Garder les combinaisons d'astronautes propres est crucial : cela limite les risques sanitaires, et protège leur bon fonctionnement. « Laver » ce type d'équipements n'est cependant pas simple. L'Agence Spatiale Européenne étudie de nouvelles options.

Voler dans une fusée, observer la Terre depuis l’espace… la vie d’astronaute comporte des moments très exaltants. Et d’autres beaucoup moins. Un communiqué de l’ESA du 12 mai met ainsi en évidence un problème peu connu du quotidien des astronautes : le fait qu’ils et elles doivent partager certaines sous-couches de leurs combinaisons, et que les maintenir propres est un vrai défi scientifique.

Pas d’inquiétudes, les agences spatiales ne contraignent pas les astronautes à partager culottes ou caleçons. Chaque personne doit tout d’abord enfiler une couche jetable (hé oui) avec degré d’absorption maximal. Toutes disposent également d’un exemplaire personnel d’un second sous-vêtement thermique.

Elles doivent ensuite enfiler le Liquid Cooling and Ventilation Garment (LCVG) un vêtement qui, comme son nom l’indique, incorpore des tubes de refroidissement, et un système de ventilation afin de garder la personne à une température agréable lorsqu’elle réalise par exemple des actions très physiques.

Même s’il s’agit de vêtements portés près de la peau, les LCVG sont partagés par les astronautes. Et, précise l’ESA, ces vêtements seront partagés « de plus en plus fréquemment » lorsque des équipes investiront dans les années à venir la future station lunaire Gateway.

Source : Nasa

Les contaminations biologiques sont un risque pour la santé des astronautes

Cela pose certains défis. Comme l’explique l’ingénieure matériaux de l’ESA Malgorzata Holynska dans le communiqué, des « contaminations biologiques »  peuvent en effet entraîner « des risques pour la santé des personnes », ou compromettre le bon fonctionnement des combinaisons.

A l’heure actuelle, les équipes utilisent des matériaux antimicrobiens comme l’argent ou le cuivre. « En présence d’oxygène ou d’eau, leurs ions perturbent l’évolution des microbes », explique l’ESA. La méthode n’est cependant pas sans défaut : à long terme, ils peuvent provoquer des irritations de la peau. Les métaux risquent également s’abîmer avec le temps.

Pour trouver de meilleures techniques, l’ESA a annoncé le 12 mai le lancement d’un nouveau projet de recherche baptisé Biocidal Advanced Coating Technology for Reducing Microbial Activity (BACTeRMA) sur lequel travaillent le Forum Spatial Autrichien (OeWF) et le Laboratoire Textile de Vienne.

Le laboratoire viennois dispose d’une une collection bactériographique unique, selon Seda Özdemir-Fritz, la scientifique de l’OeWF en charge du projet BACTeRMA. « Ces micro-organismes produisent des métabolites secondaires (…) Des composés qui offrent, dans certains cas, des propriétés antimicrobiennes, antivirales et antifungiques. »

Les microbes sont le problème, mais peut-être aussi la solution

La scientifique reconnait qu’il peut sembler paradoxal d’utiliser ce que produisent les microbes, pour se débarrasser des microbes. « Mais toutes sortes d’organismes utilisent en réalité les métabolites secondaires pour se protéger des conditions environnementales extérieures. » Le projet BACTeRMA étudiera donc la possibilité de les utiliser pour créer un tout nouveau genre de finition textile antimicrobienne.

Les textiles étudiés seront exposés à la transpiration et aux radiations pour vérifier leur bonne tenue dans l’environnement spatial. Les radiations en particulier sont connues pour vieillir et dégrader les textiles de manière complexe, note l’ESA. « Nous simulerons également l’effet de la poussière de lune dessus car il est possible que l’environnemental de travail des astronautes devienne poussiéreux après des voyages répétés sur la surface de la Lune ou de Mars » précise le communiqué.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo