Une expérience dans un service hospitalier montre que les agents infectieux comme le coronavirus se propagent rapidement et largement à partir d'une seule surface contaminée.

En temps de pandémie, il est l’heure plus que jamais de prendre conscience de toutes les manières dont se propage un agent pathogène tel que le coronavirus. Si la distanciation physique et le masque servent à freiner voire empêcher la contamination par les particules infectieuses, les virus se propagent également via les surfaces. Voilà justement l’objet d’une expérience en laboratoire dont les résultats ont été publiés en mai 2020 dans The Journal of Hospital Infection.

Malgré de premières pistes, on ne sait pas encore avec certitude combien de temps SARS-CoV-2 survit en fonction de chaque surfaces. Deux choses sont, cela dit, certaines.

  • Tout d’abord, les virus ne peuvent pas vivre bien longtemps en dehors de leur milieu, que sont les hôtes. Sur une surface extérieure, il finira par mourir — on pourra encore retrouver de l’ADN viral, mais sa charge sera vidée, il ne sera plus actif ni contagieux.
  • Ensuite, ce qui est important sur le plan infectieux, c’est la phase de survie, le temps pendant lequel le virus reste actif sur les surfaces. Dans le cas de SARS-CoV-2, une étude d’avril 2020 suggère qu’il resterait viable jusqu’à 72 heures sur les surfaces en plastique ainsi qu’en acier, et jusqu’à 8 heures sur les surfaces en cuivre et en carton.
Se laver les mains régulièrement est une pratique essentielle, d’autant plus en cas d’épidémie. Quand on rentre de course, il ne faut par exemple pas se toucher le visage sans ce lavage. // Source : Pixabay

L’expérience publiée en mai dans The Journal of Hospital Infection dessine le schéma de propagation des virus via des surfaces lors de cette période de viabilité. «  Notre étude montre le rôle important que les surfaces jouent dans la transmission d’un virus et à quel point il est critique de se soumettre à une bonne hygiène des mains et à un bon nettoyage », avertit la microbiologiste Lena Ciric, co-autrice du papier de recherche.

À des fins évidentes de sécurité sanitaire, puisque le lieu de l’expérience est un véritable service hospitalier, les chercheurs n’ont pas utilisé le coronavirus SARS-CoV-2, mais un autre virus, lequel est seulement capable d’infecter les plantes et non les êtres humains. Ils ont répliqué l’ADN de ce virus au sein d’un échantillon d’eau d’un millilitre. La concentration en ADN viral a été dosée pour être similaire à celle que l’on retrouve dans les gouttelettes émises par des patients infectés par SARS-CoV-2.

En 3 jours, le virus s’est propagé sur 59 % des lieux observés

Les chercheurs ont disposé cet échantillon viral sur les rampes d’un lit d’hôpital, dans une chambre confinée, dans les mêmes conditions où se retrouvent les personnes hospitalisées atteintes par la maladie Covid-19. La suite de l’expérience consistait à effectuer des relevés réguliers, pendant cinq jours, sur une quarantaine de surfaces du service hospitalier concerné. À partir de ce simple petit foyer qu’était la surface des rampes, le pathogène s’est largement et rapidement réparti dans le service. « Notre substitut [de virus] a été inoculé une seule fois sur un seul site, puis s’est propagé par le contact avec les surfaces par le personnel, les patients et les visiteurs », relève Lena Ciric.

Il n’aura fallu au final que quelques heures pour que l’agent pathogène se propage à la moitié du service sur les cinq jours. Dès un premier laps de temps de 10 heures, le matériel génétique du substitut de virus était prélevé dans 41 % des sites observés. Sur d’autres rampes d’autres lits, des poignées de porte, des accoudoirs et même les objets (jouets et livres) situés dans l’aire de jeux des enfants. Après 72 heures, le matériel génétique était alors présent dans 59 % des lieux observés. Le virus n’étant pas viable éternellement, le nombre de surfaces où il pouvait être prélevé est retombé autour de 41 % au cinquième jour.

L’importance primordiale du nettoyage et de l’hygiène

Pour les auteurs de l’expérience, cela montre des faiblesses dans le nettoyage et l’hygiène, car ce substitut comme le coronavirus sont supprimés aisément à l’aide de savon et de gel hydroalcoolique. Un simple coup de lingette à l’alcool suffisait à éradiquer jusqu’à 99,84 % du substitut utilisé par les chercheurs. Leur étude vient donc rappeler que la propagation d’un virus comme SARS-CoV-2 dépend énormément des pratiques et comportements. « Les gens peuvent être infectés par la maladie Covid-19 par le biais de gouttelettes respiratoires produites lors de la toux ou de l’éternuement, explique l’une des chercheuses à l’origine de cette étude. De même, si ces gouttelettes atterrissent sur une surface, une personne peut être infectée après être entrée en contact avec la surface et avoir ensuite touché ses yeux, son nez ou sa bouche.  »

Il faut noter que l’étude a deux limitations. Premièrement, l’échantillon liquide de matériel génétique était fait d’eau, or les gouttelettes émises par les humains sont du mucus, plus collant, et dont la propagation pourrait être encore plus rapide. Deuxièmement, l’étude évalue la rapidité de diffusion de l’agent pathogène, mais pas son caractère infectieux, au sens où on ne sait pas précisément à quelle charge virale SARS-CoV-2 peut effectivement déclencher la maladie : les scientifiques relèvent que l’agent infectieux était sur 59 % des sites, mais pas la probabilité du nombre de personnes pouvant être infectées. Malgré ces limites, l’étude reste solidement parlante sur le rôle des surfaces.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo