Les tableaux de Léonard De Vinci, Rembrandt ou encore Vermeer ont un point commun : l’usage de protéines de jaune d’œuf pour la peinture. C’est ce que confirment des travaux qui montrent comment ce choix modifie les propriétés moléculaires de l’œuvre.

La Joconde est plus que jamais étudiée sous toutes les coutures grâce aux sciences et technologies. C’est ainsi que l’on peut zoomer comme jamais auparavant dans un Rembrandt et que le Louvre a pu redonner vie à Mona Lisa en réalité virtuelle. Mais, les nouvelles techniques permettent aussi de retracer l’histoire de ces œuvres.

Des travaux publiés le 28 mars 2023 dans Nature Communications se penchent, à l’échelle moléculaire, sur les ingrédients secrets des maîtres de la Renaissance. Les résultats confirment une hypothèse : l’utilisation de protéines issue de jaune d’œuf.

Le jaune d’œuf modifie les propriétés de la peinture

Ces traces avaient déjà été détectées autrefois, mais les scientifiques et historiens considéraient qu’il s’agissait potentiellement d’une contamination. L’étude parue dans Nature confirme non seulement la présence chimique de ces composants, mais démontre aussi leur usage volontaire et rationnel dans les mélanges.

« Il existe très peu de sources écrites à ce sujet et aucun travail scientifique n’a été réalisé auparavant pour étudier le sujet de manière aussi approfondie », indique Ophélie Ranquet, auprès de CNN. Elle est la principale autrice de ces travaux qui confirment ces protéines dans les œuvres de Botticelli, Rembrandt, De Vinci, Vermeer, Dürer.

La Joconde exposée au Louvre. // Source : Marcus Dupont-Besnard
La Joconde exposée au Louvre. // Source : Marcus Dupont-Besnard

En recréant le mélange — huile de lin, eau distillée, pigment, jaune d’œuf –, cette équipe de recherche a pu constater que même avec une infime quantité de jaune d’œuf dans le mélange, on obtient « une modification étonnante des propriétés de la peinture à l’huile », explique Ophélie Ranquet.

Recréer le mélange pour en étudier les effets chimiques a permis de déterminer les effets bénéfiques d’une telle composition. Cette modification des propriétés touche notamment à la viscosité de la peinture. Ainsi, le jaune d’œuf contenant de nombreux antioxydants, les œuvres mettent plus de temps à s’oxyder.

Ce n’est pas un détail. L’un des pigments préférés des peintres de cette époque est la céruse (autrefois appelé « blanc de plomb »), qui s’avère être très sensible à l’humidité. Les scientifiques démontrent dans leur étude comment le simple ajout de protéines de jaune d’œuf permet à ce pigment d’être soudainement plus résistant à l’humidité. La raison : ces protéines absorbent l’eau qui elle-même absorbée par la peinture en cas d’environnement humide.

« La présence du jaune d’œuf change tout »

S’ajoutent bien d’autres avantages : « Le plissement des peintures à l’huile peut également être évité en ajoutant de l’œuf à la formulation de la peinture », constatent les scientifiques dans leur étude. Pour éviter le plissement, il faut réduire la mobilité de la peinture sous la croûte sèche. Le pigment participe grandement à cette fixation, mais il peut parfois être en quantités insuffisantes pour différentes raisons : un choix artistique, ou un bien un problème de coût (le lapis-lazuli, utilisé pour le bleu outre-mer très prisé à l’époque, coûtait extrêmement cher). Les protéines de jaune d’œuf viennent compenser.

« C’est assez étonnant parce que vous avez la même quantité de pigments dans votre peinture, mais la présence du jaune d’œuf change tout », détaille Ophélie Ranquet. Dans leurs travaux, les scientifiques relèvent ainsi qu’un tableau de Léonard De Vinci n’utilisant pas cette technique, à savoir La Madone à l’œillet, l’un de ses premiers tableaux. Il montre des signes évidents de plissure, là où ce n’est pas le cas pour les autres tableaux où les traces de jaune d’œuf ont pu être détectés. Les auteurs et autrices supposent qu’à ses débuts, De Vinci apprenait encore à maîtriser la formulation de la peinture à l’huile.

De même, les protéines de jaune d’œuf semblent limiter aussi le jaunissement. Cette technique, qui s’est largement répandue durant la Renaissance, explique donc en partie pourquoi on peut encore aujourd’hui admirer ces œuvres, même si, avec le temps, les effets du temps jouent tout de même, ce qui nécessite une surveillance accrue dans les musées — et parfois, des travaux de restauration.

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