En 1978, Pioneer Venus Multiprobe a exploré notre voisine, en y larguant des sondes atmosphériques. 42 ans plus tard, des scientifiques se sont replongés dans des données de la mission. Ils montrent que la phosphine aurait déjà été détectée à ce moment-là.

Il y a 42 ans, de la phosphine, un gaz, aurait déjà été détectée par une sonde spatiale sur Vénus et personne ne s’en serait aperçu jusqu’à aujourd’hui. Voilà ce que des scientifiques ont annoncé dans une étude, déposée sur la plateforme arXiv le 27 septembre 2020 et soumise à la revue Nature, comme l’a repéré ScienceAlert.

Mi-septembre, un autre texte publié dans la revue Nature Astronomy a fait grand bruit : ses auteurs ont annoncé avoir découvert des traces de phosphine dans l’atmosphère vénusienne. L’étude mentionnait clairement que cette détection n’était pas une preuve solide de vie, ce qui n’a pas empêché cette rumeur séduisante d’être beaucoup partagée. Ces travaux ont néanmoins suscité l’enthousiasme de nombreux scientifiques : les auteurs concluaient dans Nature Astronomy qu’aucun processus connu ne permettait d’expliquer la détection de phosphine. Depuis, une autre hypothèse a été proposée : l’activité volcanique de Vénus pourrait éventuellement expliquer la détection de phosphine.

Des sondes atmosphériques larguées dans l’atmosphère de Vénus

« Compte tenu des implications de la détection de phosphine […], nous avons été encouragés à réexaminer les données obtenues à partir du spectromètre de masse de la sonde principale Pioneer Venus pour rechercher des preuves de composés du phosphore », peut-on lire dans la nouvelle étude. Pioneer Venus était un programme de la Nasa : en 1978, deux sondes ont été envoyées pour explorer la planète. L’une d’elles, Pioneer Venus Multiprobe (ou Pioneer 13), a largué des sondes atmosphériques qui ont recueilli des données sur la composition de l’atmosphère vénusienne.

Vue d’artiste du largage des sondes Pioneer Venus Multiprobe. // Source : Nasa/Paul Hudson

Ce sont les données collectées par le spectromètre de la sonde atmosphérique principale, larguée par Pioneer Venus Multiprobe, qui ont intéressé les auteurs. Leur analyse semble bien aller dans le sens, plus de 4 décennies après le largage des sondes, de l’hypothèse qu’il pourrait y avoir de la phosphine dans l’atmosphère de Vénus. « Cette réévaluation des spectres de masse de Vénus montre la détection du phosphore atomique comme produit d’une fragmentation à partir d’un gaz neutre », concluent les scientifiques, ajoutant que « les spectres montrent une possibilité excitante pour la présence de PH3 » (la formule de la phosphine).

Les chercheurs précisent que l’intensité des pics qu’ils ont repérés dans les données de la mission Pioneer Venus est relativement faible, mais qu’elle semble toutefois correspondre aux abondances relevées dans l’étude initialement parue dans Nature Astronomy.

Rien de nouveau du côté des interprétations

Cette découverte ne permet cependant pas d’avancer sur les interprétations de la présence de phosphine dans l’atmosphère de Vénus. Les auteurs se contentent de dire « qu’il s’agit d’une indication de chimies pas encore découvertes et/ou de chimies potentiellement favorables à la vie » — en somme, ils n’excluent aucune hypothèse, évoquant même celle d’une potentielle vie sur Vénus, mais ils se gardent bien de trancher la question.

Comme beaucoup d’autres scientifiques, ils en appellent à de nouvelles missions pour en savoir plus. « Nous avons besoin d’une approche soutenue pour l’exploration de Vénus », affirment-ils. Un tel projet ne serait pas une mince affaire : la planète est connue pour son climat infernal, son atmosphère toxique et ses épais nuages qui mettent les sondes qui s’y risquent à rude épreuve.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo