Les passagers de jets privés sont bien plus polluants que ceux à bord d’autres moyens de transports (avions de ligne, train). Mais est-ce possible d’imaginer un monde sans ces petits avions ?

Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, s’est opposé à l’interdiction des vols en jets privés, le mardi 23 août 2022. Selon lui, il vaudrait mieux chercher à compenser les émissions de CO2 associées à ces vols. Ses propos ont vivement fait réagir des internautes, nombreux à trouver cela insuffisant. Une telle opinion est d’autant plus jugée critiquable, dans le contexte d’un été marqué par plusieurs vagues de chaleur et la sécheresse : ce sont des manifestations évidentes du changement climatique lié aux activités humaines, en autres dans le secteur de l’aviation.

C’est un fait : le passager d’un jet privé pollue jusqu’à 14 fois plus qu’un passager de vol commercial (comparé à un passager de train, c’est jusqu’à 50 fois plus). C’est l’une des conclusions d’un rapport publié le 27 mai 2021, par la Fédération européenne pour le transport et l’environnement (Transport & Environment, ou T&E). Cet organisme rassemble des ONG spécialisées dans le domaine des transports et de l’environnement.

« Les jets privés ont un impact disproportionné sur l’environnement, lit-on dans cette étude. En une heure seulement, un seul jet privé peut émettre deux tonnes de C02. Une personne moyenne dans l’UE émet 8,2 tCO2eq [ndlr : 8,2 tonnes d’équivalent en CO2] au cours d’une année entière. » L’énorme pollution engendrée par ce mode de transport est incontestable. Ne serait-il pas plus sain d’imaginer un monde sans jets privés, contrairement à ce que semble dire Olivier Véran ?

jets privés aéroport
Des jets privés dans un aéroport. // Source : Flickr/CC/Thomas Hawk (photo recadrée)

Commencer par interdire les jets utilisant du kérosène

« On peut très bien imaginer un monde sans jets privés, en commençant par les jets privés utilisant du kérosène », affirme Jo Dardenne, directrice aviation chez T&E, contactée par Numerama. Ce produit pétrolier est particulièrement utilisé pour alimenter les réacteurs des avions, mais Transport & Environment estime que l’on pourrait s’en passer. Ce, même sans interdire complètement les jets. À défaut de les interdire purement et simplement, le fait que ces avions soient plus petits que les autres (avions de ligne) et qu’ils parcourent de brèves distances peut justement être vu comme une opportunité d’y déployer en premier des technologies bien moins polluantes.

« Nous appelons à interdire les jets privés utilisant du kérosène même après 2030. Comme ces jets sont généralement utilisés sur des liaisons intra-européennes de courte durée, ils conviennent parfaitement aux avions zéro-émission », poursuit Jo Dardenne. T&E a estimé qu’en 2019, un vol sur 10 au départ de la France était réalisé avec un jet privé, et que la moitié de ces vols en jet privés avaient parcouru moins de 500 kilomètres.

Dans le scénario proposé par la fédération, les avions fonctionnant à l’hydrogène et à l’électrique pourraient transporter peu de passagers, sur de courtes distances, dans un premier temps — ce qui correspondrait à la réalité actuelle des voyages en jets privés.

Quant à l’idée d’interdire purement et simplement tous les jets privés, la représentante de T&E reste réaliste : « Il est clair que [les] personnes fortunées continueront à utiliser des jets privés. Mais, avec une fortune moyenne de 1,3 milliard d’euros, ils peuvent devenir les moteurs de l’aviation propre. » C’est pourquoi T&E voit dans une plus importante taxation des jets privés une solution intéressante, qui forcerait les acteurs du secteur à s’adapter. « Le secteur pourrait augmenter ses investissements dans des solutions plus propres, notamment les carburants alternatifs ou le développement de l’avion à hydrogène. »