Ce n’était pas forcément ce qui a été remarqué en premier lorsque l’équipage d’Artémis II est rentré sur Terre, après dix jours de voyage autour de la Lune. Sur les nombreuses photographies prises sur le moment, on a surtout vu le visage rayonnant des quatre astronautes et les opérations de l’US Navy pour les récupérer et les ramener au pays.
C’est aussi à cette occasion qu’a été repêchée la capsule Orion, qui a été leur foyer durant tout ce périple. Or, les manœuvres pour transporter le véhicule ont révélé des marques à la surface qui ont suscité une certaine inquiétude : est-ce que le bouclier thermique, pourtant épais de cinq centimètres, a vraiment si bien résisté que ça à la rentrée atmosphérique ?

On savait que cette séquence était certainement la plus délicate de toute cette aventure. Au moment de rentrer sur Terre, en passant au-dessus de l’Australie avant de filer tout droit jusqu’à San Diego, en traversant l’océan Pacifique, le vaisseau surgit à plus de Mach 32 (soit 40 000 km/h). Résultat : ça chauffe énormément sur la zone de contact avec l’air.
La chute ultra-rapide d’Orion occasionne donc des contraintes extrêmes sur le bouclier. La compression de l’air est si vive que cela finit par former un plasma brûlant à l’avant du véhicule. Les températures ont avoisiné les 2 800 °C. C’est presque la moitié de la température mesurée à la surface du Soleil (environ 6 000 °C).

Ainsi, au moment de la descente finale de la capsule, une photo a montré en particulier une espèce de tache blanche en bordure du bouclier thermique. Une marque pas évidente à voir, car Orion a rapidement atteint l’eau, et celle-ci s’est retrouvée sous la ligne de flottaison. Mais elle a interpellé les observateurs de l’actualité spatiale.
« Aucune anomalie n’a été constatée » assure le boss de la NASA
C’est typiquement le cas d’Eric Berger, journaliste chez Ars Technica. « Je ne suis pas un expert, je ne peux donc pas vraiment me prononcer là-dessus. Mais j’espère que la NASA le fera bientôt », a-t-il écrit le 11 avril. Son vœu n’a pas tardé à être exaucé : dès le lendemain, le patron de la NASA, Jared Isaacman, s’est fendu d’un tweet en réponse pour fournir quelques éclairages — bien que l’examen de la capsule débute à peine.
« Je suis réticent à m’avancer avant un examen rigoureux des données, mais je comprends la curiosité de la communauté spatiale, surtout lorsque les images peuvent donner l’impression d’un problème. », a admis l’administrateur de l’agence, conscient que des images isolées et inexpliquées peuvent vite laisser croire au pire pour la sécurité des astronautes.

En premier lieu, il a tenu à se montrer rassurant sur l’état général du bouclier et de la capsule. Comme on pouvait s’y attendre, les équipes de la NASA n’ont pas perdu un instant : dès que la capsule est rentrée sur Terre, son inspection a débuté immédiatement, grâce aux clichés pris par les plongeurs de la Marine, une fois dans l’eau.
Cet examen s’est poursuivi une fois Orion à bord du navire de la Navy. Et si les ingénieurs continuent encore aujourd’hui à l’analyser, le constat préliminaire est sans appel : « Aucune anomalie n’a été constatée », a lancé Jared Isaacman. Il a même supposé que les performances du bouclier avec Artémis II seront, en fin de compte, supérieures à celles enregistrées avec Artémis I.
Le mystère de la tache blanche sur Orion a été résolu
Quant à cette fameuse marque blanche, Jared Isaacman a balayé la piste d’un bouclier endommagé. Il ne s’agit pas non plus d’une désintégration partielle de cette protection, avec des matières qui se seraient détachées de la carlingue. C’est le résultat d’une réaction physique normale et attendue du bouclier lorsqu’il est soumis à de telles contraintes.
Cette décoloration blanche se situe au niveau d’une zone spécifique appelée « tampon de compression ». Selon Jared Isaacman, cette teinte correspond à la géométrie locale de cette section de l’engin et résulte de la combinaison des résidus de combustion du matériau ablatif protecteur (Avcoat) et des environnements thermiques transitoires rencontrés durant la descente.

En clair, à entendre son administrateur, l’agence spatiale américaine ne naviguait donc pas à l’aveugle face à ce phénomène, et il ne s’agissait pas d’un point d’inquiétude particulier pour la sécurité de l’équipage : « Nous avions observé ce comportement lors des essais en soufflerie à jet de plasma et nous l’attendions dans cette zone de compression. »
Cela étant, pour lever définitivement tout soupçon et jouer la carte de la transparence totale avec la communauté, la NASA a promis d’aller au bout de son processus d’analyse. « Nous mènerons un examen complet des données pour l’ensemble des systèmes, y compris le système de protection thermique, et nous rendrons ces résultats publics », a-t-il conclu.
L’historique préoccupant avec Artémis I
Il faut dire que si cette petite tache blanche a autant fait réagir, c’est que le vaisseau Orion traîne derrière lui un passif qui incite à la plus grande prudence. Lors de la mission Artémis I fin 2022, la capsule était rentrée sur Terre sans équipage. Sauf qu’à l’époque, l’état de son bouclier thermique à la sortie de l’eau avait soulevé de légitimes préoccupations.
Le matériau ablatif, censé se consumer petit à petit pour dissiper l’intense chaleur, s’était comporté erratiquement. Au lieu de fondre uniformément, la protection s’était écaillée. Des morceaux entiers s’étaient détachés de la carlingue pendant la rentrée atmosphérique, creusant par endroits des dizaines de petites cavités.

Ce phénomène d’effritement inattendu avait nécessité des mois d’enquêtes complexes pour s’assurer qu’un équipage humain ne courrait aucun danger lors du vol suivant. Cela étant, l’affaire a quand même amené la NASA à revoir l’angle d’approche de la capsule durant la rentrée atmosphérique, afin de lui faire subir moins de contraintes.
Voilà pourquoi cette anomalie visuelle sur le vaisseau d’Artémis II a causé du trouble au sein de la communauté spatiale. Une préoccupation d’autant plus compréhensible qu’il y avait cette fois quatre vies à bord, avec Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen. Autant dire qu’il ne fallait surtout pas se rater.
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