Les connaissances scientifiques sur la contagiosité des enfants (moins de 18-19 ans) restent assez floues. Certains aspects se confirment, tandis que sur d'autres, des études sont encore contradictoires.

En cette rentrée 2020 si particulière en raison de la pandémie, les écoles, collèges et lycées ont pourtant rouvert. Les mesures ont même été assouplies, avec de nouveaux protocoles. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, le justifie en expliquant que les enfants « sont peu à risque de formes graves et peu actifs dans la chaîne de transmissions du coronavirus ». Si un enfant est testé positif au coronavirus, ce ne sera donc plus cause de fermeture de l’établissement.

On est bien loin de premières déclarations de mars 2020, quand les établissements scolaires fermaient entièrement dès la première contamination d’un élève ou enseignant. On estimait alors qu’il y avait un risque que les plus jeunes soient parmi les vecteurs les plus importants du coronavirus. Cette affirmation ne sortait pas de nulle part : le coronavirus était encore plus nouveau qu’aujourd’hui, et de nombreux pathogènes sont réputés être propagés par les enfants. C’est le cas pour des épidémies de grippe, par exemple, comme pour certaines maladies respiratoires. Cette approche se fissure depuis plusieurs mois, mais même en cette fin septembre 2020, le coronavirus reste encore très nouveau : si certains mécanismes du coronavirus se précisent, les certitudes ne sont pas légion.

Il n’y a pas encore de totale certitude sur la nature des établissements scolaires en tant que foyers de l’épidémie. // Source : Pexels

Alors, sur quelles bases scientifiques les décisions gouvernementales reposent-elles ? Ces bases existent bien, mais elles sont disparates et, parfois, relativement contradictoires. Rien d’absolument anormal : la recherche scientifique ne peut pas trouver sans chercher, et chercher est un processus long, complexe. Voici où l’on en est à l’heure actuelle concernant la contagiosité des enfants.

Des études aux conclusions variées

En France, une étude basée sur 600 enfants en Île-de-France, menée par 27 pédiatres et dirigée par le docteur Robert Cohen (vice-président de la Société française de pédiatrie), a été dévoilée en juin 2020. Communiqués d’abord via Le Parisien, ces travaux ont été publiés en preprint sur la plateforme Medrxiv, ce qui signifie qu’ils n’ont pas encore été vérifiés par des pairs et pas encore publiés dans une revue scientifique. On peut y relever deux grandes conclusions clés :

  • Les enfants présenteraient moins de risques d’être infectés par la maladie Covid-19, et encore moins de formes sévères, les cas d’infection étant largement asymptomatiques ;
  • Les enfants seraient beaucoup moins contagieux que les adultes.

Dans la newsletter médicale professionnelle d’Infovac, pour laquelle il est auteur, Robert Cohen explique : « Les enfants sont à la fois moins fréquemment symptomatiques, s’infectent moins souvent et sont moins contagieux que les adultes. La transmission directe entre enfants ou d’enfant à adulte est estimée comme faible et dans la grande majorité des cas, les enfants contaminés l’ont été par un adulte de leur entourage. En revanche, le risque de transmission indirecte via les mains et les objets est probablement plus important. » Les pédiatres de cette étude ont en effet constaté que la plupart des enfants positifs au coronavirus en PCR l’étaient également, au même moment, positifs sérologiquement : ils avaient donc déjà des anticorps, ce faisant le potentiel de contagiosité est bien moins élevé.

La première conclusion — la faible proportion d’enfants et d’adolescents parmi les personnes touchées par le coronavirus SARS-CoV-2, et que les symptômes sont moins sévères, avec une majorité d’asymptomatiques — commence à faire l’objet d’un faisceau conséquent de preuves venant la valider. Les études sont nombreuses et cohérentes (exemples : 1, 2, 3). Le fait que les enfants soient moins sévèrement touchés par l’épidémie explique d’ailleurs pourquoi il est encore difficile d’étudier la mécanique spécifique d’infection chez cette population.

La deuxième conclusion — concernant la faible contagiosité des enfants entre eux ou vers les adultes — est plus fragile à l’heure actuelle, car encore soumise à des études contradictoires qui n’en arrivent pas au même constat. Une étude allemande (en preprint, comme l’étude française sus-citée) apporte des éléments en faveur d’une charge virale qui serait la même chez les adultes et chez les enfants asymptomatiques. Les auteurs écrivent alors que « les charges virales observées dans la présente étude, combinées aux résultats antérieurs de taux d’attaque similaires entre les enfants et les adultes, suggèrent que le potentiel de transmission dans les écoles et les garderies devrait être évalué en utilisant les mêmes hypothèses d’infectiosité que pour les adultes. »

Un travail de recherche sud-coréen vient suggérer un autre type de différences entre les tranches d’âge chez les enfants. Dans l’édition octobre 2020 de la revue Emerging Infectious Disease, les scientifiques sud-coréens se basent sur l’analyse du contact tracing de 59 000 personnes sur trois mois pour montrer que les enfants de moins de 10 ans seraient moins contagieux que les adultes, mais que les enfants entre 10 et 19 ans, plus proches de l’âge adulte, seraient autant contagieux que les adultes. Une étude publiée en juillet 2020 dans la revue JAMA Pediatrics relève quant à elle que les enfants de moins de 5 ans pourraient être porteurs d’une charge virale équivalente, voire plus élevée que chez les adultes. Ces chercheurs n’ont toutefois pas étudié le potentiel de contagiosité lié à cette charge virale, ce n’est donc pas forcément contradictoire avec l’étude sud-coréenne.

Énormément d’incertitudes, et un choix politique

En août 2020, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a publié un rapport global sur la situation des enfants face à l’épidémie de coronavirus. Celui-ci confirme que, chez les enfants, l’infection est généralement « plus légère ou asymptomatique, ce qui signifie que l’infection peut passer inaperçue ou ne pas être diagnostiquée ». Concernant la contagiosité, le rapport de l’ECDC s’en tient à conclure que compte tenu de nos connaissances actuelles, « lorsqu’ils présentent des symptômes, les enfants excrètent la même quantité de virus que les adultes et sont donc contaminants comme le sont les adultes. Le caractère infectieux des enfants asymptomatiques est inconnu. »

Face à des études scientifiques relativement disparates au sujet de la contagiosité, il apparaît difficile d’affirmer quoi que ce soit comme relevant d’une certitude. En avril 2020, le Conseil scientifique affirmait qu’« il y a beaucoup d’incertitude sur le rôle que les enfants peuvent jouer dans la transmission du virus », rappelant le faible corpus scientifique sur le sujet. Les membres conseillaient alors de laisser les écoles fermées jusqu’en septembre.

Le choix du gouvernement français d’ouvrir les établissements scolaires relève donc d’un choix ayant des versants sociopolitiques. Et, oui, il est vrai que ces versants doivent évidemment être pris en considération. L’absence de scolarisation physique n’est pas sans conséquence sur les plus jeunes, comme sur la vie familiale et professionnelle des parents, et donc sur l’activité du pays. Des scientifiques britanniques écrivent avec une certaine pertinence que « les décisions de réouverture constituent un compromis difficile entre les conséquences épidémiologiques et les besoins émotionnels, éducatifs et de développement des enfants ». Ces derniers expliquent d’ailleurs qu’en Angleterre, les réouvertures de juin semblent avoir fait augmenter le nombre de cas, mais sans provoquer de bond dans le taux de reproduction (et donc dans l’accroissement réel de l’épidémie).

La France n’est pas le seul pays à avoir choisi de s’appuyer sur les études en faveur d’une moindre contagiosité afin de rouvrir les établissements scolaires. Sur le site des Pays-Bas, par exemple, indique que « la diffusion de la maladie Covid-19 parmi les enfants ou des enfants vers les adultes est moins commune ». Il n’est pas possible de savoir dès maintenant si ce choix est épidémiologiquement bon face à la deuxième vague qui a lieu en ce moment en France.

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