Le pragmatisme plutôt que l'idéalisme. L'équipe Paris Eternal, qui se plaisait à souligner son effectif entièrement européen, change de stratégie pour la nouvelle saison : trois joueurs sud-coréens arrivent dans l'équipe, tandis que quatre autres rejoignent le staff.

La belle idée d’une équipe entièrement composée d’Européens a donc vécu. Jeudi 24 octobre, Paris Eternal a annoncé l’arrivée de sa toute première recrue qui ne vient pas du Vieux Continent. Il s’agit d’un joueur sud-coréen âgé de 17 ans, Kim Yeong-han, alias « Sp9rk1e ». Son rôle dans l’équipe ? Faire des dégâts chez l’ennemi (DPS). Ses héros de prédilection sont notamment Doomfist et Pharah.

Le lendemain, deux autres recrutements venus de Corée du Sud ont aussi été dévoilés : Choi Han-been, alias « Hanbin », lui aussi âgé de 17 ans, et Jung Ki-hyo, dit « Xzi », qui est également mineur. Le premier est annoncé comme tank, tandis que le second officiera comme DPS. Point notable, les trois joueurs ont l’habitude de jouer ensemble, car ils évoluaient auparavant chez Element Mystic.

L’arrivée de ces trois joueurs marque une vraie rupture avec la philosophie initiale qui animait Paris Eternal. Lorsque l’équipe s’est constituée en 2018, l’encadrement et les joueurs eux-mêmes défendaient une approche originale au sein de l’Overwatch League, là où les autres formations étaient beaucoup plus cosmopolites (hormis quelques rares cas semblables à London Spitfire, où il n’y a que des Sud-Coréens).

Cette posture, Paris Eternal la défendait en arguant qu’il existe en Europe un vivier de talents qui n’a pas à rougir face à des compétiteurs asiatiques ou américains. Lors de notre visite des locaux du collectif, Julien Ducros nous avait confié en février qu’il jugeait que « l’Europe est beaucoup plus forte que la plupart des équipes Overwatch League qui jouent GOATS » (un certain type de tactique).

Une saison plus tard, force est de constater que cette stratégie n’a pas payé. Sur les quatre phases de la compétition, Paris Eternal s’est systématiquement retrouvée vers le bas du tableau, entre la 12è et la 16è place, sur vingt formations engagées dans l’Overwatch League. Bien sûr, c’était la première fois qu’elle concourrait à ce niveau et elle a dû composer avec un changement de coach en cours de route.

Julien « daemoN » Ducros, l’ex-coach de Paris Eternal, ici en 2018 avec l’équipe de France. // Source : Fleur Labrunie / Numerama

Quatre Sud-Coréens dans le staff

Mais il n’y a pas qu’au niveau des joueurs que ça bouge. Une grosse partie du staff est en cours de remaniement depuis la mi-octobre. Ça a commencé par départ de Félix Munch, qui avait succédé à Julien Ducros depuis avril après avoir été son assistant au cours des premiers mois. Le poste a été attribué à un… Sud-Coréen, Yun Hee-won, qui officiait avant en Contenders, l’équivalent de la Ligue 2.

Le Français n’est pas le seul à partir dans le staff : l’Américain Kyle Souder et le Français Alban de la Grange ne feront pas non plus partie de la suite de l’aventure. Ils sont eux aussi remplacés par deux Sud-Coréens, Chunghyeok Jeong et Bumhoon Kim. Ils assisteront Yun Hee-won. Go Jae-yoon, un troisième Sud-Coréen, a aussi a été annoncé en renfort. Lui aussi participera au coaching.

Go Jae-yoon. // Source : Robert Paul for Blizzard Entertainment

C’est donc le pragmatisme qui l’a emporté sur l’idéalisme. Il faut dire que les Sud-Coréens démontrent une redoutable efficacité sur Overwatch. Par exemple, leur équipe nationale a systématiquement gagné chaque Coupe du Monde depuis 2016. Quant aux meilleures équipes de l’Overwatch League, elles sont majoritairement ou exclusivement composées de joueurs de ce pays.

Les équipes de Vancouver Titans et New York Excelsior, qui sont arrivées respectivement en 1ère et 3ème position, ne comptent ainsi dans leur rang que des joueurs Sud-Coréens. Ils sont également en force dans l’encadrement. San Francisco Shock (2ème), Hangzhou Spark (4ème) ont aussi de nombreux joueurs de cette nationalité. En fait, on en trouve dans pratiquement chaque équipe.

Il reste désormais à savoir si cet encadrement fera des miracles. Hormis Yun Hee-won, qui officiait en deuxième division en tant qu’entraîneur, ses trois compatriotes évoluaient déjà en Overwatch League, chez les Shanghai Dragons (pour Chunghyeok Jeong), les San Francisco Shock (pour Bumhoon Kim) et les Toronto Defiant (pour Go Jae-yoon, mais à l’époque en tant que joueur).

Une partie de l’effectif de Paris Eternal. // Source : Benjamin Pursell

D’autres recrutements à prévoir ?

L’heure est donc à la recomposition pour repartir du bon pied et grappiller quelques places dans le classement. Car l’arrivée de ces trois joueurs sud-coréens n’est pas le seul bouleversement à noter : quatre joueurs ont été écartés du nouvel effectif. Il s’agit de George Gushcha (ShaDowBurn, Russie), Karol Szcześniak (Danye, Pologne), Finnbjörn Jónasson (Finnsi, Islande) et Roni Tiihonen (LhCloudy, Finlande).

Avec quatre départs et trois recrutements, l’on assiste donc à un vrai bouleversement de la physionomie de Paris Eternal. Il est probable que les joueurs sud-coréens nouvellement embauchés constituent la colonne vertébrale de l’équipe, autour de laquelle se grefferont les autres joueurs européens. Le temps de jeu en compétition risque d’être rare pour une partie d’entre eux.

Il est à noter que le noyau de joueurs français reste intact : Terence Tarlier (SoOn), Nicolas Moret (NiCOgdh), Benjamin Dieulafait (BenBest) et Damien Souville (HyP) sont toujours de la partie.

(mise à jour le 29 octobre avec l’arrivée de deux autres joueurs sud-coréens)

Crédit photo de la une : Robert Paul for Blizzard Entertainment

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