Un vent de surprise a touché les réseaux sociaux en Chine : les supporters ne portent pas de masques dans les tribunes. Une lettre ouverte a même été écrite, avant d’être supprimée par les autorités chinoises.

Les tribunes de la Coupe du Monde de football 2022, qui se tient au Qatar, sont pleines. Si cet événement fait l’objet de critiques et de boycotts en raison de sa violation des droits humains fondamentaux (esclavagisme, traque et torture des personnes LGBT) et de son aberration écologique, c’est un autre élément qui fait polémique en Chine : les supporters ne portent pas de masques alors qu’ils sont collés entre eux.

Plusieurs observations, apportées par exemple par Reuters, The Hollywood Reporter ou South China Morning Post, font état de très nombreux commentaires sur les réseaux sociaux chinois — comme WeChat ou encore Weibo — exprimant leur désarroi face à l’inexistence d’un protocole sanitaire.

Les masques sont efficaces. // Source : Pexels
Le masque est encore obligatoire en Chine. // Source : Pexels

Si de nombreux pays dans le monde ont levé les restrictions obligatoires, la Chine a conservé une politique « zéro covid » contre la pandémie. Au moindre cas, une ville tout entière peut se retrouver confinée plusieurs jours. Le masque et le dépistage restent des éléments imposés par la loi. Les bars sont fermés la nuit (regarder un match se fait donc à la maison). Mais surtout : en cas de non-respect de toutes ces mesures, les sanctions peuvent être très élevées, bien davantage qu’elles ne l’ont jamais été en France, et peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement.

Cette politique stricte et constante commence à provoquer le ras-le-bol dans la population chinoise. Pour la première fois, fin novembre 2022, des manifestations ont eu lieu dans les rues pour protester.

« Est-ce le même monde que nous ? »

Voici quelques exemples de commentaires postés par des internautes chinois sur les réseaux du pays comme Weibo :

  • « Est-ce le même monde que nous ? »
  • « Est-ce que c’est la Coupe du Monde 2018 ? Personne ne s’inquiète du virus ? »
  • « Est-ce qu’ils ont fait un test covid avant ? »
  • « Pourquoi ne portent-ils pas de masques ? »
  • « Ce que je retiens de cette coupe du monde : personne ne porte de masque et personne n’a peur de la pandémie ! »
  • « La coupe du monde du Qatar nous indique que le reste du monde est revenu à la normale. Il n’est pas viable pour nous de maintenir cet état de shutdown. »

Une lettre ouverte a même été adressée directement à la National Health Commission chinoise, et diffusée sur WeChat, demandant si la Chine vivait sur la même planète que le Qatar. Le document est devenu viral, avant de disparaître et que le compte de l’auteur soit bloqué pour non-respect des règles de la plateforme.

La chaîne chinoise CCTV censure-t-elle les images de la Coupe du Monde ?

Des vidéos mises en ligne sur Twitter suggèrent que la chaîne chinoise CCTV censurerait dorénavant les moments des matchs où l’on aperçoit le public non masqué.

C’est ce que montre notamment un internaute au tweet viral, qui a capturé un post provenant du réseau chinois WeChat. On y voit en haut le véritable match et, en bas, les images de CCTV. Les images des supporters sont remplacées par d’autres illustrations, comme l’arbitre ou les joueurs.

Ces vidéos sont difficiles à vérifier. Il n’y a pas, à ce jour, de preuve directe d’une telle censure vidéo par CCTV.

C’est toutefois plutôt crédible. La retransmission en direct a un léger délai et la Chine est une habituée de ce type de méthode — la suppression de la lettre ouverte le rappelle. En 2019, CCTV avait tout bonnement arrêté la diffusion des matchs de la National Basketball Association américaine, l’entraîneur de l’équipe des House Rockets ayant exprimé son soutien aux manifestants hongkongais. Mais l’enjeu de la Coupe du monde est tout autre : l’événement est très populaire en Chine et l’achat des droits de diffusion a couté cher à CCTV. L’hypothèse d’une censure, permettant de montrer les matchs sans troubler la communication interne du pays, n’est donc pas vérifiée, mais plausible.


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