Certains créneaux semblent rester vacants sur les plateformes de prise de rendez-vous en ligne. Cela peut paraître impressionnant, mais cela ne signifie pas forcément qu'il en résultera une perte de dose de vaccin.

De plus en plus de créneaux de vaccination contre le coronavirus sont disponibles en France, et beaucoup d’observateurs remarquent qu’il y a également de plus en plus restent « libres », c’est-à-dire qu’ils sont disponibles sans être pris.

Une inquiétude pointe alors : ces grandes nombres impliquent-ils d’importantes pertes de doses ? Cela pourrait être logique, vu qu’une grande partie de la population n’est pas encore éligible à la vaccination contre le coronavirus — à fortiori étant donné qu’AstraZeneca et Janssen sont réservés aux plus de 55 ans.

La réalité s’avère plus complexe : les pertes de doses existent, et sont un problème, mais les créneaux de vaccination disponibles, que l’on voie notamment sur la plateforme Doctolib (ou via le site Vite Ma Dose), ne sont pas un élément statistique qui permette d’évaluer cette perte.

Un exemple de nombreux créneaux disponibles dans l’app Doctolib // Source : Capture le 28 avril 2021

Une grande partie des créneaux ouverts sont pris

Lors d’un point presse tenu ce mercredi 28 avril 2021 auquel Numerama a assisté, Stanislas Noix-Chateau, le CEO de Doctolib, a rebondi sur l’emballement médiatique au sujet de ces très nombreux créneaux disponibles : « La réalité, c’est qu’il n’y avait rien de nouveau par rapport aux 15 derniers jours. Presque tous les jours, il y a entre 200 000 et 250 000 rendez-vous disponibles, et tous les jours il y a donc entre 200 000 et 250 000 rendez-vous qui sont pris », a-t-il indiqué, ajoutant qu’il y un délai moyen de 9,2 jours entre la prise de rendez-vous et la date choisie.

Interrogé par Numerama au sujet d’un éventuel lien statistique entre ces créneaux ouverts et les pertes de doses, Stanislas Noix-Chateau nous a indiqué que ce n’étaient pas des données que Doctolib avait en sa possession, et que cela relevait probablement d’une évaluation difficile à réaliser. Mais le CEO de Doctolib a également précisé que, selon son analyse, «  il y a probablement très peu de doses jetées dans les centres, car tous les rendez-vous sont pris à une vitesse exceptionnelle et l’organisation des centres permet d’éviter de jeter des doses.  » Stanislas Noix-Chateau a ajouté que la perte était probablement plus forte pour AstraZeneca que Pfizer et Moderna.

Les statistiques fournies par Doctolib semblent confirmer ce constat d’une prise rapide d’une très grande partie des RDV disponibles en semaine (à noter que les colonnes les plus basses correspondent en général aux dimanches et aux samedis, où les créneaux sont beaucoup moins nombreux).

Nombre de RDV pris chaque jour pour une primoinjection. // Source : Doctolib

Des données manquantes sur le rapport offre/demande

Comme le précise sur Twitter le statisticien Guillaume Rozier, fondateur de CovidTracker, « nous manquons de données pour savoir s’il y a une véritable divergence entre offre et demande ». Il faut savoir que chaque créneau que vous voyez sur Doctolib ne correspond pas forcément à une dose : dans certains gros centres, un créneau implique potentiellement la prise en charge de plusieurs personnes ; là où pour les pharmacies ou des médecins, plusieurs créneaux peuvent être ouverts afin de s’assurer que des rendez-vous soient pris, mais avec peu de doses disponibles.

Guillaume Rozier relève toutefois que le nombre de créneaux non pourvus augmente. Le 28 avril, il relevait que « 270 000 créneaux de vaccination sont encore ouverts pour les prochaines semaines », alors qu’« on en avait environ 30 000 ou 40 000 il y a une quinzaine de jours  ».

Cela peut s’expliquer par un nombre de créneaux en augmentation au fil des livraisons, sans que de nouveaux publics soient éligibles (à la date du 28 avril, seuls les plus de 55 ans pouvaient se faire vacciner officiellement), ce qui laisse davantage de créneaux libres puisqu’il y a mathématiquement moins de volontaires possibles, alors que les stocks sont plus amples.

Cela peut refléter aussi la défiance face au vaccin AstraZeneca, pour lequel 73 % des doses sont honorées à date, chiffre relativement bas. C’est d’ailleurs avec ce vaccin que les professionnels de santé signalent le plus de doses jetées en l’absence de volontaires présents.

Il y a un taux de perte « incompressible »

Au-delà des créneaux qui ne sont pas honorés, il faut garder à l’esprit qu’il perdure, quoi qu’il arrive, un taux de perte « incompressible », qui est évalué à 5 %. Lors d’une réunion avec la presse début avril, le ministère de la Santé nous a indiqué que ce taux provient de difficultés aléatoires, par exemple « dans la chaine du froid, dans la manipulation au dernier kilomètre, ou tout simplement un flacon qui tombe. »

Il s’agit toujours de ne jamais dépasser ce taux de perte incompressible : toutes les pertes qui peuvent être évitées doivent être évitées. C’est la raison pour laquelle un professionnel de santé est en droit d’injecter le vaccin à des personnes non éligibles si la dose était autrement perdue. L’objectif du site CovidListe est d’ailleurs de permettre aux inscrits d’être contactés si ce problème se pose à proximité.

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