Cette étude donne lieu à des conclusions un peu rapide sur la persistance au quotidien sur des surfaces comme les smartphones. L'interprétation des chiffres est en réalité plus compliquée. Mais cela reste une étude solide. Explications.

Cela faisait quelques mois qu’une étude importante sur la persistance du coronavirus sur les surfaces ne s’était pas glissée dans l’actualité depuis celles publiées en avril et mai 2020. Celles-ci montraient que le coronavirus peut se maintenir de plusieurs heures à plusieurs jours, en fonction du type de surface. Il était par exemple question de 72h sur les surfaces plastiques. Une nouvelle expérience en laboratoire vient d’être publiée en ce début octobre 2020, dans le Virology Journal, et elle fait déjà beaucoup parler d’elle. Ses résultats sont solides, mais leur portée est limitée par les conditions d’expérimentation. Explications.

La conclusion principale de cette étude : le coronavirus peut persister jusqu’à 28 jours sur les surfaces lisses, telles que le verre — dont celui des écrans de smartphones — les billets, le plastique, l’acier inoxydable. Il aurait une plus grande persistance sur des surfaces lisses comme celles-ci que sur les surfaces poreuses telles que le coton (pas plus de 14 jours sur ces dernières).  « Pour le contexte : des expériences similaires pour la grippe A ont montré que celui-ci survit sur des surfaces pendant 17 jours, ce qui montre à quel point le SARS-CoV-2 est résistant », précisent les auteurs sur le site du CSIRO — l’agence scientifique australienne qui pilote l’étude.

Coronavirus au microscope. // Source : Pexels

Cette solidité du coronavirus est valable pour la température ambiante, autour de 20 degrés. À la persistance dans le temps, cette étude ajoute aussi une conclusion liée aux températures : plus elles augmentent, moins le coronavirus semble survivre. En passant les températures à 30 et à 40 degrés, le pathogène ne survit plus que quelques jours. Cela viendrait confirmer sa « préférence » pour des milieux tempérés plutôt que chauds (à noter que l’étude ne s’est pas penchée les températures en déca de 20 degrés).

Les conditions de l’étude ne sont pas « la vraie vie »

Avant d’en venir à ses limites, commençons par la méthodologie de l’étude. Les chercheurs ont isolé une souche du coronavirus, puis ils l’ont resuspendue dans un sérum similaire au mucus humain. La concentration (4.97 × 107/mL) du coronavirus dans le sérum a été calculée pour simuler ce qu’on considère être celle d’un patient ayant une forte charge virale du pathogène. Puis ils ont inoculé le sérum sur différentes surfaces, à des températures de 20, 30 et 40 degrés, en effectuant ensuite un relevé régulier à plusieurs jours d’intervalle.

Si cette méthode est rigoureuse, réalisée dans les règles de l’art, le chiffre de 28 jours n’est toutefois pas un chiffre strict qui s’applique forcément à la vraie vie, en raison des conditions d’expérimentation. Les surfaces étaient plongées dans le noir, afin de les préserver des UV. Les chercheurs expliquent : «  Il a été démontré que le SARS-CoV-2 est rapidement inactivé sous une lumière solaire simulée. Pour éliminer toute dégradation potentielle par les sources de lumière, les coupons inoculés [les surfaces sur lesquelles la solution contaminée a été déposée] ont été conservés dans l’obscurité pendant toute la durée de l’expérience. »

Cette démarche est justifiée : les auteurs de cette étude avaient pour but de tester la résistance du coronavirus « dans l’absolu », de manière indépendante de toute perturbation — les surfaces elles-mêmes ont été nettoyées et stérilisées pour être vierges de toute autre contamination. Les conditions réelles de vie du coronavirus, hors de ces conditions de laboratoire, ne ressemblent pas à de telles configurations. Comme les auteurs le disent eux-mêmes, la lumière a un impact sur le pathogène en l’inactivant (en le rendant inapte à infecter). Autre détail important : un virus vit en général assez mal les variations de température, là où, durant cette étude, la température était constante pour chaque stade (20°C, 30°C, 40°C).

Reste également la question de la charge virale. Les auteurs ont pris soin d’opter pour une haute charge virale au moment où le pathogène est déposé sur la surface. Mais il y a deux éléments importants sur la suite :

  • Comme pour tout virus, la capacité infectieuse du pathogène va se réduire avec le temps. Cette charge va naturellement décroître, ce à quoi il faut ajouter toutes les altérations : la lumière, les variations de températures et d’autres perturbations. Ce n’est pas parce que le virus est encore présent, que l’on relève encore son code génétique, qu’il est encore vivant ou encore capable d’infecter.
  • Nous ne savons pas à partir de quelle charge virale exacte le coronavirus peut encore nous contaminer.

La présente étude ne répond pas à ces deux points, elle relève simplement si le coronavirus est encore présent ou non.

Ce qu’il faut retenir de cette étude

« Bien que le rôle précis de la transmission en surface — c’est-à-dire le degré de contact en surface et la quantité de virus nécessaires pour l’infection — restent à déterminer, il est essentiel d’établir combien de temps ce virus reste viable sur les surfaces pour élaborer des stratégies d’atténuation des risques dans les zones de contact élevé », écrit Debbie Eagles, qui a participé à cette étude.

Étant donné le nombre d’inconnues et les conditions de l’expérience, il ne faut pas prendre les chiffres eux-mêmes au pied de la lettre pour la durée de vie réelle du coronavirus. Comme pour toute forme de vie, le coronavirus s’en sort très bien dans des conditions parfaites sans la moindre perturbation. Dans la « vraie vie », il sera forcément moins résistant que dans des conditions de laboratoire.

Toutefois, les limites de l’étude ne la disqualifient pas — ce sont des limites assez normales pour ce type d’expérience. Ce travail apporte à la recherche scientifique en montrant que le virus, dans des conditions de laboratoire idéales pour lui, est particulièrement résistant (et sur quel type de surface, sous quelles températures). C’est un constat à prendre en compte, à la fois pour enrichir les recherches scientifiques sur la question des surfaces, et pour développer la stratégie de gestes barrières. L’hygiène stricte et très régulière est un frein important contre la propagation.

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