L’explosion colossale de la fusée New Glenn sur son pas de tir, dans la nuit du 28 au 29 mai 2026, va bien au-delà du simple raté technique pour Blue Origin. Avec des infrastructures dévastées et l’absence de lanceur lourd de rechange, l’entreprise de Jeff Bezos plonge dans une crise industrielle majeure qui menace de paralyser le programme lunaire de la Nasa et les ambitions satellitaires d’Amazon.

C’est, comme l’a dit Jeff Bezos, le fondateur de Blue Origin, « une journée très difficile » pour l’entreprise spécialisée dans l’aérospatiale. Dans la nuit du 28 au 29 mai 2026, ce qui devait n’être qu’un test de routine pour la fusée colossale New Glenn s’est transformé en l’un des accidents au sol les plus marquants de l’histoire spatiale récente.

Pour Blue Origin, cette journée très difficile n’est que le début d’un long chemin de croix : si on ne déplore aucune perte humaine, le bilan matériel apparaît déjà très sévère. Et surtout, plus les heures passent, plus il devient clair que cette énorme détonation va largement perturber toute une chaîne de programmes spatiaux américains durant des semaines, et parfois pendant des mois.

La fusée New Glenn 4 de Blue Origin explose lors d'un essai statique // Source : Capture d'écran YouTube
La fusée New Glenn 4 de Blue Origin explose lors d’un essai statique. // Source : Capture d’écran YouTube

L’agence spatiale américaine ne s’y trompe d’ailleurs pas. Très vite, le patron de la Nasa a pris la parole pour expliquer que ses équipes et celles de Blue Origin vont « évaluer les impacts sur les missions à court terme » sur toutes les missions dans lesquelles la fusée New Glenn est impliquée. En l’espèce, cela concerne notamment les projets Artémis et Moon Base.

Un coup de frein brutal pour le programme lunaire Artémis

Artémis est, rappelons-le, le programme spatial américain consistant à faire revenir des astronautes sur la Lune, comme du temps d’Apollo, mais cette fois de façon durable. Dans ce cadre, Moon Base est un volet de ce vaste plan. Spécifiquement, il s’agit de jeter les fondations d’une base lunaire à travers trois premières missions (Moon Base I, II et III).

En principe, la première phase de ce volet devait advenir dès cet automne avec l’atterrisseur Blue Moon Mark 1 de Blue Origin. Pour cette mission, elle-même baptisée Blue Moon Pathfinder Mission 1, il était justement prévu de mobiliser un lanceur New Glenn. Les deux autres missions Moon Base ne sont pas affectées, car elles partiront avec d’autres fusées.

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Source : Blue Origin

En revanche, le profil de la mission Artémis III pourrait bouger. Il s’agit ici d’un exercice en orbite terrestre basse se déroulant à quelques centaines de kilomètres de la Terre. Prévu pour mi-2027, selon la Nasa, son but est de faire un essai d’amarrage entre la capsule Orion et l’un des deux véhicules du projet HLS (Human Landing System).

Ce programme vise à développer un véhicule permettant aux astronautes de faire l’aller-retour entre la surface lunaire et l’orbite. Deux véhicules sont en lice, dont le Blue Moon (lancé via New Glenn). Artémis III sera une mission habitée visant à tester le transfert des astronautes de la capsule Orion (qui aura été lancée par une fusée SLS) vers l’atterrisseur.

En raison de l’explosion du New Glenn sur son pas de tir, Blue Origin sera-t-elle en mesure de tout corriger à temps en prévision d’un essai dans un an ? Cela reste à voir. L’autre véhicule qui se trouve dans les starting-blocks est le Starship de SpaceX, mais encore faut-il qu’il soit prêt à la date prévue. Or, son développement n’est pas achevé à ce stade.

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Détail du New Glenn, au niveau des moteurs. // Source : Blue Origin

L’atterrisseur Blue Moon Mark 1 n’est compatible qu’avec le New Glenn, ce qui empêche de le réassigner à une autre fusée — comme le Falcon Heavy. Dès lors, Moon Base I pourrait être retardé d’un certain temps. Il reste à voir si cette partie sera renommée en Moon Base III et passera derrière les deux autres ou si son retard imposera aussi un décalage sur leur planning.

Une interrogation similaire se pose pour Artémis III. Si la détonation qui a eu lieu dans la nuit du 28 au 29 mai perturbe trop gravement cette mission, un report est aussi à prévoir. Or, dans ce cas, cela pourrait aussi se répercuter sur Artémis IV. Cette future mission est suivie comme le lait sur le feu, car c’est normalement avec elle que les astronautes reviendront sur la Lune.

Constellation Leo : le cauchemar logistique d’Amazon

Au-delà de la Lune, l’autre grande conséquence de la perte du New Glenn se situe sur le développement de la constellation satellitaire Leo. Si celle-ci ne repose pas uniquement sur cette fusée (d’autres lanceurs comme Atlas V, Falcon 9 et Ariane 6 ont été utilisés), elle devait procéder cette année à une bonne dizaine de tirs.

Le plus imminent d’entre eux était prévu le 4 juin, et c’est un essai de mise à feu statique pour ce décollage qui a déclenché la terrible explosion. Bien sûr, ce vol est reporté aux calendes grecques.

Les suivants risquent également de connaître un glissement de calendrier. Une nouvelle d’autant plus mauvaise que le régulateur américain des télécommunications attend d’Amazon — le fournisseur du service d’accès par Internet lié à Leo — qu’il déploie un certain nombre de satellites avant juillet 2026.

Amazon Leo. // Source : Amazon
Amazon Leo. // Source : Amazon

De façon plus limitée, la perte du lanceur en cette fin mai pourrait aussi avoir des répercussions sur certaines missions spatiales privées (notamment pour envoyer des satellites BlueBird pour le compte d’AST SpaceMobile) et pour des vols qui intéressent la sécurité nationale (comme la mission Elytra, pour laquelle l’agence de renseignement NRO est impliquée).

Le retour à la normale pour les activités de Blue Origin dépendra aussi de la vitesse avec laquelle le pas de tir sur lequel se trouvait la fusée New Glenn sera remis en état. Or, compte tenu de la puissance particulièrement forte de la détonation, on s’attend à ce que les infrastructures aux alentours soient très lourdement touchées. Ce que confirment déjà les premiers rapports.

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