Les joueurs de World of Warcraft ont attendu 7 mois entre la sortie de l'extension Shadowlands et celle du premier patch de contenu additionnel. Les MMO concurrents, Final Fantasy XIV en tête, ont essayé de profiter de cet instant de faiblesse de la licence mythique.

Bonne nouvelle : mercredi 30 juin, la mise à jour 9.1 de World of WarcraftShadowlands a été déployée. Le patch «  Les chaînes de la Domination » s’accompagne d’une nouvelle zone avec ses quêtes et monstres, d’un nouveau « méga-donjon » et de l’habituel nouveau raid. Clou du spectacle, la boss finale n’est autre que Sylvanas, personnage mythique de la licence.

Mauvaise nouvelle : cette mise à jour arrive 218 jours après la sortie de l’extension. Soit 7 mois et 6 jours, du jamais vu, car habituellement, les joueurs n’ont que 5 mois à patienter. Les extensions de WoW — Shadowlands est la 8e — suivent toujours la même construction : après le lancement, trois patchs majeurs (nommés .1, .2, .3) viennent injecter du contenu à intervalle régulier. Ce fonctionnement est essentiel au modèle du jeu massivement multijoueur : pour rappel, il faut payer un abonnement (plus de 11 euros par mois) au jeu, en plus de l’achat de l’extension la plus récente. Les joueurs doivent donc toujours avoir quelque chose à faire.

Face à WoW, FF XIV gagne du terrain. // Source : Final Fantasy XIV

Le problème, c’est que les mois de retard sont autant de mois où Blizzard risque de voir ses abonnés quitter la licence mythique, temporairement, ou pour une durée indéfinie. Et ces départs se transcrivent en argent en moins dans les caisses. Le retard du patch 9.1 paraît d’autant plus problématique que le studio avait déjà décalé la sortie de Shadowlands de plusieurs mois à cause de la situation sanitaire. Le dernier patch de l’extension précédente avait donc déjà duré plus de 11 mois.

Puisque Blizzard ne communique que très ponctuellement sur le nombre de joueurs de World of Warcraft, et que les sites tiers se contentent d’estimations approximatives, difficile d’estimer l’impact précis de ces retards successifs sur le nombre d’abonnements. Mais une tendance se démarque : le jeu n’est pas au mieux et le nouveau patch pourrait déterminer le futur de la licence. Car en face, les autres MMO commeThe Elder Scrolls Online et surtout Final Fantasy XIV (sorti en 2010) se portent mieux que jamais. Avant la sortie du patch, un site a même estimé que le nombre de joueurs de FF XIV était supérieur à ceux de WoW : Shadowlands.

« La fin de WoW »

« C’est la fin de WoW », voilà une prophétie récurrente si vous naviguez dans les forums officiels de Blizzard ou dans ceux de fans. Elle est annoncée par des joueurs lassés de centaines d’heures passées sur Azeroth ou fermement opposés au changement de leur jeu de toujours.

Selon cette prophétie, le jeu meurt à la fois de ses lacunes, mais aussi de l’arrivée d’un « WoW killer », un MMORPG concurrent plus attrayant que la référence du genre. Ce titre, loin d’être autoproclamé par les éditeurs des jeux en question, a été attribué tour à tour àThe Lords of the Rings Online, Guild Wars 2, Rift, Wildstars ou encore Star Wars : The Old Republic. Cette vision du marché des MMO se construit sur l’idée qu’il n’y aurait qu’un nombre fini de joueurs du genre. Elle met aussi dans le même panier des jeux aux univers et aux gameplays très différents.

Les versions « Classic » limitent les dégâts

Mais un argument tient tout de même : les MMO sont des jeux chronophages s’il en est, et bon nombre d’entre eux fonctionnent avec un système d’abonnement mensuel relativement onéreux. Résultat, il serait pratiquement impossible de jouer à deux licences en même temps.

Ainsi en 16 ans, aucun « WoW killer » n’a détrôné WoW de sa place de numéro 1, mais bon nombre sont parvenus à cohabiter, et à construire leur propre communauté de joueurs. Même au plus bas (à l’extension Warlords of Draenor entre 2013 et 2014), la « fin de WoW » n’a jamais vraiment été proche. Certes, pour garder l’attention de ses joueurs, le jeu sorti en 2004 s’est au fur et à mesure délesté de lenteurs, agaçantes pour certains, essentielles à la vie sociale du jeu pour d’autres.

Résultat : pour satisfaire les anciens nostalgiques, Blizzard a donc sorti une réédition du jeu d’origine, baptisé World of Warcraft : Classic, suivie d’une réédition de la première extension, Burning Crusade, sortie le 1er juin de cette année. Ce retour vers le passé est aussi un moyen de gonfler les abonnements, puisqu’il est commun avec celui de la version récente du jeu.

Final Fantasy XIV à l’offensive

Par le passé, World of Warcraft n’a pas eu de pitié pour la concurrence, n’hésitant pas à déployer des patchs majeurs la même semaine que la sortie d’autres MMO. Cette fois, le rapport de force semble inversé. Final Fantasy XIV a par exemple lancé une campagne de publicité massive auprès des figures de la communauté de World of Warcraft. Pour appuyer cette opération séduction, l’éditeur Square Enix a réduit le prix du jeu et offre une période d’essai gratuite.

L’effet s’est vu sur World of Warcraft : certaines guildes se sont vidées de leurs joueurs, partis tester le concurrent plutôt que refaire en boucle le même contenu. Les nouveaux joueurs louent la flexibilité, la fréquence des mises à jour ou encore l’histoire de Final Fantasy.

Heureusement pour WoW, FF présente des différences graphiques et d’univers très importantes, trop importantes pour certains joueurs. Les codes du jeu vidéo japonais divergent avec ceux des jeux occidentaux, et il faut pouvoir apprécier cette différence.

World of Warcraft se met en danger tout seul

La passe difficile que traverse World of Warcraft est d’autant plus regrettable que les joueurs avaient relativement bien accueilli l’extension à son lancement. Mais sans évolution du contenu pendant 7 mois, ils ont eu le temps d’en voir les défauts sous toutes les coutures.

Le retard, encore plus que la qualité du jeu, est donc au cœur du problème. Certes le passage en télétravail des équipes de développement pendant la pandémie n’a pas aidé. Mais plusieurs piliers de la communauté, comme le vidéaste BelluarGaming, rappellent aussi les vagues de licenciements régulières de Activision Blizzard, malgré des ventes records. Et même lorsque l’éditeur recrute, son comportement est pointé du doigt. Autrement dit, ces retards seraient aussi le symptôme d’équipes de développeurs moins nombreuses.

World of Warcraft n’est pas près de mourir : il a pour lui des années d’histoire, la nostalgie des anciens joueurs et un nom parmi les plus célèbres du jeu vidéo. Mais sa passe difficile doit servir à Blizzard de réveil. Par le passé, l’éditeur a su le faire. Par exemple, il a bouclé le raté de Warlords of Draenor après seulement deux patchs pour sortir Légion, une des extensions préférées des joueurs.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo