La série de « méchants » super-héros est une mise en abîme cynique d'un monde où art, politique et finance ont terminé de fusionner. Ne restent que la violence et le pessimisme, emballés dans de l'humour pour faire passer la pilule.

Cette critique ne contient pas de spoilers sur la saison 1 de The Boys.

« Quand est-ce que l’optimisme est devenu synonyme de naïveté ? » s’interroge Starlight, jeune héroïne devant la caméra d’un casting qu’elle passe dans l’espoir d’intégrer la plus grosse organisation de super-héros du globe, The Seven.

La jeune femme est comme une poignée d’autres humains qui évoluent dans l’univers de The Boys (parallèle, mais très proche du nôtre) : elle a développé depuis l’enfance des pouvoirs hors du commun qui l’ont poussée à se lancer dans la carrière de super-héroïne. Grands discours, costumes sur-mesure brillants, traques de criminels, tous les codes sont là pour nous rappeler les blockbusters contemporains à la Marvel ou DC qui surchargent notre espace médiatique et culturel depuis une décennie. Jusqu’à ce que la série développée par Eric Kripke (Supernatural) ne vienne s’asseoir sur ce que l’on prenait pour acquis, et commence à développer un propos plutôt rare : la méchanceté pure existe, et vous ne pourrez rien y faire.

Les super-héros « méchant » de The Boys // Source : Amazon Prime Video

Après les anti-héros, il y a l’argent

Ici, il n’est pas question d’anti-héros, ces personnages qui ont envahi les écrans de télévision au début des années 2000, apportant de la nuance à un paysage jusque-là très manichéen. Ces Tony, Don, Jimmy et autres Walter ont propulsé l’art télévisuel dans un Âge d’Or aujourd’hui un peu foutraque, où il devient de plus en plus difficile de séparer l’art du produit de masse.

The Boys se situe à la frontière, comme une ironique mise en abîme de ce qu’elle dénonce : l’ultralibéralisme et le consumérisme poussés à bout, un monde où pop culture et intérêts politiques ont fusionné pour devenir une manne financière illimitée. Le tout sur une bande originale étourdissante tant elle est impeccable, et probablement très coûteuse (Everybody Hurts de R.E.M., Rock the Casbah des Clash, The Passenger d’Iggy Pop, Wannabe des Spice Girls).

La série d’Amazon Prime Video surfe ainsi sur le retour en grâce du cynisme — il n’y a qu’à voir le succès d’Euphoria, sortie quasiment au même moment sur la chaîne privée HBO, ou l’arrivée prochaine de sa série Watchmen — pour taper là où ça fait mal, et pour que le public en redemande. Quand est-ce que l’optimisme est devenu synonyme de naïveté ? Quand l’optimisme a cessé de faire vendre. The Boys et son succès — il s’agirait déjà d’une des séries les plus regardées d’Amazon Prime Video, en à peine un mois — montrent qu’il y a une demande du public, qui, noyé sous les productions moyennes, se raccroche à celle qui ira le plus loin et frappera le plus fort.

En cela, le pari est réussi. La série est bien construite, sur le modèle du combat de ce groupe de ‘mauvais garçons’ (David) qui cherche à faire tomber les corrompus Seven, mais aussi la multinationale Vought (Goliath) qui fait son beurre sur leur image — ils sont à la fois pourfendeurs de criminels et héros de films d’action. Les 8 épisodes d’une heure filent ainsi à grande vitesse, et la série parvient à être assez spectaculaire pour sembler novatrice.

Les héros de The Boys // Source : Amazon Prime Video

Les ficelles sont néanmoins classiques, en tout cas du côté des (vrais) héros : des protagonistes masculins (une femme asiatique mutique fera office de quota « badass », car ultra-violente), un gentil héros bien sous tous rapports qui tombe amoureux d’une gentille héroïne bien sous tous rapports, de l’humour digne des meilleurs films d’action à la Bruce Willis, et une indispensable bienveillance, pour bien souligner qu’ils sont les gentils de l’histoire.

C’est pourtant de l’autre côté de l’histoire que The Boys prend sa dimension la plus intéressante, en laissant place aux super-héros dépravés, cyniques et abjects. Homelander, sorte de Superman blondinet à la tête des Seven, est en cela l’incarnation du mal : un enfant abandonné et maltraité qui s’est transformé en monstre sans pitié, et qui n’attire jamais notre empathie, même lorsqu’il est pris de réminiscences de son passé. Ce n’est pas un Dexter ou un psychopathe qui « fascinerait » par son intelligence : Homelander est un monstre et on ne demande qu’une chose… qu’il ait encore plus de temps d’écran, tant il vole la vedette — Antony Starr (Banshee) tient d’ailleurs là son meilleur rôle.

Homelander (à droite) avec The Deep dans The Boys // Source : Amazon Prime Video

The Boys, sur Amazon Prime Video depuis le 26 juillet 2019

En bref

The Boys sur Amazon Prime Video

Note indicative : 4/5

Malgré des grosses ficelles qui permettent de faire avancer l'intrigue sans moment de répit, la série The Boys se démarque par son propos anti-consumériste volontairement (on l'espère) applicable à elle-même. En incarnant le problème qu'elle critique, elle se permet d'aller très loin dans le cynisme, lui-même renforcé par une apparente légèreté.

Top

  • Le personnage d'Homelander
  • La légèreté qui renforce le cynisme
  • La BO

Bof

  • L'enquête principale est classique
  • Le personnage de 'Frenchie'

Crédit photo de la une : Amazon Prime Video

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