Quatre ans de travail et plus 1 300 séismes détectés. La mission InSight s’achève sur un bilan positif. Grâce à un sismomètre fourni par la France, on connait désormais mieux les entrailles de Mars.

C’est vraiment la fin pour InSight : le deuxième essai de contact de l’atterrisseur s’est soldé par un échec, a regretté l’agence spatiale américaine dans un point de situation du 21 décembre 2022. La Nasa avait fait savoir qu’elle considérerait la mission perdue après deux contacts manqués d’affilée. Le premier échec a eu lieu le 18 décembre.

Cette issue était malheureusement attendue. On savait depuis quelques mois que l’atterrisseur était dans une impasse énergétique. À cause de la poussière martienne recouvrant de plus en plus ses panneaux solaires, l’engin avait des difficultés croissantes pour se recharger. Le débat, ces dernières semaines, se résumait à savoir quand InSight allait lâcher prise, faute de courant.

Le dernier contact réussi avec InSight remonte au 15 décembre : à ce moment-là, on avait pu recevoir aussi la toute dernière image de la mission. On y voit un panorama partiel de Mars, mais également le sismomètre SEIS en forme de dôme, l’instrument HP3, pour mesurer la chaleur provenant du cœur de Mars, un pied de l’atterrisseur et le bras permettant la manipulation et la dépose des outils.

Plus de 1 300 séismes martiens détectés par InSight

Arrivé sur Mars le 26 novembre 2018, l’atterrisseur a fonctionné pendant quatre ans — sa mission primaire était fixée à deux ans, mais elle a été prolongée de deux ans. Durant cette période, InSight n’a pas chômé : SEIS, en particulier, a détecté pas moins de 1 319 séismes — des « tremblements de Mars » –, dont certains étaient la conséquence d’impact de météorites sur le sol.

SEIS a fait la fierté de la France, puisqu’il s’agit d’un appareil de mesure français : il a été conçu par l’Institut de physique du globe de Paris, avec le concours de l’agence spatiale française (Cnes). Il s’agissait de l’instrument principal de la mission InSight. Cela avait été un vrai challenge de déployer un outil aussi sensible et fragile sur Mars, sans l’abimer durant le voyage.

Grâce à InSight, les entrailles de Mars ont ainsi pu être « observées » en analysant les séismes et la manière dont ils se propagent à travers les couches internes de la planète. C’était aussi la toute première fois que l’on pouvait faire des mesures in situ, sur un autre monde que la Terre. Très clairement, les objectifs ont été atteints avec InSight et SEIS, rappelle le CNRS.

SEIS
Détail de SEIS. // Source : NASA/JPL-Caltech/CNES/IPGP

Parmi les avancées permises par ce sismomètre, on a pu avoir une estimation plus fine de la taille du noyau martien. On a aussi pu déterminer qu’il était bien liquide. L’épaisseur de la croûte (la partie extérieure de la planète) et la structure du manteau (la portion intermédiaire entre le noyau et la surface) ont également pu être analysées grâce aux ondes sismiques.

Être sur Mars, c’est faire face à des difficultés et faire preuve d’inventivité

Tout n’a pas été parfait, cependant. L’instrument HP3 n’a pas pu être plongé à la profondeur espérée — 5 mètres — grâce à une sorte d’auto-marteau. Le sol s’est avéré plus récalcitrant que prévu et HP3 n’a pu être placé qu’à… 40 cm de profondeur. L’outil, fourni par les Allemands, a quand même fonctionné, mais pas de façon optimale. C’est un semi-échec.

La Nasa considère que cela a tout de même permis de « recueillir au passage de précieuses données sur les propriétés physiques et thermiques du sol martien. Ces données sont utiles pour toute future mission humaine ou robotique qui tenterait de creuser sous terre ». Même les difficultés sont riches d’enseignement, puisqu’elles permettent d’ajuster le tir pour les prochaines missions.

Le dernier selfie d'InSight sur Mars. // Source : NASA/JPL-Caltech (image recadrée)
Quand on vous parle de poussière, ce n’est pas une blague. // Source : NASA/JPL-Caltech

L’aventure spatiale d’InSight a d’ailleurs été l’occasion de faire preuve d’inventivité. Pour nettoyer les panneaux solaires, la Nasa a eu une idée originale. Il n’y avait pas de dispositif dédié pour chasser la poussière, ce qui aurait ajouté du poids, de la complexité et du coût pour InSight, tout en prenant potentiellement la place d’un instrument scientifique.

Avec le bras robotique de l’atterrisseur, et sa petite pelle à l’extrémité, l’équipe a « saupoudré » les panneaux solaires avec quelques résidus présents sur la pelle. En le faisant les jours de vent, les granules, en tombant, avaient pour effet de balayer la poussière à la surface des panneaux. C’était d’autant plus audacieux que cela aurait simplement pu aggraver le problème.

Et, maintenant ? Entre le premier et le deuxième contact infructueux, la Nasa avait déjà indiqué qu’elle resterait en écoute passive pendant un certain temps, au cas où la mission donnerait un signe de vie miraculeux. L’agence mobilise pour cela son réseau de radiotélescopes terrestres Deep Space Network. Mais, il vaut mieux ne pas trop se faire d’illusion.


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