Les preuves scientifiques envers l'efficacité et la nécessité du confinement sont incontestables, mais ces études ne font pas l'impasse sur les limites potentielles de la stratégie... comme laisser les écoles ouvertes. Synthèse.

Plusieurs mois après un premier confinement, Emmanuel Macron a annoncé, ce mercredi 28 octobre 2020, un reconfinement. Celui-ci prendra effet à partir du vendredi 30 octobre. Cette mesure intervient après une tentative plus douce de freiner la propagation du coronavirus au travers d’un couvre-feu. Trop léger, celui-ci n’a pas montré une efficacité assez rapide, face à une accélération forte de la deuxième vague. Le confinement est annoncé par Emmanuel Macron comme un coup de frein brutal au coronavirus, faisant alors référence à une efficacité du premier confinement.

Une question qui émerge alors forcément dans la population est la suivante : mais au fait, peut-on considérer que le confinement est une mesure reconnue scientifiquement comme étant efficace ? Le premier confinement de mars à mai 2020 a-t-il fait ses preuves ? La réponse est incontestablement oui, mais avec quelques limites qui sont importantes à souligner. Et des limites probablement accrues par les souplesses incluses dans ce reconfinement. Au moment de la première vague, les pays submergés par l’épidémie ont pour la plupart adopté la stratégie du confinement. Depuis lors, de nombreuses études ont pu être réalisées sur cette base — des études empiriques, c’est-à-dire basées sur ces expériences, et des études de modélisation.

Le chômage partiel sera de retour « quoi qu’il en coûte » // Source : Capture d’écran Numerama

Le choix de confiner, très dur économiquement, mais aussi humainement, s’explique par le besoin de couper court aux contacts à risque. Lorsque chacun reste chez soi, le nombre de contacts est automatiquement réduit. Or, même si les surfaces peuvent jouer un rôle, celui-ci est minoritaire. Le coronavirus se transmet essentiellement lors de contacts rapprochés. C’est ainsi que l’Institut Pasteur relève un « impact majeur » du confinement sur la propagation du coronavirus. Dans cette étude axée sur la France, publiée en juin dans Science, on constate que la stratégie a permis une chute de 77 % du taux de reproduction (le nombre de personnes qu’une seule personne peut contaminer). La même étude évoquait d’ailleurs l’inévitabilité d’une deuxième vague en cas de trop grand relâchement dans les mesures après le déconfinement.

Des études nombreuses prouvent l’efficacité

Parmi les travaux qui se penchent sur une zone très localisée, on trouve une étude analysant le confinement dans la ville chinoise qui fut l’épicentre de l’épidémie, Wuhan. Publiée en avril 2020 dans Journal of Travel Medicine, sa méthodologie est d’analyser les taux de croissance avant, pendant et après le confinement à Wuhan. Les auteurs ont pu constater un lien entre cette mesure et une chute drastique dans la croissance de l’épidémie. La conclusion de l’étude est qu’« un confinement plus strict des personnes dans les zones à haut risque semble pouvoir ralentir la propagation de COVID-19 », ajoutant que cela permet «  de gagner du temps et de permettre aux infrastructures médicales de faire face à l’augmentation des cas en soins intensifs. ».

D’autres travaux ont croisé les données issues de différents pays (dont des pays qui n’appliquent pas le confinement) afin d’obtenir des conclusions plus génériques. L’intérêt de l’une d’entre elles, publiée en juin 2020, est de s’intéresser à l’évolution de l’efficacité de la mesure à travers le temps, et ce dans plusieurs pays. Les auteurs constatent comme règle statistique que les pays appliquant le confinement ont mieux réduit le nombre de nouveaux cas positifs. Ils précisent que cette efficacité survient après 10 jours de confinement, et continue à s’accroître en moyenne jusqu’au vingtième jour après le début de la mesure.

Les chercheurs de l’Imperial College of London ont quant à eux comparé, pour plusieurs pays européens (dont la France, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne…), le nombre de décès enregistrés avec le nombre de décès prédit par une simulation alternative où le confinement n’aurait pas eu lieu. Leurs résultats : de mars à mai, ce sont 3,1 millions en moyenne (entre 2,8 et 3,5 millions) de décès qui ont pu être empêchés en Europe grâce aux mesures publiques liées au confinement. Dans un pays comme la France, le chiffre des décès évités est au-dessus de 600 000.

Une autre étude, basée sur les données quotidiennes exportées de 32 pays, pose une condition temporelle pour que cette efficacité soit plus grande : « Nous constatons que plus les interventions gouvernementales sont fortes à un stade précoce, plus elles sont efficaces pour ralentir ou inverser le taux de croissance des décès ». En clair, plus le confinement est adopté tôt face à la vague, plus il est utile. C’est aussi en cela que nombre de scientifiques et des soignants estiment que l’actuelle décision de confiner a été prise tardivement. D’un point de vue épidémiologique, il y a toujours un décalage entre l’augmentation du nombre de cas et l’augmentation du nombre de réanimations et de décès. Confiner apparaît être une décision qui sera toujours plus efficace lorsqu’elle est prise tôt.

Le confinement, seul, n’est pas une mesure miracle

Le confinement fonctionne pour endiguer une telle épidémie. Son mérite en tant que mesure forte repose dans sa capacité à couper une très, très grande partie des contacts. Ce n’est pas pour rien que l’étude de l’Institut Pasteur relève un impact tout particulier sur le taux de reproduction (moins l’on voit de gens au quotidien, moins les chances de transmission du virus sont grandes). Le coup de frein que le confinement génère est donc scientifiquement logique et avéré.

Cela étant, les épidémiologistes eux-mêmes ont tendance à rappeler que le confinement ne doit pas être perçu comme la mesure miracle — il est un dernier recours du fait de son impact économique et humain, et il ne doit pas être la seule réponse. Comme le montre le modèle de l’emmental dont nous vous parlions encore récemment, c’est bel et bien la combinaison des mesures qui fait barrière au coronavirus. Même en présence d’un confinement, tous les autres gestes doivent être maintenus, comme les masques et le lavage des mains. D’ailleurs, le Global Policy Laboratory de l’université de Californie a de son côté étudié l’impact des mesures adoptées sur les périodes de confinement dans plus de 1 700 localités à travers six pays — les États-Unis, la Chine, la France, l’Italie, la Corée du Sud, l’Iran. Les auteurs écrivent que « le déploiement de politiques contre la contagion, dans les six pays, a ralenti de manière significative et substantielle la pandémie » : le confinement s’inscrit dans un ensemble de politiques de freinage de l’épidémie.

L’épidémiologiste Catherine Hill expliquait quant à elle dans les colonnes de Numerama que «  les pays qui ont réussi à contenir l’épidémie, quand ils ont confiné, c’était pour tester ». Pour elle, il faut partir du constat que, si le confinement a en effet une claire efficacité pour donner un coup de frein, celui-ci est temporaire, puisqu’une nouvelle vague peut vite revenir ensuite. La raison : un confinement doit, selon Catherine Hill, toujours venir avec une stratégie de dépistage massif, notamment en raison du rôle fondamental joué par les personnes asymptomatiques. Il s’agirait donc de ne pas tester seulement les personnes symptomatiques ou cas contact, mais élargir encore davantage les capacités et options possibles de test.

Ne pas fermer les écoles limite l’efficacité du confinement

Le confinement peut prendre des formes variées, et alors sa potentielle efficacité peut s’en voir modifiée. Pour le reconfinement annoncé par Emmanuel Macron, à partir du vendredi 30 octobre, un allègement en particulier n’a rien d’anodin : les écoles, collèges et lycées resteront ouverts — bien qu’avec un renforcement des mesures. Si le gouvernement justifie ce choix par la nécessité de ne pas sacrifier l’éducation malgré la crise sanitaire, le principe est loin de faire l’unanimité dans la communauté scientifique.

Comme on peut le constater dans une étude datant de 2009, on sait qu’en cas de maladie infectieuse émergente, fermer les écoles est une étape à l’impact significatif. Ce sont des lieux potentiellement privilégiés dans la transmission d’un pathogène. Concernant le coronavirus SARS-CoV-2, la France choisit depuis quelques mois de s’appuyer sur des études montrant la moindre contagiosité des plus jeunes, mais la réalité scientifique est plus complexe, se traduisant par des études très disparates. Aujourd’hui, il est impossible d’affirmer quoi que ce soit de définitif et d’absolument certain sur le rôle exact des établissements scolaires dans la propagation de la maladie. Mais il est clair que cela laisse ouvert nombre de voies potentielles de diffusion du coronavirus, affaiblissant forcément la capacité du confinement à contenir l’épidémie.

Ce mois-ci, en octobre 2020, l’Inserm a produit une étude prédictive sur l’impact d’un reconfinement à l’automne pour gérer la deuxième vague. Le rapport présente deux scénarios, avec ou sans fermeture des écoles, collèges et lycées. Dans le scénario du maintien des écoles ouvertes pendant le confinement, cela «  conduirait à des réductions légèrement moins importantes » des hospitalisations par rapport à une fermeture. L’Inserm relève que dans ce scénario, le contrôle de l’épidémie resterait gérable. Une moindre baisse anticipée des hospitalisations reste une limite importante, quand l’objectif est pourtant bien de soulager les hôpitaux, dont le risque de saturation est élevé.

Un confinement avec des défauts, mais nécessaire

L’Inserm répète une notion déjà évoquée dans d’autres études : «  Le confinement anticipé est le plus efficace. » Ce reconfinement a donc pour double-défaut d’être tardif, et souple sur le nombre de contacts possibles avec le vecteur des établissements scolaires.

Cependant, face au faisceau de preuves scientifiques quant à l’efficacité du confinement pour empêcher des contaminations et des décès, il est incontestable que la mesure était nécessaire pour endiguer cette deuxième vague, sauver des vies et espérer éviter une trop forte saturation hospitalière.

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