la Nasa renoue avec une certaine coutume, qui veut qu'elle soit dirigée par un ex-astronaute, ou du moins une personnalité avec un solide bagage scientifique.

Les choses rentrent dans l’ordre à la Nasa. Après l’étrange parenthèse ouverte par la présidence Trump, qui avait donné lieu à la nomination d’un climatosceptique à la tête de l’agence spatiale américaine, c’est désormais un ex-astronaute qui en prend les rênes. Il s’agit de Bill Nelson, un Américain de 78 ans. Il devient le 14e administrateur de la Nasa, succédant à Jim Brindenstine.

En effet, le Sénat des États-Unis, dominé par le parti démocrate grâce à la voix décisive de la vice-présidente Kamala Harris, a confirmé Bill Nelson à ce poste. L’intéressé avait été choisi le 19 mars par Joe Biden, mais il lui fallait encore franchir l’obstacle de la validation par le Sénat — une relative formalité, compte tenu du rapport de force politique dans la chambre haute du parlement américain.

« Je suis honoré par la nomination du président et le vote du Sénat », a déclaré Bill Nelson. « Je vais essayer de mériter cette confiance. En avant et vers le haut ! ». Dans les faits, Bill Nelson va retrouver une maison qu’il connait bien, puisque l’intéressé a, dans une autre vie, avant d’être représentant puis sénateur, été astronaute. Il a notamment mené une mission dans l’espace en 1986.

Bill Nelson est un ancien astronaute

Bill Nelson astronaute
Bill Nelson, dans une autre vie, était astronaute. // Source : Nasa

C’est ce que rappelait d’ailleurs le communiqué de la Maison-Blanche. Dans le cadre de la mission STS-61-C avec la navette américaine Columbia, Bill Nelson, qui officiait alors en tant que spécialiste de la charge utile, a passé six jours en orbite autour de la Terre — il en fera 98 fois le tour avec ses six autres collègues. Bill Nelson est ainsi devenu le deuxième parlementaire après Jake Garn à voyager dans l’espace.

Pour l’anecdote, Bill Nelson s’était montré très critique à l’égard du choix de Donald Trump de nommer Jim Bridenstine au poste de directeur de la Nasa. « Le patron de la Nasa devrait être un professionnel de l’espace et pas un politicien » avait-il critiqué. Il lui reprochait son bagage politique et, en creux, son climatoscepticisme, qui le place en contradiction avec la rationalité et la science qui habitent la Nasa.

Il convient toutefois de noter que les vues de Jim Bridenstine sur le climat n’ont pas laissé de marque notable sur les activités de la Nasa durant son mandat lors de son passage au Sénat, Jim Bridenstine avait mis un peu d’eau dans son vin en admettant que les activités humaines contribuent au dérèglement climatique, sans toutefois dire qu’elles en sont la cause principale.

Le mandat de Jim Bridenstine s’est d’ailleurs mieux déroulé que ce que prophétisaient certaines Cassandre — l’intéressé n’est jamais tombé dans la caricature, il s’est montré progressiste en s’engageant à envoyer une femme sur la Lune, ce qui serait une première pour l’exploration lunaire et ses quelques faux pas n’ont pas été particulièrement graves. La Nasa a pu poursuivre ses grands programmes.

Bill Nelson
Bill Nelson, lors de son audition au Sénat, le 21 avril. // Source : Bill Ingalls

Ironie de la situation, Bill Nelson est aussi devenu par la force des choses un politicien, à la suite de sa carrière la Nasa. « Il a occupé des fonctions publiques pendant plus de quarante ans », rappelle ainsi Washington. Il a été élu trois fois au Sénat des États-Unis, pour une durée de dix-huit ans. Cependant, la Maison-Blanche souligne que Bill Nelson a souvent contribué politique aux sujets relatifs à l’espace et aux sciences.

Ainsi, Bill Nelson a présidé une sous-commission de l’espace pendant six ans et présidé ou siégé dans une sous-commission sur l’espace et les sciences, dans chaque chambre du parlement. Il a aussi été impliqué dans la la plupart des textes de loi relatifs à l’espace et à la science. « Au Sénat, il était connu comme le sénateur de référence pour le programme spatial de notre pays », avance la Maison-Blanche.

Quoiqu’il en soit, le voilà patron de la Nasa près de trois ans après ses critiques sur Jim Bridenstine. Pour l’agence spatiale, c’est l’assurance de retrouver une certaine tradition. En effet, cette institution avait, avant la parenthèse Trump, toujours été dirigée par d’anciens astronautes ou, tout du moins, des ingénieurs et des profils scientifiques — avec quelques rares fois, des hauts fonctionnaires.

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