Des scientifiques se sont demandés s'ils pouvaient « éteindre » les émotions liées à la douleur, sans la faire cesser. Ils ont ciblé une zone du cerveau impliquée dans ce processus.

Et si nous pouvions interrompre les émotions liées à notre douleur ? Dans une étude publiée le 18 janvier 2019 au sein de la revue Science, des scientifiques de l’université Stanford montrent qu’il serait possible de suspendre cette dimension émotionnelle en ciblant une zone précise du cerveau.

Partant du principe que « la douleur est à la fois une expérience sensorielle et affective », les spécialistes de la médecine, de la biologie et des neurosciences ont tenté de mettre en « pause » les émotions qui accompagnent la souffrance — sans faire cesser cette dernière.

Ils se sont intéressés à une zone du cerveau qui se trouve dans l’amygdale : ce noyau est impliqué dans divers processus, comme la détection du plaisir mais aussi les réponses face à la peur et l’anxiété.

L’expérience a été réalisée sur des souris de laboratoire. // Source : Wikimedia/CC/Rama (photo recadrée)

Rendre la douleur moins difficile à vivre ?

En modifiant l’activité neuronale de cette zone — précisément, de la partie baso-latérale de l’amygdale –, les chercheurs ont constaté que la « dimension affective des expériences de douleur » était réduite. Ceci n’a cependant pas d’impact sur l’expérience sensorielle de la douleur.

Les auteurs notent que cette manipulation pourrait avoir pour conséquence de rendre la douleur moins difficile à supporter. Cette partie du cerveau « joue un rôle essentiel dans la formation des expériences de douleur » en envoyant de nombreuses informations. Ce sont elles, notamment, qui provoquent nos comportements pour tenter de se protéger de la douleur.

La douleur est à la fois sensorielle et affective. // Source : Pxhere/CC0 Domaine public (photo recadrée)

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont installé des microscopes miniatures sur la tête de souris. Ces appareils ont servi à observer comment l’amygdale du cerveau interprète des stimulus douloureux. Les mouvements des souris étaient également observés, comme leur réflexe de fuite en cas de douleur.

Quand les souris étaient exposées à la chaleur, le froid, ou que les chercheurs les piquaient avec une épingle, cette zone de l’amygdale s’activait. Une fois que les chercheurs ont « désactivé les neurones » qui avaient d’abord répondu aux stimulus de douleur, ils ont constaté que les souris avaient moins tendance à fuir — même si elles continuaient de ressentir la douleur.

Les scientifiques espèrent que leur découverte permettra de « réduire de manière sélective le désagrément de la douleur » sans modifier la dimension sensorielle. Celle-ci est essentielle pour préserver les réflexes et identifier les causes de la douleur, rappellent-ils.

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