Le ministre de la Santé a annoncé un déploiement massif de tests classiques ainsi que de tests rapides, mais aussi la commande de tests sérologiques. Ces derniers sont très attendus.

Le dépistage est aujourd’hui l’un des plus grands enjeux de la pandémie Covid-19. Certains pays, comme la Corée du Sud ou plus récemment l’Allemagne, ont pu mettre en place des stratégies massives de test. En France, le rythme est faible, ce qui provoque l’indignation d’une partie de la population et de la communauté médicale. Au cours d’une conférence de presse tenue le samedi 28 mars, Edouard Philippe et Olivier Véran ont annoncé plusieurs nouveautés, concernant les masques, mais aussi les tests. On apprend ainsi que, dès avril, des tests rapides seront mis en place, et que les tests sérologiques sont également envisagés. Tests rapides, PCR, sérologiques… quelle est la différence entre ces trois types de tests et pourquoi ce dernier est-il particulièrement important ? Explications.

Si la Corée du Sud était préparée à l’éventualité d’une épidémie de cette ampleur, et avait donc déjà une stratégie de dépistage prête, ce n’est pas le cas en France. Le pays manque de kits de dépistage et de matières premières pour en concevoir. De fait, seulement 12 000 par jours sont pratiqués depuis la mi-mars. Ce sont des tests PCR, qui reposent sur le principe d’amplification en chaîne par polymérase. Cette technique de dépistage, telle qu’elle est actuellement conduite, consiste à effectuer un prélever au coton-tige dans une narine. La technique permet de dupliquer en grand nombre une petite séquence ADN, pour y détecter le code génétique (l’ARN) de SARS-CoV-2. Ces tests se déroulent dans les laboratoires habilités et le résultat prend plusieurs heures. Ils sont réservés au personnel soignant, qui est en première ligne dans cette crise, ainsi qu’aux malades aux symptômes sévères.

À quoi ressemble un kit de dépistage de SRAS-CoV-2 de type de PCR. // Source : CDC

À quoi ressemble un kit de dépistage de SRAS-CoV-2 de type de PCR.

Source : CDC

Compte tenu de la requête de l’OMS de tendre de plus en plus vers un dépistage massif, la France a d’ores et déjà commencé à généraliser ces tests PCR. Des « drive » ont été mis en place, dans plusieurs villes, depuis la fin de semaine dernière. Il faut une prescription rendue par un médecin traitant. L’avantage de cette méthode est que le patient n’a pas besoin de sortir de sa voiture, ce qui réduit les risques de contamination et allège le processus. Reste maintenant à généraliser le dépistage et à l’accélérer.

Comme l’a annoncé le ministre de la Santé, non seulement les tests PCR classiques vont être portés jusqu’à 50 000 au quotidien, mais la France a également commandé 5 millions de tests rapides, ce qui augmentera la capacité de 30 000 tests supplémentaires par jour au début, puis jusqu’à 100 000. Les « tests rapides » portent la durée du dépistage à seulement quelques dizaines de minutes. Ce sont des kits automatisés, qui ne nécessitent pas une manipulation en laboratoire. La recherche médicale a déjà fait de grandes avancées en la matière ces dernières semaines. Le laboratoire français BioMérieux a annoncé avoir développé une technologie fonctionnelle, qui « détecte le SARS-CoV-2 en environ 45 minutes à partir d’un prélèvement nasopharyngé réalisé avec un écouvillon » et qui est « simple d’utilisation ». La Food and Drug Administration l’a approuvé sur le territoire américain via une procédure d’urgence.

Les tests de sérologie montreraient l’ampleur réelle de l’épidémie

Lors de la conférence de presse du 28 mars, le ministre de la Santé a indiqué que des tests de sérologie seraient également commandés dans les prochaines semaines. « Nous espérons que la recherche nous permettra d’être prêts pour fournir ce type d’examen fondamental pour les Français à l’heure où nous préparerons le déconfinement de la France. » Mais pourquoi sont-ils si importants ?

Les tests de sérologie reposent sur une prise de sang, afin d’y trouver des anticorps que le corpsest en train de produire contre Covid-19 mais également des anticorps que le corps conserve après avoir vaincu l’infection. Cela fonctionne même si la personne testée n’a pas été « malade », c’est-à-dire lorsqu’elle n’a pas montré de symptômes mais a été malgré tout porteuse. Comme le titre Science, cette méthode de dépistage pourrait ainsi montrer « la véritable échelle de la pandémie ». Concrètement, un dépistage massif à l’aide de tests sérologiques permettrait de savoir qui a été contaminé et qui ne l’a pas été. Cela préciserait également les données sur le nombre de personnes immunisées. Le taux de mortalité aurait également plus de sens, puisqu’il est calculé à  partir du nombre de personnes infectées détectées — chiffres actuellement incomplets.

Au moment du déconfinement, cette méthode pourrait s’avérer essentielle. On pourrait connaître, zone par zone, la circulation du virus, ainsi que la proportion restante de personnes immunisées et de personnes vulnérables. Les politiques sanitaires du stade 4 (qui organise le déconfinement et le retour à la normale après l’épidémie) pourront s’adapter à ces données. Et, bonne nouvelle, les tests sérologiques seront « sans limite », a précisé Olivier Véran. « Des dizaines, des centaines de milliers de tests pourront être faits par jour. » Ces tests viseraient plutôt à organiser des mesures adéquates après le déconfinement, mais pourraient aussi appuyer le processus de déconfinement dans les zones les plus touchées. Nous n’avons pas plus de précisions sur l’utilisation de ces tests pour le moment.

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